"Le roman du mariage" - Jeffrey Eugenides

De la véracité fictionnelle.

Années 80, une petite université américaine. En mettant en scène un triangle amoureux, Jeffrey Eugenides explore les interrogations, les doutes, les angoisses et les espoirs qui accompagnent l'entrée dans l'âge adulte. Il décrit ainsi les préoccupations d'une génération qui, bénéficiant de  l'héritage des années 70 en matière de libération sexuelle et d'émancipation féminine, se recentre sur des questionnements plus élémentaires quant à la notion de couple, d'engagement.

Mitchell aime Madeleine, qui aime Leonard, qui aime Madeleine... Ils sont jeunes, beaux et intelligents, ils ont l'avenir devant eux, et pourtant...

Issue d'une famille bourgeoise, Madeleine est une pure WASP. Alliant rigidité morale et curiosité intellectuelle, passionnée de littérature victorienne, rien ne la prédisposait à tomber amoureuse de Leonard, étudiant surdoué et charismatique, esprit brillant mais torturé. Son enfance désargentée, passée entre une mère indifférente, irresponsable, et un père absent, lui a laissé en héritage une maniaco-dépression qui lui fait alterner des périodes euphoriques et productives d'hyperactivité intellectuelle et des moments d'intense détresse le poussant à un comportement auto destructeur.

Mitchell, après avoir épuisé ses espoirs de conquérir Madeleine, part en Inde, tâtonne en quête d'engagement humanitaire et religieux.

(...)

Difficile de rédiger un billet sur un tel roman... Se contenter, comme ci-dessus, d'en résumer l'intrigue, ne le rendra sans doute guère attrayant. L'histoire vous paraîtra banale -le sujet n'est pas a priori de ceux qui, personnellement, me passionnent- et je mentirais si je vantais le style, qui ne m'a pas vraiment éblouie, de Jeffrey Eugenides...

Alors, comment vous convaincre que j'ai trouvé ce titre captivant ? Comment expliquer cette capacité de l'auteur à nous attacher à ses personnages, à rendre son récit si vivant ?

Je crois que cela tient essentiellement au sentiment de véracité, de sincérité, que l'on ressent, de manière inconsciente mais prégnante, en découvrant les émotions, les réflexions de ses héros. Comme si le talent de Jeffrey Eugenides tenait essentiellement à une forme de sensibilité clairvoyante qui lui permet de les rendre consistants, de leur donner corps et âme.

La structure -a priori capricieuse- même du récit, succession de bonds dans le temps puis de retours en arrière, d'épisodes répétés selon différents points de vue, participe, en lui conférant une forme de spontanéité, nous faisant croire que l'auteur a laissé sa plume divaguer au gré de son inspiration, à donner au le lecteur la certitude d'avoir affaire à un texte lucide et sincère.

Alors... vendu ?

Commentaires

  1. Et bien tu vois, je pensais que je ne l'avais pas tellement aimé... Alors je suis allée pêcher mon article (datant de 2014) et en fait, j'avais beaucoup apprécié ma lecture !
    http://lemonde-dans-leslivres.blogspot.fr/2014/05/le-roman-du-mariage.html

    Fichtre, ça me donnerait presque envie de le relire ! Parce que je me rends compte que je ne m'en souviens pas !

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    1. Je comprends, c'est un roman qu'on aime presque à notre insu ! Il m'a beaucoup fait penser à Franzen qui parvient, de la même manière, à rendre passionnantes des intrigues a priori banales, se déroulant dans des cercles familiaux a priori sans histoires ni éclat..

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  2. Ton article est une bonne idée pour convaincre... (Goran :https://deslivresetdesfilms.com)

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    1. J'avoue que j'étais un peu en manque d'inspiration, ce n'est pas évident de définir avec justesse ce qui nous accroche dans ce genre de texte...

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  3. Je n'ai malheureusement pas accroché à ce roman... Que j'ai trouvé lent et long. Il m'a été offert à l'occasion de mon propre mariage, de ce fait je m'attendais à quelque chose de plus... romantique peut-être. Bien qu'en général les récits amoureux m'ennuient.

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    1. Ah dommage, mais je peux comprendre qu'on le trouve lent, c'est un roman qui s'attarde davantage sur les réflexions, le ressenti des personnages que sur l'action. Et moi aussi, les récits amoureux m'ennuient, la plupart du temps...

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  4. Je n'avais vraiment pas aimé - je l'ai même qualifié de "intello-chiant" à l'époque ;-)

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    1. C'est vrai qu'il peut donner l'impression d'être un peu vain, et j'ai pourtant trouvé que mine de rien, l'auteur en disait beaucoup sans en avoir l'air..

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  5. je l'ai acheté après avoir vu une émission télé (Nicolas Demorand je crois?) qui m'avait plu et en fait, toujours pas lu... je vais essayer quand même :-)

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    1. Avec Saleandre, nous sommes au moins deux à avoir aimé... je ne sais pas si tu connais Franzen, mais si c'est le cas et que tu l'apprécies, Eugenides devrait te plaire.

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  6. J’étais aussi tombée sous le charme

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