"Le palmier et l'étoile" - Leonardo Padura

Correspondances.

"Le palmier et l'étoile" est un roman au charme subtil, qui vous séduit doucement, presque à votre insu. Leonardo Padura y déroule son intrigue pas à pas, en prenant tout son temps. C'est qu'il en faut, de la minutie et de la patience, pour enchevêtrer comme il le fait époques et événements, tout en gardant la maîtrise de son récit.

Fernando Terry revient à Cuba après dix-huit ans d'exil en Espagne. Cet ancien professeur de littérature a dû quitter son île natale au milieu des années 70 après son renvoi de l'université, pour avoir soi-disant favorisé la tentative d'immigration d'un de ses amis. Son retour, autorisé pour une durée limitée, est motivé par l'espoir de retrouver le mystérieux manuscrit du poète José Maria de Heredia, sujet de sa thèse. A cette occasion, il reprend contact avec Les Merles moqueurs, groupe constitué par ses amis de jeunesse, liés entre autres par un amour commun de la poésie, amputé de Victor et d'Enrique, tous deux disparus dans des circonstances dramatiques.

Il renoue aussi avec la belle Delfina, veuve de Victor, dont il a toujours été épris.

Ces retrouvailles sont teintées d'amertume et de ressentiment : Fernando est persuadé que les Merles Moqueurs comptent un traître qui en le dénonçant vingt ans plus tôt aux autorités, fut à l'origine de son exil forcé.

L'aventure que constitue la quête du manuscrit perdu, et les tâtonnements mesquins et maladroits de Fernando à la recherche du supposé traître, sont entrecoupés de la transcription de l’autobiographie fictive, solidement documentée, de José Maria de Heredia. Nous découvrons ainsi l'histoire d'un autre exil, celui auquel fut condamné le poète pour avoir participé au premier mouvement indépendantiste cubain, à une époque où l’île était encore sous tutelle espagnole, et où la plupart des fortunes s'étaient bâties sur le trafic et l'exploitation d'esclaves.

Un troisième récit, enfin, vient encore enrichir la densité de ce texte aux multiples points de vue. Il y évoque le dilemme auquel doit faire face le fils de José Maria de Heredia : échapper à sa grande précarité financière en vendant le manuscrit paternel, ou le confier à la postérité en le plaçant entre de bonnes mains...

"Le palmier et l'étoile" est un roman foisonnant, au cours duquel se répondent les correspondances entre les destins respectifs de Fernando et d'Heredia, comme des échos traversant les âges, les similitudes entre les existences des deux hommes donnant le sentiment que l'histoire -et l'Histoire- hoquettent. Des loges maçonniques aux maisons closes de la Havane du début du XIXème siècle, des hivers glaciaux de Boston à la torpeur caniculaire des étés à Matanzas, lieu de villégiature des riches cubains, Leonardo Padura nous entraîne au fil d'une épopée mélancolique, subtilement envoûtante. Ponctuée de trahisons et de passions, d'amitiés, d'intrigues politiques et de coups du sort, elle est aussi placée sous le signe de la poésie, maîtresse qui se révèle tour à tour capricieuse et consolatrice.

Commentaires

  1. Si je ne me trompe pas, c'est bien lui qui a écrit "Hérétiques" que je prends, pose, reprends et repose chaque fois que je vais à la librairie ... !? Impossible de me décider, un jour peut-être ;)
    Je ne connaissais pas celui-ci, mais il me tente moins.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, je crois qu'Hérétiques est bien de lui. Je n'ai rien lu de Padura avant ce titre, et le connaissais surtout pour être un auteur de romans noirs. J'ai acheté Le palmier et l'étoile tout à fait par hasard, lors d'un déstockage de la bibliothèque municipale, et c'est plutôt une bonne surprise..

      Supprimer
  2. Je l'avais tellement commencé et reposé sur l'étagère des "qui attendent d'être lus", que j'ai fini par me décider la semaine dernière à le poser dans une boite à lire ... Du coup, je me dis que j'aurais encore pu tenter une dernière sa lecture, elle aurait peut-être été la bonne !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est vrai qu'il demande un peu de patience, mais c'est en partie ce que j'ai aimé avec cette lecture : le fait que Padura nous charme doucement...

      Supprimer
  3. Bonjour Inganmic, ah, ah, voici un Padura que je ne connais pas. Je note. J'ai aimé Hérétiques, L'homme qui aimait les chiens et je l'avais découvert avec Les brumes du passé. Un écrivain à découvrir. Bonne fin d'après-midi.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai découvert l'auteur avec ce titre, mais il est certain que je ne vais pas m'arrêter là..

      Supprimer
  4. J'avais beaucoup aimé, Hérétiques et L'homme qui aimait les chiens sont encore un cran au dessus.
    Et j'adore la série consacrée à Mario Conde.
    Bref j'aime tout Padura !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Sur tes conseils et ceux de Dasola, je note donc Hérétiques et L'homme qui aimait les chiens. Et puis j'irai faire un tour vers chez toi pour y glaner d'autres titres de cet auteur.

      Supprimer

Enregistrer un commentaire