"Souviens-toi de moi comme ça" - Bret Anthony Johnston

Travail d'orfèvre.

Les Campbell ont vécu l'un des pires événements qui puissent toucher des parents : l'enlèvement de l'un de leurs enfants, Justin, âgé de onze ans au moment des faits.

Suite à cette disparition, ils ont vécu dans l'hébétude, devenus étrangers au monde et à eux-mêmes, enfermés dans la détresse et la culpabilité. Pendant que Griff, le cadet de Justin, sa jeunesse aidant, empruntait le chemin de sa vie, ses parents, bien que présents pour lui, sont restés figés sur l'horreur de la disparition, comme si elle avait arrêté le temps et le cours de leur existence. Eric, le père, a entretenu une liaison sans passion, pendant que son épouse Laura s'investissait avec une démesure désespérée dans une association de sauvetage d'animaux marins.

Il sont pourtant toujours gardé espoir... A raison, puisque Justin, quatre ans après son kidnapping, est retrouvé. 

Fin du cauchemar ? Pas vraiment, car avec ce miraculeux retour, c'est un autre enfer qui commence, insidieux, et pourtant terriblement envahissant.

Le tabou qui entoure ce qu'a vécu Justin pendant ces quatre ans auprès de son ravisseur, à quelques kilomètres de chez lui, acquiert une présence monstrueuse au sein du foyer des Campbell, et plombe le bonheur des retrouvailles. Laura est en adoration devant son fils, Eric se tait et fait comme si tout allait bien, à l'instar de Griff, mais derrière cette apparente normalité, se terrent la crainte, l'horreur, la honte, et une culpabilité qui convainc que la souffrance est méritée... Chacun des membres de la famille marche sur des œufs, déployant des efforts maladroits pour faire comme s'il ne s'était rien passé, attentif à ne pas prononcer la mauvaise parole, à ne pas réveiller le probable traumatisme d'un Justin qui semble étrangement égal à lui-même, et montre une sérénité suspecte.

Bret Anthony Johnston dépeint avec une grande précision la réaction de ses personnages face à cette terrible situation, détaillant leurs doutes et leurs angoisses, les étirant sur la durée, presque jour après jour, de telle manière que le lecteur lui-même est pris dans ce marasme émotionnel qui enferme les protagonistes dans une solitude douloureuse. Et en taisant, à l'inverse, les sentiments de Justin, l'auteur nous place dans la position de ses proches, ignorants du gouffre qui habite l'adolescent, et dont ils préfèrent de toutes façons ne rien savoir, pour éviter de s'effondrer...

"Souviens-toi de moi comme ça" est ainsi un roman à la fois sensible et oppressant, sur lequel plane une menace imprécise mais constante. A lire ...

C'est Athalie -une fois de plus- qui m'a donné envie !

Commentaires

  1. Punaise il a l'air très très bien ce roman, tout à fait pour moi.... (le com' constructif du jour...)

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    1. Mais oui je confirme : il est pour toi (réponse tout aussi édifiante ...) !

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  2. Je passe mon tour... (Goran : https://deslivresetdesfilms.com)

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    1. C'est un roman avec peu d'action, qui s'attarde surtout sur la psychologie des personnages, et sur les relations, faussées par les non-dits, les traumatismes, qu'ils entretiennent... et c'est un très bon roman. Mais si l'intrigue ne te parle pas...

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  3. ton billet me fait penser à JC Oates et Les Mulvaney où la famille tente de se reconstruire après le viol d'un des enfants je note ce titre même si je ne le lis pas tout de suite c'est un genre de roman que j'apprécie

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    1. Oui, la comparaison est assez juste, même si le roman d'Oates a selon moi des défauts (stylistiques, notamment) que l'on ne retrouve pas ici. Mais sur le fond, c'est vrai, on est avec les deux romans dans l'analyse détaillée des relations inter familiales après un drame qui a blessé l'intégrité de l'un d'entre eux.
      J'espère qu'il te plaira autant qu'à moi.

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  4. Une intrigue qui m'a l'air plus intéressante que le titre ne le laisse paraître. Je passe pour l'instant car je ne suis pas trop dans l'état d'esprit de lire des romans autour de la lourdeur du poids des non-dits dans les familles.
    J'en profite pour te prévenir que je ne vais pas faire la LC Coe de décembre finalement car je suis sur une période assez chargée (et ce jusqu'à janvier au moins) du coup je lis comme une tortue et je n'ai pas l'impression de pouvoir le caser d'ici là... N'hésite pas à le lire si tu l'as prévu, ça me reboostera peut-être.;-)

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    1. Pas de souci pour la LC, on peut reporter, je ne l'avais pas commencé... fais-moi signe quand tu seras prête, j'ai largement de quoi lire en attendant !!

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  5. tu as vu ça ! Il empoigne ce titre ! Toi aussi tu as tremblé pour savoir qui a sauté du pont au début ? (la toute fin est nunuche par contre, mais j'ai pardonné, tellement j'étais soulagée !)

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    1. Oui, mais j'avoue que j'ai eu du mal à comprendre la fin, tellement j'étais persuadée que c'était Justin qui avait fini dans l'eau... du coup, j'ai fait un blocage !! Sinon, merci, c'est en effet un très bon titre, fin et sensible.

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  6. Oui, mais dans les Mulvaney de JC Oates , ils ne parviennent pas à se reconstruire et toute la famille est détruite. Il y en un seul, si mes souvenirs sont bons, qui s'en sort, quand il renonce à la vengeance. Des défauts stylistiques, Oates ?
    La série TV anglaise Thirteen explore bien aussi les traumatismes psychologiques de la victime et de toute sa famille. Il y a déjà eu plusieurs cas dans l'actualité de jeunes femmes enlevées dans l'enfance qui parvenaient à se libérer.

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    1. Le point commun entre ce titre et Les Mulvaney, c'est qu'ils analysent tous deux la manière dont un événement mettant à mal l'intégrité de l'un des membres de la famille, perturbe l'équilibre intime de chacun, modifie les rapports entre eux, ainsi que la manière dont ils sont considérés par ceux de l'extérieur. La différence, c'est que le roman d'Oates dépeint un effondrement violent, alors que là on est plutôt dans un délitement insidieux, un malaise qu'on dissimule. La question de la vengeance y est aussi abordée, mais je n'en dis pas plus, pour ne pas gâcher le plaisir d'une éventuelle future lecture.
      Quant aux défauts stylistiques d'Oates, et bien, j'ai trouvé que la première partie des Mulvaney souffrait de répétitions, et d'une qualité inégale. J'ai eu le même souci avec d'autres titres d'Oates, et j'ai fini par me demander si ce n'était pas dû à la traduction...

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  7. Je ne connais pas tes dernières lectures mais suis ravie de les découvrir ;) bonne semaine à toi ^^

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    1. J'espère qu'elles seront l'occasion de belles découvertes pour toi aussi ! A bientôt..

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