"Les arpenteurs" - Kim Zupan

"(...) là, parmi les sociopathes, il était soulagé du fardeau de la sociabilité".

C'est l'histoire d'une rencontre entre deux hommes qui, malgré tout ce qui les oppose, se reconnaissent.

Valentine Millimaki travaille comme adjoint au bureau du shérif d'une bourgade du Montana. Homme droit, sombre et laconique, il ajoute aux nombreuses heures qu'il consacre à sa fonction celles qui le voient parcourir, en compagnie de son chien Tom, les étendues hostiles de la région à la recherche de personnes disparues, ses dernières quêtes constituant une funeste série : il est à chaque fois arrivé trop tard...

Son épouse supporte de plus en plus difficilement ses longues absences, l'éloignement où les place leur petite maison située à une heure de la ville, et surtout cette obsession à prendre la mort de vitesse qui semble ronger son époux, et qui prend racine dans un vieux traumatisme : il n'est pas arrivé à temps pour empêcher le suicide de sa mère, survenu au cours de sa dixième année. Avant de se rendre dans la grange où pendait son corps, guidé par le vague pressentiment d'un drame, il a pris le temps de manger une pomme...

C'est aussi la dégustation d'une pomme qui a marqué le face-à-face de John Gload avec son premier cadavre, celui de la vieille femme qu'à quatorze ans, alors qu'il s'était échappé de l'orphelinat, il a assassinée pour lui voler ses quelques biens. Encouragé par la facilité de cette expérience, il l'a régulièrement renouvelée, jalonnant sa vie de morts qu'il a provoquées sans émotion ni remords comme s'il accomplissait là un travail comme un autre...
Dorénavant presque octogénaire, il vient d'être incarcéré, le complice de son dernier forfait l'ayant dénoncé.

A l'occasion des fréquentes gardes nocturnes qu'il effectue à la prison, Millimaki est chargé par son supérieur de faire parler le vieil homme, histoire de lui faire cracher ses secrets morbides pour étoffer l'enquête en cours et préparer le procès à venir. Mais Val n'a pas besoin de directives pour lier connaissance avec le détenu : une relation sincère, presque intime, se noue naturellement entre les deux hommes. Partageant leurs insomnies, laissant parfois paraître les blessures qu'ont gravé en eux les pertes qu'ils ont subies, ils s'apprivoisent, hommes taiseux, durs au mal, fruits du pays qui les a vus naître. Le monstre Gload, capable de démembrer ses victimes pour empêcher leur identification, se montre envers le jeune adjoint d'une étonnante et protectrice empathie.

Natifs de terres hostiles, témoins de la lutte permanente entre l'homme et son environnement pour assurer la maigre subsistance de sa famille, ils sont profondément conscients de la fragilité des existences, de la possibilité permanente du glissement des êtres dans le désespoir, et savent la porosité de la frontière entre ce désespoir et la folie.

"Les arpenteurs" est un récit sombre, servi par un lyrisme qui rend son âpreté d'autant plus prégnante, qui englue ses personnages et le lecteur dans une sorte de torpeur morbide.. à lire, bien sûr !

Commentaires

  1. Torpeur morbide et âpreté, voilà des mots qui me plaisent (Goran : https://deslivresetdesfilms.com).

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    1. Oui, c'est un roman d'ambiance, sombre à souhait !!

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  2. Tu sais trouver les mots qui font "tilt" (chez moi du moins^^).

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    1. Et bien j'espère que tu seras toi aussi conquis par cet excellent roman !

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  3. je l'ai depuis un ou deux ans sur mes étagères, il va falloir vraiment que je m'y mette !

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    1. Tu devrais y trouver ton compte... je l'ai lu il y a maintenant plusieurs mois, et je garde une empreinte assez précise de son ambiance, et de ses personnages.

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