"Le Chevalier des Touches" - Jules Barbey d'Aurevilly

“Les chouans sont restés comme un mémorable exemple du danger de remuer les masses peu civilisées d'un pays.” (Honoré de Balzac - "Les chouans")

Jules Barbey d'Aurevilly nous embarque pour une veillée au coin du feu, en compagnie d'une petite assemblée d'honorables vieillards, dans une demeure normande ayant connu des jours plus fastes.

Cette demeure est celle des demoiselles Touffedelys, dont la jeunesse et la beauté ne sont plus que de lointains souvenirs, leur fortune et leur rang aussi, la Révolution étant passée par là. Vieilles filles sans malice, crédules, elles reçoivent en ce soir de décembre de la fin des années 1820 un ami baron, deux autres demoiselles et un abbé, qui vient de vivre une rencontre surprenante, point de départ du récit qui va suivre : il a croisé, surgissant tel un revenant dans l'obscurité brumeuse d'une place de Valognes, le Chevalier des Touches...

Cette figure de la chouannerie, dont la témérité et la beauté féminine firent une légende, fut au centre d'un célèbre épisode de la guerre menée contre les bleus, et auquel participa l'une des invitées des Touffedelys : son enlèvement, par ceux que l'on a immortalisé comme "les Douze", de la prison d'Avranches où il attendait d'être raccourci par la guillotine.

Il nous est rapporté par Mlle de Percy, sœur de l'abbé et vieille amie des Touffedelys, que son allure et ses manières hommasses, associées à une franche laideur, ont condamnée au célibat, mais qui, amazone intrépide au caractère sanguin, les a mises au service de la cause royaliste, notamment en participant à cette évasion.

Et il faut dire qu'elle ajoute à sa bravoure une faconde qui rend son récit palpitant, tous les ingrédients étant par ailleurs réunis pour faire de cette anecdote des coulisses de l'histoire une véritable épopée : amour et danger, vengeance et cruauté, le tout assaisonné d'un héroïsme parfois exalté... et pourtant, il y a quelque chose de profondément pathétique dans ces chevaliers d'un autre temps, portant le flambeau de valeurs heureusement disparues, perdus dans un monde qui a changé, duquel ont disparu tous leurs soutiens. Des Touches lui-même l'admet, amer mais résigné : il ne viendra plus de Prince pour vouloir défendre l'idée d'un retour aux valeurs d'antan.

Aussi, malgré l'écriture parfois affectée de Jules Barbey d'Aurevilly, et bien que les valeurs défendues par ses personnages m'aient empêchée d'éprouver pour eux une empathie vraiment sincère, j'ai apprécié le ton enlevé avec lequel la mémorable Mlle de Percy vante leurs exploits passés. Et en se concluant par ailleurs sur une touche d'héroïsme élégant et secret, le récit m'a laissé en mémoire le goût d'une aventure certes vaine et surannée, mais pourtant extraordinaire.

J'ai eu le plaisir de faire cette lecture en commun avec Sentinelle : son avis est ICI.

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Commentaires

  1. Comme je le disais sur mon blog, on se rejoint pas mal sauf que j'ai moins apprécié que toi ce court roman, trouvant que le mélange des genres, que j'affectionne en général, ne fonctionnait pas très bien dans ce roman. Du coup, je suis toujours restée à distance et je n'ai pas pu l'apprécier autant que je le voulais. Si tu veux te lancer dans un LC pour Un prêtre marié du même auteur, je suis partante :)

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    1. Volontiers, mais pour la rentrée, alors ? Ca m'arrangerait même plutôt pour octobre...

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  2. Ok pour moi, quelle date tu proposes ?

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  3. Parfait. Je note la date sur mon blog :)

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  4. je ne l'ai pas encore lu! ton commentaire me donne envie de me lancer :-)

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    1. Si tu as lu l'avis de Sentinelle, tu as pu voir qu'elle est moins enthousiaste que moi. "L'ensorcelée", qui nous a plu à toutes les deux, est peut-être préférable à ce titre, pour découvrir l'auteur. Et comme Le Chevalier des Touches, il est relativement court. D'un autre côté, j'aimerais bien lire un autre avis sur celui-là, pour voir si on y retrouve ce qui a gêné Sentinelle...

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  5. Oh la la j'ai lu ça en licence (et j'ai tout oublié, à part une scène que l'on avait eu en commentaire). Il faudrait que je m'y remette, c'est bien Barbey.

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    1. Je n'en ai lu que trois pour l'instant, mais oui, c'est bien ! Je ne sais pas si tu as vu, mais nous avons convenu avec Sentinelle de lire Un prêtre marié pour le 15 octobre. Si tu veux te joindre à nous, c'est avec grand plaisir !

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    2. Ah non je n'avais pas vu, mais en effet je me joindrai à vous avec plaisir. Je note ça.

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    3. En voilà une bonne nouvelle !

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