"Fictions" - Jorge Luis Borges

J'ai donc fini par lire "Fictions", titre que sa réputation de complexité m'avait jusqu'alors incitée à laisser moisir dans un recoin de mes étagères... Sa présence sur la PAL de Miss Léo, qui a gentiment accepté ma (courageuse ?) proposition de lecture commune, a été l'occasion d'enfin l'en sortir.


A vrai dire, ça commençait mal... les premiers textes qui composent le recueil, truffés de références littéraires et philosophiques aussi bien réelles qu'imaginaires m'ont paru obscurs, voire impénétrables (de beaux adjectifs pour éviter de dire que je les ai trouvés rasoirs...). 

Et puis, au fil de l'ouvrage, composé de nouvelles souvent très brèves, j'ai été charmée par la capacité de Jorge Luis Borges à mêler l'humour et l'érudition, à jouer avec les différents registres de la fiction.

Quelques jours ont passé depuis la fin de ma lecture, au cours de laquelle je n'ai pris aucune note, et je serais bien incapable, au vu de la multiplicité de textes que contient "Fictions", de vous en offrir un résumé. Ceci dit, ce n'est pas bien grave... Chacun de ces textes mériterait une analyse poussée, tant ils regorgent de symbolique et d'ingénieux procédés narratifs, analyse à propos de laquelle j'admets ma fruste incompétence. Je préfère donc (enfin disons surtout que, comme vous l'aurez compris, je n'ai pas vraiment le choix) vous livrer, en vrac, les impressions qu'il m'en reste...

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Ces textes sont singuliers, inclassables, l'auteur ne craignant pas d'abolir les frontières entre les genres, comme s'il avait voulu explorer toutes les possibilités de la fiction, mêlant érudition et suspense, pimentant l'Histoire d'anecdotes inventées, jonglant avec les codes du roman policier, étayant la logique d'univers imaginaires sur sur des arguments scientifiques ou philosophiques... 

Les symboles y occupent une place prédominante : miroirs, couteaux, bibliothèques infinies et labyrinthes..., parsèment ainsi des récits figurant l'opposition entre destin et hasard, entre l'apparente éternité du monde et la vacuité de l'existence, l’inter-pénétrabilité entre rêve et réel...

J'ai souvent pensé à Edgar Poe, au cours de ma lecture : on retrouve chez Borges ce goût pour les intrigues à double facette, pour l’introduction du mystérieux, voire du surnaturel, dans la banalité du quotidien.

Jorge Luis Borges maîtrise à merveille l'art de la chute, consistant à modifier, par la magie d'une phrase finale, votre angle de vue sur le texte ce qui la précède, à introduire en conclusion un élément qui ouvre de nouvelles perspectives, laissant libre cours à votre imagination.

Il maîtrise aussi celui de la concision, parvenant en quelques lignes à nous imprégner d'un nouvel univers et surtout d'une nouvelle façon de nous le raconter à chaque texte.

Il y a dans ces textes beaucoup de finesse, des ironies dissimulées sous des apparences de fables, des paraboles révélant des odes à la liberté, et à la créativité...

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"Fictions" a regagné son recoin sur mes étagères, mais je ne l'y oublierai pas : il est de ces recueils vers lesquels je retournerai parfois, le temps de relire une de ses pépites...

Commentaires

  1. Un livre que je me promets de lire, mais je sens que je devrai persister une fois démarré

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    1. Oh, il ne faut pas persister trop longtemps car les textes sont courts et seuls un ou deux au début m'ont paru hermétiques...

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  2. je n'ai encore lu aucun texte de Borges et cela m'a manqué pour lire le livre de Nuno Camarneiro "les hommes n'appartiennent pas au ciel" donc je note celui-ci

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    1. C'est le seul que j'ai lu, il ne me semble pas d'ailleurs que Borges ait été très prolifique. Je viens de lire ton billet sur le Camarneiro, et du coup, je l'ai noté, ton avis fait vraiment envie (et comme maintenant, j'ai lu Borges...) !

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    2. je l'ai trouvé sur un site qui vend des livres d'occasion, donc plus d'excuse!!!
      j'espère que Camarneiro te plaira autant qu'à moi!!!

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    3. J'espère aussi ! Et bonne lecture Borgienne, alors...

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  3. Tu me (re)motives, je l'avais reposé dans le coin de l'étagère, une période de fatigue et les premiers textes m'avaient perdue. Je me disais à cette époque que j'allais reprendre en lisant les nouvelles dans le désordre !

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    1. Mais il peut tout à fait se lire dans le désordre, et comme je l'écris à la fin de mon billet, il est probable que je relirai certains de ses textes de temps en temps, certains sont vraiment excellents (et ludiques) !

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  4. Je l'ai lu il y a maintenant quelques temps déjà, mais je ne me souviens plus très bien… (Goran : https://deslivresetdesfilms.com)

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    1. L'avantage, c'est que ses textes au format court permettent une relecture, de temps en temps, au fil des envies...

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  5. Est-ce dans celui-là qu'il y a "La demeure d'Astérion" ? une nouvelle qui m'avait marquée, parmi beaucoup d'autres de cet auteur qui était une de mes références .... Lorsque j'avais plus ou moins vingt ans .... ! Je n'ai pas mes exemplaires sous la main pour retrouver d'autres titres (bureau en réfection !).

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    1. Je t'avoue que j'ai dû reprendre mon exemplaire pour vérifier... mais non, La demeure d'Astérion n'est pas dans ce recueil. Avoir Borges comme référence à vingt ans, tu forces mon admiration ! Je ne suis pas sûre que je me serais obstinée au-delà de la 1ère nouvelle, à cet âge...

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    2. J'étais étudiante en lettres et je me la jouais intello ! je crois qu'aujourd'hui je me détesterai. J'ai fait semblant parfois d'admirer des textes auxquels je ne comprenais rien (Gombrowitz, par exemple !) Mais Borgès m'a toujours parlé, je ne sais pas pourquoi. Quelque chose avec les labyrinthes, l' érudition ... Ce qui m'énerve là, vu que mes livres sont hors d'atteinte, c'est de ne pas pouvoir y replonger le nez !

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    3. Dis-toi que en auras d'autant plus de plaisir lorsque tu y auras de nouveau accès (mais je comprends ta frustration) ! En tous cas, je note La demeure d'Astérion !

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  6. ça fait des années que je me promets de le lire! Cette originalité dans la forme continue à me freiner!

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    1. N'hésite plus à franchir le pas, je suis sûre que comme moi, tu ne le regretteras pas ! Il y a dans ce recueil de vraies pépites, et tous les textes sont très courts, même les plus ardus, qui ne sont pas par ailleurs si nombreux...

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