"Bitna, sous le ciel de Séoul" - Jean-Marie-Gustave Le Clézio

Vrai faux roman coréen ?

Bitna, dix-neuf ans, fille de modestes pêcheurs, de nature solitaire, fait ses études à Séoul. Pour se soustraire à la méchanceté de la tante qui l'hébergeait depuis son arrivée dans la capitale coréenne, elle occupe dorénavant un misérable appartement en demi sous-sol, dont elle paie une partie du loyer grâce aux quelques heures de l'atypique mission qu'elle remplit auprès d'une quadragénaire gravement malade. Salomé, qui ne peut même plus sortir de chez elle, a un besoin assoiffé d'histoires, supplie qu'on lui raconte la vie à laquelle elle ne participe plus, qu'on lui décrive le dehors dont elle n'aperçoit plus qu'un carré depuis sa fenêtre...

Le roman alterne ainsi entre les histoires que lui invente Bitna, et le récit de l'adaptation de l'étudiante à cette grande ville aussi effrayante qu'excitante, à travers laquelle un mystérieux inconnu la suit à la trace.

Par l'intermédiaire des contes qu'elle soumet à Salomé, mélancoliques ou cruels, parfois fantaisistes, mais toujours inventifs, elle exprime la solitude des êtres, la douleur de la séparation et de l'éloignement des siens, sur fond d'histoire et de culture coréennes. Les conséquences pour les individus de la scission nord-sud sont ainsi évoquées. Nous découvrons aussi une société abreuvée d'influences occidentales, où traditions et modernité semblent se côtoyer sans heurts.

Les histoires de Bitna, entremêlement de réel et d'imaginaire, car empruntant à certaines de ses expériences personnelles, créent entre les deux héroïnes une forme d'interdépendance, l'étudiante jouissant inconsciemment du pouvoir qu'elle détient sur la malade, pour laquelle elle représente le dernier lien avec la vie.

Je n'ai malheureusement pas, contrairement à Salomé, été emportée par les fables de Bitna, et ses propres pérégrinations dans Séoul ne m'ont pas vraiment passionnée, en raison d'un mal fou à entrer dans le récit, gênée par un style sans fluidité, qui m'a presque donné l'impression d'avoir été -mal- traduit d'une langue étrangère. Je me suis même demandée s'il ne s'agissait pas là d'un subterfuge de l'auteur pour faire croire que son texte avait le coréen comme langue d'origine, et j'ai eu beaucoup de mal à me persuader que j'avais bien affaire, ici, à l'auteur de "Désert" ou du "Procès-verbal"...


D'autres titres pour découvrir Jean-Marie Gustave Le Clézio :
*Gens des nuages (avec Jemia Le Clézio)

Commentaires

  1. Ah ! J'attendais des avis sur ce livre parce que l'élément Corée me tentait beaucoup mais je n'avais pas trop accroché au seul Le Clézio que j'ai lu (Désert) (souvenir de grand ennui). Bon, ben a priori, je peux passer.;-)

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    1. Oui, il est dispensable... en revanche, j'avais adoré Désert, qui reste l'une de mes lectures les plus marquantes (mais dont j'ai paradoxalement presque tout oublié, sauf les sensations qu'elle m'a procuré...). Ceci dit, je peux comprendre ton ennui, c'est un roman très lent, très descriptif. La plupart de ses autres titres ne sont pas si "contemplatifs". Si tu t'intéresse à Frida Kahlo et Diego Riviera, son essai sur ce célèbre couple est excellent, et se lit comme un roman.

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  2. j'adore l'auteur(véritable coup de foudre en lisant "Étoile errante) donc je le lirai sûrement, mais j'attends encore un peu... J'ai beaucoup aimé le précédent "Alma"

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    1. J'ai beaucoup aimé moi aussi Etoile errante, et j'apprécie généralement les écrits de Le Clézio, j'ai d'ailleurs l'intention de lire Alma, dont le sujet m'intéresse beaucoup. J'ai vu après avoir écrit ce billet que la rédaction de Bitna répondait à une commande ... ce qui explique peut-être son style un peu bâclé ?

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  3. Je n'ai jamais pu accrocher à un seul titre de cet auteur .... Sauf peut-être Désert, et encore ... J'ai de plus souvent croiser l'auteur à Saint Malo, il fait très bien la posture du grand écrivain ! je sais bien comme disait l'ami Proust que l'homme et l'artiste sont à différencier, mais quand même, dès fois, ça joue ...

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    1. Je ne l'ai vu qu'à la télévision, mais c'est vrai qu'il dégage quelque chose d'à la fois impressionnant et d'un peu rebutant, je trouve (disons qu'il n'a pas l'air très drôle, ni très sympathique, un peu comme Kamel Daoud, qui dit des choses très intelligentes mais arbore une physionomie très réfrigérante (pas comme Jaenada, par exemple, avec qui on a tout de suite envie d'être pote...) tiens, c'est drôle que de parler de Jaenada me fasse abuser des parenthèses, ce n'était pas prémédité, en plus !)) Mais bon, j'ai adoooréééé Désert, et beaucoup aimé Le procès-verbal ou Etoile errante, et je trouve que les thématiques qu'aborde Le Clézio dans ses romans dénote d'une immense et bienveillante curiosité pour l'autre et ses différences, et rien que pour ça, je crois que je l'aimerais toujours quand même .. et je lirai sans doute Alma.
      Et j'avais lu Lullaby au collège, dont je garde (ce qui est rare pour une lecture si ancienne) le souvenir assez net de certaines images (un peu comme pour Désert, d'ailleurs, je trouve qu'il a un talent incroyable pour écrire le soleil, la lumière, le vent).
      Quel commentaire décousu...

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    2. J'ai entendu Kamel Daoud, ses propos sont très intéressants, brillants et tout et tout, comme son roman sur Meursault, qui m'a agacée au plus haut point ... A l'opposé de Jeanada, effectivement ! Je sais bien que c'est peu littéraire comme attitude de faire sa fan transie, mais bon, Philou, c'est pas pareil ... Par ailleurs, tu m'as fait redécouvrir Daphné Du Maurier, mais Le Clézio, malgré toute ta force de conviction, je résiste !

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    3. C'est vrai que nous avons là une conversation de midinettes, qui ne nous ressemble guère... mais l'honneur est sauf, puisque nous savons passer outre nos subjectives impressions, et distinguer l'homme de l'oeuvre, n'est-ce pas ?

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