"Aucun homme ni dieu" - William Giraldi

Brrrr...

Un froid qui vous fore l'âme, une emprise de la nuit sur le jour qui vous fait perdre tout repère spatial et temporel : vous êtes hors du monde, tout au moins hors de votre monde habituel.

Keelut, trou perdu de l'Alaska, dont les habitants survivent tant bien que mal sous des températures qui culminent en hiver à moins cinquante. La fermeture des mines d'or et d'argent en ont par ailleurs fait une région sinistrée, touchée par la famine. Les villageois vivent en reclus, hostiles à tout étranger (et même les habitants de la ville la plus proche sont considérés comme tels), soudés par une solidarité presque surnaturelle.

C'est là qu'échoue Russel Core, écrivain spécialiste et passionné des loups. C'est une lettre de Medora Slone qui l'a convaincu de faire le voyage : comme deux autres enfants du village, son fils de six ans a été enlevé par un loup, et elle souhaite que Russell l'aide à retrouver ses ossements. Lui-même ignore les véritables raisons qui l'ont fait répondre à l'appel de cette inconnue, il sait pertinemment qu'il sera impossible de retrouver la moindre trace du petit Bailey.

Seulement, sa visite ne se déroule pas vraiment comme prévu... 

"Aucun homme ni dieu" vous transporte dans un univers hostile et obscur, dont les êtres, au diapason avec leur rude environnement, font preuve d'une sauvagerie froide et silencieuse, maîtrisée car naturellement assumée. La frontière entre l'homme et l'animal y est des plus ténues, les rapports qu'entretiennent la bête et l'individu oscillant entre crainte, respect et violence, et sont surtout tissés d'étranges liens à la dimension mystique, prenant racine dans des mythes ancestraux.

L'ambiance ainsi générée est très oppressante, et procure la sensation d'être parvenu à une limite, née de l'incertitude quant à la véritable place de l'homme, qui ne serait chez lui ni dans la civilisation ni dans la nature, aberration coincée entre deux états dont aucun ne le satisfait vraiment.

"Aucun homme ni dieu" laisse finalement en suspens plus de questions qu'il n'en résout, aussi bien en ce qui concerne les motivations profondes de ses héros, que les réflexions plus vastes qu'il suscite. C'est en tous cas un roman très réussi, à l'atmosphère prégnante, et qui vous tient en haleine jusqu'à sa dernière page.

>> Les avis de Kathel et de Sandrine.

Commentaires

  1. je l'avais beaucoup aimé, pour le coup un polar qui change un peu

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    1. Oui, l'ambiance est très réussie, et le contexte assez inhabituel..

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  2. J'ai trouvé la fin assez étrange, le frère et la soeur (pourquoi ?), mais l'ambiance tout à fait originale et passionnante.

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    1. Oui, on voit venir assez vite le coup du frère et de la sœur, mais c'est vrai que cet épilogue de retrait sauvage est assez bizarre...

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  3. Je noterais bien, mais "plus de questions que de réponses", me freine un peu ... Tu me diras, c'est souvent le cas de pas de polars d'être mal ficelés sur la fin ...

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    1. Ce n'est pas que la fin est mal ficelée, mais elle est en effet un peu étrange, comme le dit Sandrine. Et puis le fait que des questions restent sans réponse n'est pas vraiment gênant. Au contraire, même, puisque c'est une lecture qui invite le lecteur au questionnement sur des problématiques qui vont au-delà de la simple intrigue policière.

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  4. Un très bon souvenir de lecture... le fait que tout ne s'explique pas forcément ne m'a pas gênée.

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    1. Moi non plus, et j'en garderai également un bon souvenir..

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  5. Lu et chroniqué en un sens très favorable aussi lors de sa sortie l'automne dernier.

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    1. Dans ce cas, je m'en vais de ce pas lire ton billet !

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  6. Oui, c'est vrai, c'est un roman d'ambiance. Une plongée dans un autre monde où les règles de vie sont différentes du nôtre. Un bouquin parfois dérangeant aussi, mais un bon roman.

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    1. C'est peut-être justement cet aspect dérangeant qui contribue en partie à en faire un bon roman, en lui donnant son originalité..

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