"Sous un ciel immense" - Catherine de Saint-Phalle

Entre morts et vivants.

Le roman de Catherine de Saint-Phalle est peuplé de personnages que leur existence et leur façon d'être, de s'exprimer, parent d'une dimension à la fois extraordinaire et palpable. Tous ont connu un voire plusieurs drames dont ils subissent les résonances avec humilité, et une rare capacité à se remettre en question.

Sarah, sculptrice, tient un bar à Melbourne. Cette solide femme d'origine irlandaise a des difficultés à communiquer avec sa fille Mary, notamment depuis que cette dernière a fait le choix, pour une obscure raison visiblement sans lien avec d'éventuelles convictions religieuses, de dissimuler sa beauté sous une burqa qu'elle ne quitte plus, même dans l'intimité.

Mitali, d'origine indienne, vient de perdre son amie Olga, décédée après de longs mois de coma. Sa belle-fille Billie se remet d'une leucémie, et elle a perdu quelques années auparavant le frère dont elle était très proche, qui s'est suicidé.

Le roman de Catherine de Saint-Phalle est aussi traversé de fantômes, notamment ceux...
... d'un grand-père disparu aux portes du désert...
... d'une grand-mère inconnue de sa petite-fille, qui pourtant accompagne cette dernière de son ombre presque à chaque instant de sa vie...
... d'un fiancé qui, suite à l'amnésie partielle provoquée par un accident, ne reconnait plus celle qu'il aimait...
... de Jill Meagher, célèbre présentatrice télé dont le viol et l'assassinat alimentent la une des journaux comme les angoisses collectives... 

Le lien entre tous ces personnages, c'est la narratrice. Jeune française installée à Melbourne, collègue de Mitali et amie de Sarah, elle semble susciter, au détour d'une balade en ville ou d'une séance de binage (elle travaille, avec Mitali, pour une jardinière taciturne et bourru), les confidences, comme si son statut d'étrangère faisait d'elle l'interlocutrice idéale, apte à prêter une oreille attentive et discrète sans jamais porter de jugement ou forcer l'intimité de ses interlocutrices.

La façon dont les vivants surmontent les épreuves que leur impose la vie, dont ils composent avec leurs obsessions, se mêle aux signes et aux traces que les morts ont laissé derrière eux, sources de réconfort ou de cauchemar pour ceux qu'ils hantent de leur souvenir, avec une souplesse qui rend cette osmose naturelle.

L'accumulation des drames qui parsèment "Sous un ciel immense" peut dans un premier temps agacer, et faire craindre un excès de pathos. Mais assez rapidement, on est pris par la charme de l'écriture fluide et élégante de Catherine de Saint-Phalle, par la profondeur de ses héros, dépeints avec une sensibilité et une tendresse très touchantes. Et paradoxalement, en dépit des thématiques douloureuses qu'aborde l'auteur, il émane de son récit une sorte de sérénité, due à cette maturité bienveillante qui semble avoir touché de sa grâce la plupart de ses personnages.

Une jolie découverte, en somme.

Commentaires

  1. je n'ai jamais lu cet auteur mais ton billet m'y pousserait bien. Dommage pour l'excès de pathos, je ne suis pas fan...

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    1. C'était une vraie découverte pour moi : c'est quelqu'un qui ne lit pas du tout qui me l'a offert, sur la base des informations présentes sur la 4e de couverture... pari trèèèès risqué ! Donc, bonne pioche, finalement ! On ne peut pas dire que l'auteur fasse dans le pathos, parce que son style n'est pas du tout larmoyant, ni grandiloquent, son roman véhicule même une atmosphère plutôt sereine, bizarrement, comme je l'écris à la fin de mon billet, sans doute parce que les rapports entre les personnages sont empreints d'une tolérance pour les différences de l'autre. C'est juste qu'au début, je me suis dit qu'il n'était pas possible de ne fréquenter que des gens avec tous ces drames sur le dos. Davantage une question de fond que de forme, donc ... mais au final, ce n'est pas vraiment gênant, et l'intrigue connaît aussi des événements positifs !

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