"Wastburg" - Cédric Ferrand

"Après avoir rechigné du groin dans un premier temps, les Wastburgiens s'étaient habitués à faire la tortore avec des épices lointaines, et maintenant que le pli était pris de fourrer des aromates dans tous les plats, plus question de se serrer la ceinture. Ça réclamait à grands cris un assaisonnement exotique pour faire passer le goût douceâtre du chou ou du rutabaga."

Bienvenue à Wastburg, enclave posée sur le Puerk dont les deux bras l'enserrent, à quelques encablures de l'embouchure ouvrant sur la mer. De chaque côté du fleuve, deux territoires ennemis qu'il sépare, formant ainsi une frontière naturelle : la Loritanie et le Waelmstat. Wastburg est quant à elle une cité apatride, où cohabitent tant bien que mal des représentants des deux communautés. Le Bourgmaester -vieil homme mystérieux dont seuls quelques rares membres de sa garde rapprochée connaissent le visage- règne sur l'ensemble de ses quartiers, chacun étant localement administré par un maester, dont le passe-temps favori consiste généralement à manigancer pour s'enrichir impunément et prendre le pouvoir sur ses pairs.

Plongez dans son ambiance médiévale, à l'ombre de ses venelles tortueuses, insalubres et grouillantes, au cœur des tavernes de son port où officient prostituées loritaniennes et escrocs à la petite semaine. Méfiez-vous tout de même, la vie n'y vaut guère plus qu'un quignon de pain, et les autochtones sont prompts à s'enflammer...

Allez à la rencontre de son peuple, de ses dockers irascibles et sous-payés -d'ailleurs en grève au moment où je vous parle-, de ses représentants de l'ordre corrompus jusqu'à la moelle, de ses purgeards (gardiens de la Purge, prison où croupissent les condamnés de Wastburg), de ses artisans garants d'un savoir-faire séculaire...

Imprégnez-vous de sa culture (la plus répandue étant celle du pot-de-vin...) et de ses légendes, dont la plupart sont héritées des fameux majeers, ces sorciers qui ont tenu les rênes de la cité jusqu'à ce que la Collapsence (ou la Déglingue, pour les Loritaniens) les éradique. Seuls subsistent comme témoignage de ces temps révolus la gigantesque Tour qui domine la cité, et les maux atroces dont souffrent les rares descendants des thaumaturges disparus, habités d'un héritage magique qu'ils sont incapables d'exploiter et qui dévaste leur organisme.

Familiarisez-vous avec la gouaille de son argot -vous vous initierez au passage à quelques truculentes expressions du cru qui, si elles ne vous permettront assurément pas de briller en société, occasionneront de franches parties de rigolade-, la brutalité de ses mœurs, la dureté de son quotidien...

Le récit vivant et foisonnant de Cédric Ferrand est composé d'une succession d'épisodes dont l'unique but est de nous immerger dans l'univers profus qu'il a imaginé, et de nous faire visiter ses différents échelons sociaux. Le fil de l'intrigue, secondaire, se limite à nous éclairer sur les raisons de l'arrivée concomitante et clandestine à Wastburg d'un mystérieux alchimiste et d'un lot de barils de salpêtre. Ainsi, avant d'obtenir le fin mot de l'histoire sur ces deux événements, des anecdotes souvent sans lien avec eux s'enchaînent, tout comme les protagonistes qu'elles mettent en scène. Nombreux sont ceux que l'on ne reverra pas... mais peu importe, puisque la véritable héroïne de Wastburg est bel et bien la cité éponyme, dont l'auteur livre un portrait drolatique et passionnant.

Une idée piochée chez Charmant Petit Monstre

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