"In Utero" - Julien Blanc-Gras

"C'est l'histoire la plus banale du monde".

Julien Blanc-Gras nous livre avec "In Utero" une sorte de journal de grossesse vue du père, égrenant de ses questionnements et de ses réflexions, au rythme de la progressive métamorphose du corps de sa conjointe, le compte à rebours menant à la naissance de leur enfant. Il précise qu'écrire lui permet d'apaiser ses angoisses en les formulant, angoisses bénignes de tout homme qui, à quelques mois de devenir père, se sent un peu désemparé face à cet événement dans lequel il n'est pas, contrairement à la mère, physiologiquement impliqué. 

Il n'a pas de traumatisme de sa propre enfance à exorciser, son couple se porte à merveille, la future mère est d'une sérénité à toute épreuve...

Cela ne l'empêche pas d'être en proie à moult interrogations bien légitimes, d'ordre tantôt pratique, tantôt existentiel. Profondément conscient de la responsabilité liée à son futur statut de père, il accepte sans réelle amertume de voir se tourner une page de sa vie, celle de l'égoïsme et de l'insouciance de la jeunesse, se demande comment va se redessiner son avenir d'écrivain globe-trotter... Mais il s'adonne aussi à des considérations moins nombrilistes, s'étonnant des obscures motivations qui nous poussent à procréer quand notre planète est déjà surpeuplée (et il bien placé pour le savoir...), évoquant les rites liées à la grossesse ou à l'accouchement de certaines peuplades reculées, ou encore la place qu'y occupe l'enfant, comme pour rappeler la dimension universelle, banale et pourtant extraordinaire, de son aventure...

Je ne connaissais pas cet auteur, mais ce qui frappe d'emblée, c'est son ton, alerte, drôle, et fortement empreint d'autodérision. Evidemment, j'ai tout de suite pensé au "Cosmonaute" de Jaenada, qu'évoque d'ailleurs Julien Blanc-Gras dans ses premières pages, mais j'avoue que le premier, avec ses accès de folie douce et ses enchâssements de parenthèses, a ma préférence... et si l'entrée dans ce roman dont les premières pages dégagent une énergie très rafraîchissante a été une très bonne surprise, j'avoue que cette dynamique s'est un peu affaissée par la suite. Est-ce parce que passé le moment de la découverte, la verve perd un peu de son piment ? Ou parce que l'auteur lui-même, se mettant au diapason de la grossesse, acquiert au fil du temps une sérénité qui l'amollit un peu ?

"In Utero" n'en reste pas moins un récit attendrissant, à la fois pudique et sincère, parce que c'est quand même, au passage, une très touchante déclaration d'amour à sa femme, et le basculement, pour cet éternel déprimé qu'avoue être l'auteur, vers la certitude du bonheur que cet acte optimiste qu'est donner la vie va lui apporter.

Un roman dévoré en deux jours à peine, avec plaisir mais sans réelle implication, et qui, je l'avoue, s'efface déjà de ma mémoire...

Commentaires

  1. J'adore les récits de voyage de Julien Blanc-Gras dans lesquels il fait preuve aussi de beaucoup d'autodérision et j'aime beaucoup son style et son ton alerte et drôle comme tu dis. Je ne me suis pas encore aventurée dans In Utero car j'ai d'autres de ses récits de voyage sous le coude et cette thématique-là m'intéresse davantage, mais un jour peut-être.

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    1. J'ai noté "Touriste" depuis un certain temps, mais j'ai dû tomber sur In Utero au moment de sa sortie poche, mis en évidence sur les étals de libraires, c'est l'occasion qui a fait le larron ! Je pense que je préférerai ses récits de voyage, ce sont comme toi des sujets qui m'intéressent davantage que celui de la paternité, qui n'est pas vraiment dépaysant...

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  2. Je n'ai lu jusqu'ici que ses récits de voyage (recommandés!)

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  3. Même si ce n'est pas le sujet de ton billet, je note plutôt Jaenada dont le style fait beaucoup parler.

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    1. Ah oui, très bonne idée. Quand on a lu Le Cosmonaute, In Utero passe pour un peu trop gentil (même s'il est dénué de toute mièvrerie) !! Disons que Jaenada sait faire la part belle aux fantasmes, et que cela rend son récit à la fois hilarant et pimenté... et sa conjointe -du moins telle qu'il la décrit dans le roman- est à l'inverse de celle de Julien Blanc-Gras : obsessionnelle et hyper angoissée (en fait dans le roman, elle est folle à lier)..

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  4. je crois que je préfère, comme A_girl, ses récits de voyage...

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    1. "Touriste" sera probablement ma prochaine étape pour découvrir cet auteur.

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  5. Bonjour Ingannmic, comme Keisha, je te recommande ses récits de voyage. Celui-ci me tente moyen. Bonne journée.

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    1. Oh il est dispensable en effet, bien qu'il permette de passer un bon moment tout de même.

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  6. C'est un livre sûrement plus personnel que ces récits de voyage (que je recommande, comme les autres ..). Il me tente moins, mais à l'occasion, pourquoi pas.

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    1. Bon, si après toutes ces recommandations, je ne me précipite pas dans la librairie la plus proche pour acquérir ses récits de voyage, c'est que je suis clouée au lit avec une grippe ou que je me suis cassée la jambe !

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    2. Françoise c'est moi ... erreur d'identification !

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    3. Ah, je ne t’avais pas reconnue !

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  7. Moi aussi j'adore ses récits de voyage, mais sur le sujet de la paternité il ne m'attire que très moyennement. Il faut dire que c'est un sujet que je connais particulièrement bien^^

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    1. C'est pour ça que dans une de mes réponses aux commentaires ci-dessus, je parle d'absence de dépaysement. Les questions qu'ils se posent sont familières, je pense, à la plupart des parents..

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