"Docteur Sleep" - Stephen King

"Un jour, tu finis par t'aviser que rien ne sert de cavaler. Où que tu ailles, tu t'emmènes toujours avec toi".

Stephen King fait partie de ces auteurs qui ont, non pas bercé, car le terme n'est pas tout à fait approprié, mais disons... hanté mon adolescence. Ses romans, leur dimension à la fois horrifique et addictive, m'ont fait passer plus d'une nuit blanche. "Shining" s'est toujours maintenu sur la première place du podium, Jack Nicholson ayant sans doute contribué à ancrer l'empreinte que m'avait déjà laissée la lecture du titre correspondant. Je ne pouvais donc pas passer à côté de "Docteur Sleep", et couper à la tentation de savoir ce qu'était devenu le jeune Danny Torrance, tout en éprouvant la légitime appréhension que suscitent les "suites", rarement à la hauteur des premiers opus... Mais si ce roman ne détrône pas "Shining" au sommet de mon panthéon King(ien ? esque ?), j'ai cependant passé un excellent moment en compagnie de Dan et de ses nouveaux amis/ennemis...

Sans surprise, il n'est pas sorti indemne de son macabre séjour à l'Overlook, dont les sinistres fantômes continuent de le hanter, et malgré l'expérience presque fatale que lui a fait vivre l'alcoolisme paternel, lui-même a de sérieux problèmes avec la bouteille, que les réunions des Alcooliques Anonymes ne lui ont pour le moment pas permis de régler. Incapable de se fixer quelque part, il erre de ville en ville, au gré des jobs qu'il parvient à assumer tant que son addiction le lui permet. 

Jusqu'au jour où son intuition lui intime de poser ses valises à Frazier, une bourgade sans histoire, où il finit par être engagé dans une résidence pour personnes âgées, qu'il aide le moment venu à passer de l'autre côté... car si son "Don" (pour une grande part à l'origine de son alcoolisme) se manifestant par sa capacité à lire dans les esprits, est par certains aspects une véritable souffrance, il a aussi appris à le maîtriser à des fins utiles et bienveillantes.

Abra, dont nous faisons la connaissance dès sa sortie de la maternité, pour la suivre ensuite jusqu'à son adolescence, l'a aussi, ce don, mais puissance dix, voire cent, ce qui excite la convoitise des membres du Noeud Vrai,  sortes de morts-vivants multi-centenaires qui s'en nourrissent en torturant à mort les enfants qui le possèdent...

On retrouve dans "Docteur Sleep" le talent de l'auteur pour insuffler à son intrigue un rythme et une densité qui la rendent à la fois prégnante et addictive, et cette obsession du Mal qui traverse l'oeuvre du Maître, exprimée à travers des manifestations surnaturelles et monstrueuses, mais aussi de manière bien plus subtile, par la mise en évidence de l'ambivalence des êtres, et de l'ignominie que leurs faiblesse, leur détresse, leurs pertes de contrôle entraînent parfois. La dimension fantastique de l'horreur -qui peut se dissimuler sous l’inoffensive apparence de camping-caristes vieillissants- se mêle ainsi aux perversions humaines bien triviales, et c'est sans doute ce qui marque le plus à la lecture de Stephen King (je ne sais pas vous, mais ce me terrifie dans "Shining", ce ne sont pas tant les fantômes que la fureur du père quand il poursuit sa femme avec l'intention de "juste lui éclater la gueule", ou quand il casse le bras de son fils).

Malgré une fin un peu facile -les "gentils" battent finalement les "méchants" sans réelle difficulté- et quelques moments un peu trop "à l'américaine" (vous savez, ces scènes censées être à la fois drôles et un peu larmoyantes, et apporter un soulagement à la tension ambiante ?), j'ai donc dévoré sans peine, et avec un plaisir intact, les quelques 750 pages de ce roman, ce qui me permet d'afficher une troisième participation au Pavé de l'été de Brize :



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*Marche ou crève (Richard Bachman)

Commentaires

  1. Dans le film de Kubrick, l'accent est mis plus sur l'alcoolisme du père que sur la possession... ce qu'avait détesté King à l'époque de la sortie du film! (dans mes souvenirs)
    Bon retour aux sources!

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    1. Je crois qu'avec le temps, c'est sans le doute le film qui m'est davantage resté en mémoire, il faudrait que je relise le bouquin...

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  2. Je crois que dans le masque et la plume, les chroniqueurs n'avaient pas aimé ce roman ( je n'en suis pas sûre). Moi aussi ado, j'ai beaucoup lu Stephen King. Je n'ai aps lu Shining donc je commencerai par là :-)

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    1. Oh oui alors, si Shining a échappé à ta période "King", une séance de rattrapage s'impose !

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  3. Aah j'ai passé beaucoup de temps avec Stephen King aussi quand j'étais ado !:) Pas encore lu Docteur Sleep mais tu m'y refais penser, tiens ! Contente de voir que tu ne ressors pas déçue de cette lecture.

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    1. Non, il faut dire qu'il s'y entend pour ménager le suspense, et nous attacher à ses personnages à la fois extraordinaires et vulnérables. Pour une lectrice telle que toi qui le connait, rien de vraiment nouveau, mais le plaisir de retrouver une recette qui fait mouche presque à tous les coups !

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  4. Là, je sens que tu vas te moquer de moi ... mais il m'est impossible de regarder "Shining" (j'ai réessayé récemment et abandonné au bout de je ne sais plus combien de minutes) : ça me fiche trop la trouille !

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    1. Me moquer, moi ?! Mais noooonn ... en fait, je te comprends, je trouve ce film terrifiant, mais j'adore être terrorisée (peut-être suis-je un peu maso...).

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  5. Jamais lu Stephen King, son univers ne m'attire pas, mais alors pas du tout !

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    1. Rhôôô, c'est possible, ça ? Mais en effet, si tu n'es pas adepte des intrigues à cheval entre horreur et surnaturel, tu peux passer ton chemin... quoique, il a certains titres qui pourraient te plaire, qui ne lorgnent pas vraiment vers le fantastique, comme Cœurs perdus en Atlantide, Dolores Claiborne, ou encore d'autres qui relèveraient davantage de l'anticipation, et abordent des thèmes de société assez visionnaires, comme Running Man. Il a une bibliographie tellement fournie et diverse que tout le monde peut y trouver son compte. Tu devrais essayer..

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  6. J'avais découvert King avec des nouvelles, Danse macabre je crois, puis la ligne verte, des années plus tard j'ai lu Dôme et Simetierre. Très déçue par celui sur l'assassinat de Kennedy, je n'ai plus rien lu depuis.

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    1. Bonjour Choup, et bienvenue ici ! Ah, Danse macabre, quel recueil cauchemardesque, j'avais adoré ! La ligne verte aussi, bien que dans un genre différent (mais cauchemardesque aussi, quand on y pense).
      Et j'ai personnellement aimé celui sur Kennedy, même si c'est vrai que la restitution d'une époque y prend le pas sur l'intrigue..

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