"L'évangile du billet vert" - Larry Beinhart

"Ce n'est pas le doute qui rend fou, c'est la certitude" (Nietzsche)

Dans une autre vie, Carl Vanderveer a été alcoolique, irresponsable, et flic évoluant au sein d'une police corrompue jusqu’à la moelle.

Depuis, il a rencontré Dieu, et la Cathédrale du Troisième Millénaire, dont il est devenu l'un des adeptes. Marié à Gwen, elle-même membre très active de leur communauté évangéliste, il a pu obtenir la garde de sa fille Angie, dont la mère est en prison. Ses talents d'enquêteur se limitent désormais à assister le cabinet d'avocats de son ami Manny Goldfarb, pour lequel il investigue dans le cadre de certaines affaires. La dernière mission qui lui a été confiée consiste à défendre un jeune iranien accusé du meurtre de son professeur de philosophie, auteur d'un manuscrit explosif remettant en cause l'existence de Dieu.

Manny est convaincu de l’innocence de son client, auquel s'intéresse d'un peu trop près la Sécurité intérieure, acharnée à vouloir faire passer le crime pour un acte terroriste. Malgré les tentatives de dissuasion de sa femme et des représentants de son église, Carl se charge de l'enquête, qui s'avère bientôt mortellement dangereuse...

Larry Beinhart montre dans "L'évangile du billet vert" qu'il n'a rien perdu -depuis "Le bibliothécaire" - de sa plume acérée et de son cynisme. Ce titre est l'occasion d'une incursion édifiante dans les arcanes de ces communautés religieuses qui ont pignon sur rue mais dont on se demande parfois ce qui les différencie d'une secte. Leur poids politique et leur capacité de développement sont effrayantes, dans la mesure où le message qu'elles véhiculent, dès lors qu'on l'analyse avec un minimum de recul, dévoile rapidement sa dimension intolérante et doctrinaire.

On découvre -sans réel étonnement- que les hommes à la tête de ces groupes sont tout autant ivres d'un pouvoir dont ils abusent en toute impunité, que portés par des convictions religieuses dont on finit par douter de la sincérité. L'aveuglement de leur disciples est également atterrant. Carl va quant à lui peu à peu recouvrer la vue... les découvertes provoquées par ses recherches font vaciller ses certitudes, l'amenant à se questionner sur sa foi, et sur la légitimité de croyances qui excluent toute différence...

En plus d'être un polar efficace, "L'évangile du billet vert" est donc aussi un récit intelligent. Seule la fin, sans surprise, a quelque peu amoindri mon enthousiasme...

Commentaires

  1. Deux excellents bouquins, je me demande s'il écrit toujours, ça fait un moment que rien n'arrive chez nous.

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