"Dans le jardin d'un hôtel" - Gabriel Josipovici

"On croit qu'on avance et puis on se rend compte qu'on n'a pas bougé. On pense qu'on n'a pas bougé et on se rend compte qu'on a reculé. Sauf qu'on ne sait plus ce qui est derrière ou devant ni pourquoi on fait ce qu'on fait à la base."

Décidément, je suis dans une période de moissons fort fructueuses... les derniers titres que j'ai notés sur vos différents blogs, et que je me suis empressée, pour certains, non seulement d'acquérir, mais de faire immédiatement passer sur le dessus de ma pile, ont donné lieu à de délicieuses découvertes !

Après "Ouvre les yeux" (ayant malheureusement oublié sur quel blog j'avais repéré ce dernier, je n'ai pas pu mettre de lien vers le billet correspondant), j'ai ainsi pu lire un autre court ouvrage d'un auteur qui m'était jusqu'à présent totalement inconnu, en la personne de Gabriel Josipovici, grâce au conseil avisé d'AnneduPérigord.

J'ai d'emblée été séduite par la forme du texte, presque exclusivement composé de dialogues, le dotant ainsi d'un rythme très dynamique, et donnant l'impression, par moments, de lire une pièce de théâtre. Cette méthode permet en tous cas à l'auteur de dégraisser son roman de toute digression inutile, et en même temps de le rendre très prégnant car malgré la rareté des descriptions, les échanges entre les personnages les rendent très vivants, et permettent au lecteur de les imaginer de manière très naturelle.

Le nombre de protagonistes à l'origine de ces échanges est lui-même assez restreint, Ben étant le principal porte parole de l'histoire ainsi relatée. Ce dernier évoque avec ses amis Rick et Francesca sa rencontre, lors d'un séjour dans les Dolomites, avec Lily. La jeune femme lui a confié l'expérience déroutante et bouleversante qu'elle venait de vivre à Sienne, en pensant retrouver le jardin d'un hôtel où sa grand-mère, une juive de Turquie, avait fait la connaissance d'un musicien avec lequel elle avait eu de longues conversations. Malgré sa nature platonique et a priori anodine, cette brève rencontre avait eu pour l'aïeule de Lily, dont cette dernière était très proche, des résonances profondes et intimes.

De se remémorer cet épisode, dont sa grand-mère n'avait confié le souvenir qu'à elle seule, a provoqué chez la jeune femme un tortueux questionnement quant à l'influence des destinées possibles mais non réalisées sur les êtres et leurs descendants, aux connexions invisibles qui lient les individus, à la manière dont les rendez-vous manqués, les coïncidences découvertes a posteriori, participent à une compréhension profonde de ceux qui nous ont précédés, et par conséquent de nous-mêmes.

Surtout, ne vous effrayez pas de ce que je viens d'écrire... le roman de Gabriel Josipovici est d'une indéniable limpidité ! A aucun moment il ne plombe son récit de la complexité des pistes de réflexion qu'il invite le lecteur à emprunter. Les thématiques évoquées ci-dessus sont induites sans être développées, l'auteur maniant avec un grand talent l'art de la suggestion. Il parvient en effet à exprimer l'essentiel sans l'énoncer, de manière furtive, dans les silences, à travers les hésitations, les tentatives avortées pour faire comprendre à l'autre ce que l'on a du mal à se formuler clairement à soi-même.

Et pour ne rien gâcher, ses dialogues distillent régulièrement un humour subtilement ironique, mais jamais malveillant, mettant en exergue toute la richesse de ses héros, dans leurs imperfections comme dans leurs générosités.

Commentaires

  1. Bon, je crois que je ne peux pas passer à côté de ce roman dont je n'ai pas tout compris la teneur mais je sens qu'il est pour moi !

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    1. Ce n'est pas grave, comme je l'écris à la fin de mon billet, il se lit de manière très fluide : ses thématiques se dessinent de façon presque clandestine, c'est le lecteur qui les fait émerger des dialogues entre les personnages. J'espère que tu aimeras, c'était en tous cas une très chouette découverte en ce qui me concerne, un roman savoureux...

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  2. Ton premier paragraphe m'a convaincue. Je note le nom de cet auteur.

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    1. Je ne connais que ce titre. C'est un auteur très prolifique, mais dont très peu de romans ont été traduits en français. En tous cas j'ai été séduite. Voilà un texte à la fois simple et profond, dont le rythme rend la lecture très agréable.

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  3. J'ai vu plusieurs titres sur le site de la bibliothèque. En effet, cet auteur est prolifique.

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