"Watership Down" - Richard Adams

Crotte alors !

Mes parents ont eu la charmante et généreuse idée de m'offrir, à l'occasion du Noël de mes onze ans, un lapin... ce fut une véritable et extraordinaire surprise, dont l'idée leur est venue après des mois de harcèlement ayant pour but d'introduire dans notre F4 dépourvu de balcon, un, voire plusieurs des chats sans foyer qui rôdaient en bas de notre cité HLM...


Cacahuète -puisque c'est ainsi que je baptisai mon nouvel ami le rongeur- devait donc pallier mes velléités félines. Hors de question par conséquent de le laisser végéter dans une cage de deux mètres carrés... aussi, mon compagnon lapin vécut-il neuf années (un record, d'après le vétérinaire, pour un spécimen de la race naine) de liberté totale, grignotant livres et cardigans, fils électriques (il a dû nous couper trois fois le téléphone) avant de s'éteindre, de vieillesse, dans son sommeil, occasionnant chez sa maîtresse une sévère déprime.

Tout cela pour vous expliquer que j'aime bien les lapins, leur petit museau perpétuellement frémissant, la douceur de la fourrure légère située à la base de leurs grandes oreilles...

Mais entre s'attacher à une charmante boule de poils et se passionner pour les aventures de héros lapins, il y a un pas que je n'ai pas su franchir... 

J'en suis d'autant plus navrée que les éloges que j'ai pu lire au sujet de Watership Down sont justifiées...

Car oui, les péripéties de la bande constituée par Hazel, qui décide un jour, sur la foi du sombre pressentiment de son petit frère, persuadé qu'un grand danger ravagera bientôt leur communauté, de quitter leurs terriers pour partir vers l'inconnu, sont passionnantes et digne d'une épopée. Riche en rebondissement, la quête de nos aventuriers les amène à affronter divers dangers, mais aussi à découvrir de nouvelles contrées -sachant qu'il suffit à un lapin de faire quelques kilomètres pour avoir l'impression d'avoir changé de continent-, peuplées de compagnies lapines aux us et coutumes bien différentes des leurs, même s'ils sont liés par des mythologies communes. Des liens seront même noués avec des animaux d'autres espèces.

Et oui, la personnalité de ses héros, entre comportements instinctifs et anthropomorphisme, est souvent dessinée avec justesse et complexité. Au fil du récit, qui se pare ainsi d'une dimension initiatique, les jeunes lapins d'abord inexpérimentés acquièrent maturité et assurance, font l'apprentissage de l'entraide et de la tolérance, apprenant d'eux-mêmes autant que des autres, forgeant leur caractère en affrontant les épreuves qu'ils surmontent grâce à leur complémentarité, l'ingéniosité des uns côtoyant le courage des autres.

Et je dois même avouer que j'ai beaucoup apprécié la manière dont l'auteur sublime le coin de campagne anglais qui sert d'écrin à son intrigue, en mettant en valeur les trésors -faune et flore- de cette nature simple, qui devient le théâtre d'une vie multiforme et mouvementée.

Seulement, le fait que les protagonistes soient des animaux m'a empêchée de m'impliquer vraiment dans le récit, et d'adhérer à son intensité dramatique. Aussi, même si j'ai englouti les presque six-cent
pages de ce pavé en quelques jours, parce que la lecture, aidée d'une écriture limpide mais jamais simpliste, coule toute seule, j'ai eu l'impression de rester vainement en attente du moment où quelque émotion allait enfin me pénétrer...

Et compte tenu de ma précédente incursion dans cette littérature jeunesse qui met en scène des animaux, je me dis que ce genre de roman n'est sans doute pas fait pour moi...

Commentaires

  1. Ah nous avons donc des souvenirs communs, ayant été moi-même accompagnée par trois lapins dans ma prime jeunesse (et une tortue, un hamster, un chien, un canari et j'en passe). Adulte, c'est plutôt le chat qui a eu ma faveur. Que de bons souvenirs donc :)

    Tu soulèves là quelques points que je craignais un peu, raison pour laquelle je ne me suis pas encore lancée dans cette lecture, et ne suis donc toujours pas certaine de le faire prochainement...

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    1. Oui, c'est toujours avec attendrissement que je repense à ce drôle de lapin, toujours présent à l'heure de l'apéritif pour grignoter quelques olives et manifestant son antipathie pour certains de nos visiteurs en pissant sur leurs chaussures !! J'ai pu ensuite me consacrer moi aussi à ma passion pour les chats lorsque nous avons déménagé avec mes parents et que nous avons eu un jardin. Ils étaient d'ailleurs très copains avec le lapin, mais de de nombreux spécimens ont malheureusement fini sous les roues de chauffards...
      Mon dernier chat est mort il y a 3 ans, et je n'ai pas eu depuis le cœur, après 16 ans de vie commune, de le remplacer (mais à présent, ça me démange un peu...).
      Et pour Watership, je suis presque embêtée de n'avoir pas accroché plus que ça, car il a vraiment plein de qualités... mais si comme toi, tu as un peu de mal à éprouver de l'empathie pour des animaux de fiction, je ne te le recommanderai pas !

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  2. C'est intéressant comme commentaire et "analyse/explication" de ressenti. Oui, ça se trouve, les histoires avec des animaux comme protagonistes te laissent à distance. Ça m'a un peu fait ça avec Le Vent dans les saules lu récemment mais j'ai mis mon manque d'enthousiasme sur le compte de l'âge.:-) (avant j'étais très facilement prise dans ce genre d'histoires) J'avoue que, suite à ton introduction, je pensais que tu allais nous annoncer que, forcément, tu avais adoré cette histoire de lapins. Hé non ! :-) Moi c'est l'inverse, je n'ai jamais été très lapin, et ce roman m'a complètement conquise, à tel point que je me suis beaucoup documentée sur les lapins en cours de lecture. Enfin, ça a mis du temps à prendre vraiment (vers la moitié) (j'ai craint moi aussi rester un peu sur ma faim), mais ça a fini par prendre complètement.

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    1. J'avais commencé à feuilleter Le vent dans les saules en librairie, et je l'ai finalement reposé, convaincue que, même excellent, ce roman me ferait le même effet que celui-là...

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  3. Hum, enfant les lapins pour moi c'étaient les jolies bestioles élevées chez ma grand mère... pour les manger! (il y a prescription)
    Mais Watership Down, c'est un de mes livres chouchous (j'accepte les avis plus tièdes, bien sûr), lu et relu en tant qu'adulte, je précise; Avec moi, ça marche!

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    1. Mais... au risque d'en choquer certains, avoir un lapin ne m'a jamais empêchée d'en manger !!

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  4. Oh je vois que ça a changé par ici ! J'aime bien ton nouvel agencement. J'ai aussi eu un lapin, mort il y a bientôt un an. Mais définitivement, je préfère quand même les chats; même si ce lapin était vraiment très chou :) et doux !!

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    1. Moi aussi je préfère les chats, ce sont des animaux plus expressifs, et avec lesquels on noue une plus grande proximité... et puis, je crois que je ne connais pas de lecteur qui n'aime les chats .. ce sont les compagnons idéaux des jours de lecture blottis sous la couette !!

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  5. je suis un peu comme toi, je l'ai commencé mais pas terminé car je me suis ennuyée, les critiques sur les blogs étaient tellement géniales que j'attendais autre chose

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    1. Ah, tu me rassures un peu, je me sentais un peu seule sur ce coup-là !

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  6. Je ne suis guère attirée par ce genre de texte malgré tous les avis élogieux. Et c'est le premier avis en demi-teinte que je lis. Fort intéressant par ailleurs !

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    1. Si tu n'es pas une adepte du genre, je ne t'encouragerai pas à tenter l'expérience... Peut-être que ceux qui n'ont pas accroché ont fait comme Dominique, et ne sont pas allés jusqu'au bout, ce qui expliquerais l'absence d'avis mitigés sur ce roman !!

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  7. Malgré toutes les belles critiques sur ce livre je ne l'ai pas acheté, mais si tu dis t'avoir ennuyé… Sinon, c'est un peu hors sujet, mais j'aime bien la nouvelle présentation de ton site. Superbe ! (Goran : https://deslivresetdesfilms.com)

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    1. Merci, c'est gentil et ça me rassure un peu (le changement, surtout lorsqu'il fait suite à une envie soudaine, est souvent générateur de doutes...). Quant à ce titre, à lire uniquement si on adepte du genre...

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