"Tout cela je te le donnerai" - Dolores Redondo

"La seule chose qui puisse libérer de la pire des souffrances un homme bon est la douleur d'autrui".

Je tourne depuis un moment autour de la "trilogie basque" de Dolores Redondo, et je me suis dit que commencer sa découverte par un autre de ses titres (sans m'engager pour trois volumes) pouvait constituer une bonne introduction à son oeuvre... Or, à l'issue de cette lecture, je ne suis pas sûre d'avoir très envie de renouer avec son écriture...

Le monde de Manuel, écrivain, s'écroule avec la mort de son mari Álvaro dans un accident de voiture. Le choc lié à la brutalité de cette disparition s'accompagne d'une douloureuse incompréhension avec la révélation de mensonges et de secrets dissimulés par le défunt. Ce dernier était censé avoir coupé les ponts avec une famille qui n'avait jamais accepté son homosexualité... Or, Manuel apprend que son conjoint non seulement continuait d'entretenir des liens avec les siens, mais qu'il était de plus devenu, à la mort de son père, trois ans auparavant, le gestionnaire de la fortune familiale. Car, cerise sur le gâteau, il apprend qu'Álvaro appartenait à une noble et richissime lignée galicienne, les Muñiz de Dávila, et détenait le titre de marquis de San Tomé.

Il fait la connaissance à l'occasion des obsèques de ce clan séculaire, au cœur du vaste domaine d'As Grileiras. Il découvre un monde à part, où les apparences et le protocole comptent plus que tout, où le refus du déshonneur, la honte de toute faiblesse, excluent affection et compréhension de l'autre. 

Lui-même reçoit un accueil très hostile -les Muñiz de Dávila ignoraient de leur côté le mariage d'Álvaro-, qui se transforme en une rancœur méprisante à la lecture du testament désignant Manuel comme légataire universel, une charge à laquelle il ne pourra renoncer que dans trois mois. Il annonce d'emblée à sa belle-famille qu'il refusera le legs. C'est alors que Nogueira, un antipathique policier tout juste retraité, entre en scène. Exprimant avec agressivité son homophobie et sa haine des riches, il semble néanmoins très attaché à rendre justice, même si c'est au profit d'un aristocrate homosexuel. Or, il est convaincu que la mort d'Álvaro n'est pas accidentelle, et il a besoin de l'aide de Manuel pour en apporter la preuve et débusquer le ou les coupables. 

Le récit se déroule au fil de l'enquête menée par l'improbable duo, au cours de laquelle le veuf fait plus ample connaissance avec les membres du clan Muñiz de Dávila et de son personnel, met peu à peu au jour les ignobles secrets qui hantent cet univers figé sur des acquis d'un autre temps et dénué d'humanité. Cette enquête s'accompagne, pour Manuel, du traumatisme qu'ont provoqué en lui ce deuil, qui fait resurgir la douleur de pertes antérieures -celles de ses parents puis de sa sœur- et surtout la facette inconnue de son compagnon. Entre détresse et colère, le chemin vers la résilience est un combat quotidien, qui le laisse démuni. 

Le roman de Dolores Redondo est riche en thématiques, et témoigne d'une réelle volonté de doter ses protagonistes d'une psychologie complexe. Rien à redire non plus concernant la construction de son intrigue policière, bien menée, même si l'effet de surprise n'est pas toujours au rendez-vous. Mes bémols (car vous aurez bien compris, à la lecture du début de ce billet, que je n'ai pas vraiment été emballée par cette lecture) sont surtout stylistiques. J'ai eu du mal à être emportée par une écriture qui tourne parfois à la démonstration, un texte qui se répète souvent et en dit trop, laissant peu de place à l'intuition du lecteur, un lyrisme pas toujours adapté au propos... 



Commentaires

  1. Mmmmmm... je tournais autour de cette auteure aussi (de loin, toutefois !) mais ton avis ne me pousse pas à m'approcher davantage pour l'instant.

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    1. Je ne sais pas si l'ensemble de son oeuvre est à l'avenant, mais je me méfie, mes réticences étant liées au style.. j'ai trouvé que l'écriture n'était pas assez resserrée, percutante, et pour un polar, je trouve ça un peu gênant..

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  2. Un auteur que je ne connaissais... et que tu ne me donnes pas envie de découvrir 😀 !

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    1. Au final une lecture pas désagréable, mais je m'attendais à mieux. Ceci dit, je me demande si mes réserves ne sont pas finalement liées à la traduction... à voir, j'essaierai peut-être de lire tout de même au moins le premier opus de sa trilogie basque (quitte à interrompre ma lecture si je ne suis pas emballée d'emblée !)...

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  3. Je ne connaissais pas encore cet auteur mais ta conclusion me détourne de ce roman

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    1. Je la croyais plus connue que ça, mais c'est peut-être parce que je vis non loin du pays basque et que les librairies du coin ont dû forcer un peu sur la promotion de ses romans qui s'y déroulent (bien que ce soit côté espagnol). Ceci dit, les blogs qui ont en parlé (du moins ceux dont j'ai eu l'occasion de découvrir l'avis) ont tous été très élogieux..

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  4. Alors là, totalement inconnu de mes services. Je ne connais ni l'auteure, ni sa fameuse trilogie basque, et encore moins ce roman-ci, et j'avoue qu'à lecture de ton billet, je ne ressens pas tout cela comme l'urgence du moment.:) Argh, rien que le titre !

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    1. C'est vrai que le titre m'a fait tiquer aussi (comme la couverture)... mais on le comprend mieux à la lecture du roman. Je ne tourne pas complètement le dos à cette autrice, qui a peut-être été pénalisée ici par une mauvaise traduction, mais je laisserai sans doute passer un peu de temps avant d'attaquer Le gardien invisible, 1er opus de cette "fameuse" trilogie (pas si fameuse que ça visiblement, comme je le constate avec vos commentaires !)

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  5. Celui-ci je ne l'ai pas encore lu mais je me suis régalée avec la trilogie basque.
    Bonne journée.

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    1. J'ai en effet lu de très bons avis sur cette trilogie, je lui laisserai peut-être une 2e chance...

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    2. Oui, vous devriez vous lancer. On apprend aussi plein de choses sur le Pays Basque.

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    3. Ayant vécu quelques années au pays Basque (côté français), voici un argument qui pourrait bien finir de me convaincre !

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  6. Comme beaucoup donc, je ne connais pas cette auteure, ni la trilogie ... Tes bémols me suffisent pour ne pas tenter une découverte, en plus avec un pavé ! Les réticences sur le style, c'est rédhibitoire, et le lyrisme, j'ai beaucoup de mal, et dans un polar, qui plus est ...

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    1. Je ne te l'aurais pas conseillé (à vrai dire, je ne le conseille à personne), mais je ne ferme pas complètement ma porte, l'idée de cette trilogie basque continue à me titiller...

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  7. Je n’ai lu que « Une offrande à la tempête » qui m’avait bien plu, pourtant je ne suis jamais revenu vers cette écrivaine….. Le Bouquineur

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    1. J'y reviendrai peut-être, en ce qui me concerne, mais dans quelque temps...

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  8. J'ai lu ce bouquin il y a quelques mois et j'avais adoré... C'est vrai qu'il est long mais j'ai particuliérement apprécié les personnages, l'atmosphère, un peu moins la résolution de l'intrigue. Le style ne m'a pas dérangée mais je l'ai lu en espagnol.

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    1. Bonjour cher(e ?) anonyme, et bienvenu(e) ici..
      Une partie de ces "maladresses" stylistiques seraient dues à la traduction ? C'est possible, ce ne serait pas la 1e fois. Concernant l'ambiance et les personnages, je suis d'accord, les deux sont plutôt réussis, et j'ai trouvé de même que le fait d'imbriquer l'enquête au questionnement de Manuel sur la réalité de son couple était intéressant..

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