"Finir la guerre" - Michel Serfati

Héritages.

Il aura fallu le suicide, a priori inexplicable, de son père, pour qu'Alex ressente le besoin de pénétrer le mystère de cet homme qu'il jugeait insignifiant, voire insipide. En triant les affaires du défunt, il découvre une lettre, envoyée d'Alger, par une jeune femme dont il ignore tout. Son père avait en effet combattu en Algérie, mais il s'agissait d'un épisode de sa vie sur lequel il gardait un silence obstiné.

Lorsqu'il ose franchir le pas, et se rend en Algérie pour y retrouver l'expéditrice de la lettre qui, à son grand étonnement, dépeint son père comme un héros, il pénètre dans un monde étranger et pourtant étrangement familier. Avec Kahina pour guide -un guide éclairé et passionné-, il découvre à la fois l'image surprenante d'un père qu'il lui semble n'avoir pas connu, et toute la complexité d'une ville qui cumule les contradictions. A la fois sale et hospitalière, tantôt rieuse et tantôt menaçante, Alger est marquée des stigmates qu'a incrusté une histoire infatigablement tragique dans l'esprit du peuple algérien, successivement écrasé par une guerre d'indépendance particulièrement violente, l'instabilité politique puis la terreur instaurée par les extrémistes religieux. 

La jeune femme, lucide, exprime à la fois espoir et amertume face au marasme duquel l'Algérie peine à sortir, consciente des limites comme des capacités de ses concitoyens, mais profondément attachée à son pays, et à la mémoire de ses parents, esprits libres assassinés par fanatisme. Alexandre l'envierait presque, lui qui ignore tout de cette fidélité aux racines, à la patrie, lui qui n'a jamais éprouvé pour son père qu'un vague mépris désintéressé. Même avec son fils, âgé de dix-huit, ans, il entretient des rapports devenus distants. 

Il prend aussi conscience, lors de son séjour, de son égoïste indifférence vis-à-vis du monde en général, en mesurant tout ce qui l'éloigne de Kahina et de ses semblables, en réalisant le fossé qui sépare les pays du sud des nations occidentales, dont les citoyens, baigné d'un contexte politique et social serein, oublieux des drames que la guerre, la famine et les révolutions font subir aux populations parfois pas si lointaines, arborent une passivité satisfaite, engoncés dans un confort en partie acquis aux dépens de ces dernières.

Sans lourdeur démonstrative, Michel Serfati brasse avec "Finir la guerre" de multiples thématiques en entremêlant quêtes personnelles et résonances de l'Histoire, souvent intimement liées. Le poids des erreurs et des combats du passé, leur retentissement sur un présent qui en devient parfois difficile à maîtriser, la difficulté de la réconciliation, avec les autres et avec soi-même... sont ainsi, et entre autres, autant de problématiques qu'il aborde avec justesse et sensibilité.

>> C'est l'avis de Jérôme qui m'a donné envie.

Commentaires

  1. C'est que j'ai eu un énorme coup de cœur pour ce premier roman. Toutes les thématiques que tu cites m'ont énormément parlé.

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    1. Oui, je me souviens très bien de ton enthousiasme, et d'avoir noté, en même temps que ce titre, celui de Manoukian (Les échoués), dont j'attends la sortie en poche.

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