"Le retour au pays de Jossel Wassermann" - Edgar Hilsenrath

Un certain manque de mordant.

1939. 

Ça y est, cette fois il en est sûr, Jossel Wassermann est à l'article de la mort. Alité dans le confort de sa grande demeure suisse, il convoque son avoué et son notaire pour leur transmettre ses dernières volontés. Il s'agit d'établir deux testaments (un pour son neveu Jankl le porteur d'eau et l'autre pour les pauvres du village polonais de Pohodna, dont il est originaire, et où il souhaite que son corps soit rapatrié), et surtout de consigner l'histoire de sa vie, dont le manuscrit devra lui aussi être conservé dans sa bourgade natale.

Évoquant ainsi son histoire familiale à partir de l'arrivée de ses ascendants à Pohodna, il nous livre en même temps, au fil de ses nombreuses digressions, la véritable chronique d'un shtetl* situé aux confins de l'ex-Empire austro-hongrois où se côtoyaient -sans trop se mélanger toutefois- Ruthènes, Polonais, Allemands, Roumains et tziganes. Entremêlant événements historiques et anecdotes familiales, il fait revivre toute une galerie de personnages haut en couleur, aux caractéristiques volontairement caricaturales, forçant le trait sur les difformités physiques des uns et les bizarreries comportementales des autres, ou sur la dimension épique de certains événements...

Le bruit de fond du monde fait entendre ses échos, l'évolution de la condition juive au cours des décennies servant de repère. La relative tranquillité et la prospérité dont bénéficiait la communauté sous l'empire austro-hongrois fait place à la peur grandissante que suscitent les rumeurs, de plus en plus nombreuses, de pogroms... c'est pourtant presque avec insouciance que, quelques années après le récit de Jossel, la population juive de Pohodna s'entassera, à destination de l'inconnu, dans des wagons à bestiaux...

"Le retour au pays de Jossel Wassermann" adopte le même principe narratif que "Le conte de la dernière pensée" : basé sur les souvenirs enjolivés de son narrateur, le récit oscille entre fable truculente et restitution d'une histoire tragique. Et pourtant, je n'ai pas été emballée par ce roman, qui m'a paru moins féroce, moins grinçant, que d'autres titres de l'auteur, et qui par ailleurs souffre de quelques longueurs.

* Shtetl : petite ville, grand « village » ou quartier juif en Europe de l'Est avant la Seconde Guerre mondiale.

D'autres titres pour découvrir Edgar Hilsenrath :

Commentaires

  1. Le Nazi et le Barbier me tente depuis longtemps... Et j'adore leurs choix de couverture !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le Nazi et le Barbier est sans doute le titre que j'ai préféré, peut-être parce que parmi ceux que j'ai lus, c'est celui pousse l'humour cynique à son paroxysme... et oui, les romans d'Hilsenrath publiés chez Le Tripode sont de beaux objets (Fuck America, notamment, contient de nombreuses illustrations qui accompagnent le texte en le rendant très vivant).

      Supprimer
  2. Pas encore lu cet auteur mais c'est une erreur paraît-il. Il faut absolument que je lise Fuck America ! On me l'a bien "vendu" l'année dernière et j'en ai fait une priorité 2018. C'est le côté grinçant et féroce qui devrait me plaire. Tu en es à ton 5è de l'auteur, pas étonnant que ça s'essouffle un peu.;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Fuck America est le premier titre que j'ai lu de cet auteur. Il est un peu différent, de par sa thématique, du reste de son oeuvre, et plus personnel, en quelque sorte, puisqu'il est inspiré de ses propres débuts aux Etats-Unis. C'est sans doute une bonne manière d'entrer dans l'oeuvre d'Hilsenrath, en "testant" son ton cru et irrévérencieux.

      Supprimer
  3. En effet, tu connais l'auteur, à force! J'hésite toujours, ça m'a l'air bien poussé au bout, quand même, comme écriture!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, c'est outré, parfois trop (notamment dans Orgasme à Moscou, dont la vulgarité n'est compensée par aucune subtilité). Disons qu'à la question de savoir si l'on peut rire de tout, Hilsenrath répond en hurlant un oui rigolard ... mais il a aussi un talent certain pour mêler ce rire à un propos souvent tragique, et pour nous faire ainsi passer des messages essentiels..

      Supprimer
  4. J'ai beaucoup aimé Le nazi et le barbier. Il faudrait que je lise à nouveau cet auteur.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Évite "Orgasme à Moscou", en tous cas ! Il paraît que "Nuit" est très bien, je le lirai probablement.

      Supprimer
  5. Edgar Hilsenrath me tente depuis longtemps... (Goran : https://deslivresetdesfilms.com)

    RépondreSupprimer
  6. j'ai déjà "Le nazi et le barbier" je rajoute donc celui-ci

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai de loin préféré Le nazi et le barbier à ce titre, je ne le citerais parmi les indispensables de l'auteur. Tu peux aussi lire Le conte de la dernière pensée, ou Fuck America, meilleurs selon moi que Le retour au pays de JW.

      Supprimer
  7. Moi aussi j'ai été plutot déçu par ce livre! trop long et je pensais qu'il allait raconter la vie des gens du train mais pas du tout... idée avortée ? je ne sais pas. Mais j'aime toujours cet écraivain ! Et je te confirme que pour MOI "Nuit" est son chef-d'oeuvre ! (mais je n'ai pas lu tous ses livres...) attention texte très dur !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oh mais j'ai bien l'intention de lire Nuit (noté d'ailleurs sur tes conseils) malgré cette déception ..

      Supprimer

Enregistrer un commentaire