"La curée" - Emile Zola

"Gagner de l'argent, j'aime encore mieux en manger, quoique ce ne soit pas toujours aussi amusant qu'on se l'imagine d'abord. Aimer, être aimé, on en a vite plein le dos, n'est-ce pas ?... Ah ! oui, on en a plein le dos !..."

La curée est à l'origine un terme du vocabulaire cynégétique qui désigne les "Bas morceaux du gibier abattu, que l'on donne en pâture aux chiens, à la fin de la chasse". Métaphoriquement, il est utilisé pour qualifier "ce à quoi on considère avoir droit pour en jouir".

"La curée" d'Emile Zola est celle qui résulte de la frénésie financière qui s'empare de Paris après la proclamation du Second Empire. C'est l'heure des grands projets d'urbanisation Haussmanniens supportés par la souscription publique, donnant de l'élan aux affaires, excitant les velléités spéculatives.
"Paris se met à table et rêve gaudriole au dessert".
Voici venu le règne d'une bourgeoisie parvenue et avide, exposant sa richesse de manière démesurée, dans une débauche frivole de toilettes hors de prix, d'intérieurs surchargés. Les fortunes se bâtissent en six mois, les appétits lâchés se contentent... la grande préoccupation du moment est de savoir à quels amusements tuer le temps, le vice s'étale, révélant langueurs capricieuses et désirs brutaux appelant une satisfaction immédiate.
"Il fallait à cette poignée d'aventuriers qui venaient de voler un trône, un règne d'aventures, d'affaires véreuses, de consciences vendues, de femmes achetées, de soûlerie furieuse et universelle".
Aristide Saccard, frère du ministre Eugène Rougon, compte bien participer au banquet. Opportuniste mais rusé et patient, digne héritier d'une lignée caractérisée par son appétit pour l'argent et son besoin d'intrigue, il débarque de sa Provence avec sa femme et leur fille. Exploitant habilement et frauduleusement les informations que son modeste emploi à la Ville lui permet d'obtenir quant aux futurs travaux d'aménagement, il fait peu à peu son trou. Son union, opportunément permise par le décès de son épouse, avec une jeune fille de bonne famille et solidement dotée, en quête d'un mari peu regardant pour laver son "déshonneur", parachève son ascension au sein de la nouvelle bourgeoisie parisienne.

C'est auprès de cette Mme Saccard, née Béraud du Châtel, que l'auteur nous introduit dans son récit. Renée est belle, spirituelle, très en vue parmi les mondains de la capitale, mais Renée se languit... dépenser des fortunes en toilettes, organiser les réceptions hebdomadaires dont est l'écrin le splendide hôtel particulier des Saccard donnant sur le parc Monceau, ne lui suffit plus. Elle rêve de frissons et d'aventures. Elle n'a pas besoin d'aller les chercher bien loin... Maxime, le beau-fils dont elle s'occupe depuis ses quatorze ans, le traînant à sa suite parmi les dentelles et le parfum des femmes, où son physique de fille et ses boucles blondes ont naturellement trouvé leur place, a grandi... Parfaitement adapté à son milieu, il s'adonne avec insouciance aux plaisirs que lui procurent son rang et sa jeunesse.

Pendant que sa femme et son fils se vautrent, presque sous son nez, dans la débauche, Aristide spécule, et tous trois dilapident le contenu de caisses qui bientôt sont vides...

Emile Zola se montre sans pitié pour cette société décadente, superficielle, pour ces parvenus inélégants, vénaux et creux, qui s'empiffrent sans mesure de nourriture comme de sexe, qui jouissent de l'immédiat avec un aveuglement fiévreux annonçant l'inéluctabilité de leur chute. La minutie avec laquelle il dépeint le faste et le vice, l'ironie féroce qui adhère à son propos, font de la lecture de ce roman un moment de pure réjouissance !

Un classique intemporel, qui n'a pas pris une ride...

J'ai eu le plaisir de faire cette lecture en commun avec Valentyne : son avis est ICI.

Commentaires

  1. Zola j'adore (Goran : https://deslivresetdesfilms.com)

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    1. Comme beaucoup de lecteurs, je m'en suis abreuvée pendant mes années lycée, et la découverte de ce roman m'a fait regretter de ne pas y être revenue plus souvent depuis... du coup, je me dis que ce serait pas mal d'ne lire un de temps en temps !

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  2. Les portraits des personnages sont si bien faits que j'ai eu l'impression de les voir bouger
    Quels crapules quand même ce père et ce fils ....
    Renée effectivement, même futile, a plus ma sympathie ....Solidarité féminine ?

    Bon dimanche Ingannmic

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    1. Oui, ce sont deux belles ordures, mais c'est aussi ce qui fait le sel des romans de Zola, ces personnages détestables, et malheureusement crédibles !
      Si tu as l'intention de continuer la série des Rougon Macquard, n'hésite pas à me faire signe, je te suivrai avec plaisir (s'il s'agit d'un titre que je n'ai pas déjà lu)..

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    2. Volontiers pour une future LC autour des Rougon Macquart
      Pour ma part j'en ai lu peu finalement : Au bonheur des dames, L'oeuvre , La terre ....
      Bonne journée Ingannmic ;-)

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    3. Je ne sais pas si tu as vu, plus bas, la proposition de Patrice : es-tu tentée par une LC autour de La débâcle ?

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    4. Oui je suis partante pour une LC autour de "la débâcle" :-)
      En mai ?

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    5. Oui, avec plaisir, cela m'arrange plutôt la deuxième quinzaine de mai, car avant je pars en vacances. Disons la semaine de la Pentecôte ? Je te laisse fixer le jour ...

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  3. C'était mon premier Zola, que j'ai ensuite dévoré.

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    1. Je comprends... j'ai lu quelques-uns des Rougon Macquard, mais pas dans l'ordre, et de manière complètement aléatoire.

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  4. Ah le relire peut être un jour... A lire ce résumé, je ne me souvenais plus que du prénom Renée...

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    1. On verra ce qu'il m'en reste d'ici quelques années, mais j'ai passé en tous cas un excellent moment !

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  5. Comme Keisha, trop longtemps que je n'ai pas lu Zola ! Fais-moi signe pour une LC. Si ce n'est pas un livre trop connu (je veux dire un roman que j'ai déjà relu plusieurs fois ) je me joindrai à vous !

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    1. Si ça te tente, j'ai une proposition de LC : La débâcle de Zola. Le dernier de la série des Rougon-Macquart, le plus "roman historique" et aussi le plus gros succès de l'auteur à sa sortie. Raconte la fin du 2nd Empire. A suivre :-). Patrice

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    2. Pourquoi pas, je ne l'ai pas lu, celui-là... qui est partant ?

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    3. Je l'ai déjà lu mais il y a au moins cent ans donc je suis avec vous si vous laissez un peu de temps : vers Fin Avril serait-ce possible?

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    4. Ce serait même plutôt pour fin mai (vers le 21, j'attends que Valentyne confirme le jour), si cela te convient. Ravie que tu te joignes à nous !

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    5. Le 21 mai ? parfait ! Heureusement de me remettre à Zola en ta compagnie.

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    6. Oui c'est bon, nous avons bloqué le 21.

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  6. j'adore Zola que j'ai beaucoup lu ado mais je voudrais lire les "Rougon-Maquard" dans l'ordre maintenant... mais j'ai des tentations multiples, ça devient compliqué à gérer :-)

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    1. Dans ce cas, je ne propose pas de me (nous ?) suivre sur une LC de La débâcle, qui est les dernier opus du cycle... les tentations trop nombreuses pour pouvoir toutes les assouvir, je crois que c'est une problématique que connaissent beaucoup de lecteurs !

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  7. C'est un de mes préférés du cycle, lu et relu... et tellement d'actualité aujourd'hui...

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    1. Oui, c'est aussi ce qui fait son intérêt, malgré l'époque, on n'est pas vraiment dépaysé...

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  8. Merci d'avoir mis un Zola à l'honneur. J'adore l'auteur et les Rougon-Macquart. Ton billet retranscrit très bien le livre et l'ambiance de l'époque, ça m'a rappelé quelques bons souvenirs de lecture !

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    1. Cela fait du bien de se (re)plonger dans une valeur sure, de temps en temps... je me réjouis à la pensée qu"il me reste encore pas mal de volumes du cycle des Rougon-Macquart à découvrir !

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