"Notre château" - Emmanuel Régniez

"Notre objectif à Véra et moi n'a jamais été la recherche d'un temps perdu, mais plutôt la perte du temps trouvé".

Octave et Véra vivent depuis vingt ans dans une vaste demeure sans photos ni miroirs, dont ils ont hérité à la mort accidentelle de leurs parents. "Notre Château", comme ils l'appellent, est la bulle qui les coupe du monde, le cocon entourant le couple misanthrope formé par le frère et la sœur, dont la relation fusionnelle exhale de troubles relents.

Leur isolement est volontaire, en accord avec leur décision de consacrer leur temps à lire, occupation à laquelle ils s'adonnent dans l'écrin que constitue "Leur Bibliothèque", et à l'origine de la seule sortie que s'autorise Octave, le narrateur. Tous les jeudis, il se rend en ville afin de reconstituer leur stock de livres.

Un fait insolite, survenu à l'occasion d'une de ces escapades livresques, est le préambule à une série d'événements étranges et déstabilisants qui vont fissurer la quiétude de la routine immuable dans laquelle est figée l'existence des deux habitants du château.

Octave n'oubliera jamais ce jeudi 31 mars au cours duquel il a vu, à 14h32, sa sœur dans le bus 39, qui relie la gare à la cité des trois fontaines, le quartier de leur enfance. Car Véra a une horreur quasi viscérale du bus. D'ailleurs, quand son frère annonce l'avoir aperçue en ville, elle prétend ne pas avoir mis les pieds hors de la maison...

"Notre château" est un texte intrigant, qui emprunte au genre gothique, composé de courts paragraphes dont la succession confère sa vivacité à ce texte original.

J'ai un peu craint au départ de subir un laborieux exercice de style, l'auteur usant de répétitions censées singulariser la parole de son narrateur -Octave-, qui au final alourdissent le style. Heureusement, cela ne dure pas, et l'on se retrouve rapidement envoûté par l'ambiance surnaturelle et de plus en plus angoissante qui plane sur ce singulier château, dont on se demande s'il est réel, ou un fantasme né de l'imagination du héros. Peu à peu la folie affleure, le mystère laisse subtilement la place à une horreur d'autant plus glaçante qu'elle est surtout suggérée...

Un plaisir de lecture prolongé par la découverte, en fin d'ouvrage, de photos publiées à la demande de l'auteur, prises par le peintre anglais Thomas Eakin (1844-1916), dont le caractère à la fois mystérieux et nostalgique, parfois austère, voire lugubre, colle parfaitement à l'atmosphère du roman d'Emmanuel Régniez...


Commentaires

  1. J'ai été moins enthousiaste que toi après cette lecture, et le temps passant, je me rends compte qu'il ne m'en reste vraiment pas grand chose. Dommage...

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    1. C'est vrai que c'est un roman très court, qui se lit vite, et qui par conséquent est susceptible de ne pas laisser d'empreinte durable... je l'ai vu un peu comme une friandise un peu acide, que l'on croque en deux bouchées en plissant la bouche. Et j'ai aimé cette incertitude dans laquelle nous laisse l'auteur, on navigue entre fantasme et réalité, horreur et poésie... sans vraiment trouver de repère auquel se raccrocher..

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  2. J'ai ce titre sur ma LAL ! Une collègue m'en avait parlé avec enthousiasme à sa parution et je trouvais l'histoire et son contexte tellement intrigants que je le lirais bien. Bon, pour l'instant je n'ai pas réussi à le caser (haha) mais ton billet vient de me le rappeler à mon souvenir.

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    1. Sa brièveté permet de le lire très rapidement... j'espère que tu aimeras toi aussi son ambiance singulière.

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  3. Un livre très curieux que j'ai aimé découvrir. Une histoire qui m'a rappelé le film Les Autres...

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    1. Cette comparaison m'est également venue à l'esprit... j'ai loupé ton billet sur ce titre, je m'en vais de ce pas rattraper cette lacune...

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  4. Tu m'as convaincue. J'ai noté la référence dans mon pense-bête ;)

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  5. J'avais envie de lire ce livre mais je n'ai jamais pu le trouver... Le gothique est un genre qui m'intéresse particulièrement alors je l'ai noté sur ma wishlist prioritaire.

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    1. J'ai eu personnellement la chance de le trouver sans peine... mais tu dois pouvoir le commander en librairie, c'est un titre récent. Je lirai ton avis avec intérêt si tu finis par mettre la main dessus !

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