"Une mort qui en vaut la peine" - Donald Ray Pollock

Un peu de tendresse dans un monde de brutes...

1917. Les Etats-Unis s'apprêtent à entrer en guerre aux côtés des alliés...

Toutefois, les préoccupations des héros de Donald Ray Pollock sont bien loin de l'actualité géopolitique.

Les frères Jewett, orphelins de mère, survivent à grand-peine avec leur père Pearl dans un taudis sur le domaine d'un riche propriétaire qui les exploite et les maltraite. A la mort brutale de Pearl, Cane et Chimney, plus entreprenants et futés que Cob, cadet de la fratrie un peu simplet, décident de prendre la route, suivant ainsi l'exemple de leur idole Bill Bucket, héros du roman de série B dont ils lisent inlassablement les aventures de bandit de grand chemin. Tous trois s'embarquent alors, à cheval, dans un folle épopée, braquant banques et commerces pour subvenir à leurs besoins, et accèdent bientôt au dangereux statut d'ennemis publics n° 1...

La fuite du trio Jewett servant de fil rouge au récit, celui-ci se bâtit tout autant au gré des chemins de traverse que prend l'auteur pour nous mener à la rencontre d'une kyrielle de personnages y jouant un rôle plus ou moins crucial, leurs principales fonctions consistant visiblement à faire "d'Une mort qui en vaut la peine" un roman haut en couleurs, et à lui impulser une dynamique.

Pour autant, aucun de ses protagonistes n'est négligé, grâce au talent de Donald Ray Pollock pour les sortir de l'anonymat en quelques coups de plume, faisant de chacun un héros aux caractéristiques mémorables. Cet entremêlement de destins constitue une fresque, peuplée de doux rêveurs et de pervers sophistiqués, de brutes épaisses et de mégalos cruels, mais aussi de modestes et gentils individus dont le seul tort est de n'avoir pas eu de chance... Le lecteur découvre ainsi un vaste tableau dont chaque recoin a son importance, et pourrait faire l'objet d'une oeuvre à part entière.

Une fois de plus, Donald Ray Pollock nous fait naviguer dans les eaux sombres de l'Amérique des laissés-pour-compte, monde de misère crasse, d'iniquité et de violence, où une vie ne vaut rien ou en tout cas pas grand-chose. Il joue sur les travers de ses personnages, accentuant leur bêtise, leur suffisance, leur méchanceté, avec un sens du sarcasme et du burlesque fort réjouissant. Aussi, j'ai trouvé ce titre, bien que comptant son lot d'épisodes sordides, moins sombre que ses deux précédents, d'autant plus qu'on y croise quelques figures lumineuses et des bribes de beaux sentiments...

Entre western et chronique sociale, "Une mort qui en vaut la peine", bien que ne possédant pas la prégnance, l'intensité d'un "Le diable, tout le temps" ou d'un "Knockemstiff", est un roman qui, par sa truculence et son rythme enlevé, permet de passer un excellent moment.

>> L'avis de Jackie Brown

Commentaires

  1. tu es au taquet! je l'ai reçu hier, et je vais le lire la semaine prochaine je pense...j'ai vraiment hâte car j'avais adoré "Le Diable tout le temps"...Pas encore lu "Knockemstiff" cependant.

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    1. Je serai curieuse de lire ton avis, d'autant plus que tu as lu Le diable tout le temps. J'ai trouvé que Pollock se détachait un peu ici de la dimension profondément glauque qui caractérise ses autres titres, même s'il reste très grinçant..
      Et oui, je l'ai lu rapidement parce que l'ayant reçu via Babelio, j'avais un mois pour le lire et poster ma critique !

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  2. Mais je n'ai vu ce nouveau Pollock nul part ... Serais-je devenue myope ? Ton avis est certes positif, mais tu sembles en retrait par rapport aux deux premiers ... Je me trompe. Bon, il faut dire aussi que c'était du bon gros lourd ces deux là. Un peu plus de bons sentiments nuit-il ?

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    1. Il sort ces jours-ci en France... j'ai eu la chance de le recevoir en avant première !! J'ai bien aimé, on y trouve des héros improbables, des scènes vraiment cocasses, et une ambiance à la fois sombre et bouseuse, mais c'est vrai, il n'a pas la profondeur glauque des autres titres de Pollock que j'ai lus, et que je commençais à considérer comme sa marque de fabrique. C'est la première fois que la lecture d'un de ses livres ne me donne pas envie de me jeter sous la douche !!

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  3. Avec ce nombre incroyable de personnages, je me demandais comment j'allais retenir tous ces noms pour les retrouver plus tard. DRP a dû s'amuser.

    Finalement, certaines choses n'ont pas changé en presque 100 ans.

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