"L'échange" - Alan Brennert

 Et si... ?

Richard Cochrane est un acteur en vue de Broadway, qui a acquis une solide célébrité en tant que comédien de théâtre, mais aussi en apparaissant dans des pubs ou des séries TV. Il a ainsi réalisé son rêve le plus cher, mais à quel prix ? Sa vie personnelle est un désert… Divorcé, il a depuis connu des liaisons toxiques ou dont il a fait en sorte qu’elles restent sans lendemain. La mort de sa mère le ramène à Appleton, sa ville natale. Ce décès le plonge dans la culpabilité : il n’a pas été, ces dernières années, un fils très présent...

Rick Cochrane vit quant à lui à Appleton, marié avec Debra, son amour de jeunesse dont il a eu deux enfants. Il a dû pour cela mettre son ambition de carrière théâtrale, et occupe un emploi de bureau peu gratifiant. L’aigreur qui en résulte, bien qu’inconsciente, le rend colérique et violent envers sa femme et sa fille adolescente. Sa vie est plus apathique que sereine, plombé d’un calme débilitant, rythmée par des journées sans surprises…

Ils sont les deux faces d’un même homme, deux de ses destins possibles, dont les chemins se sont séparés à l’aube de l’âge adulte, alors que Rick/Richard dût prendre une décision après que Debra fut tombée enceinte. Or, à l’occasion du retour à Appleton de Richard, ces deux « versions » se rencontrent… les deux hommes concluent un étrange marché, et s’échangent leurs vies.

Richard retrouve un monde où sa mère est vivante, et en est si heureux que cela compense les petites contraintes liées à cette interversion, la plus notable étant la baisse de son train de vie, contrariété bien peu frustrante au regard de cette seconde chance qui lui est donnée d’être un bon fils. Sa disponibilité, sa gentillesse, sa générosité, lui permettent par ailleurs de recoller les morceaux du couple au bord de l’implosion que formaient Debra et Rick.

Ce dernier atteint quant à lui son rêve de gloire, jouissant du luxueux cadre de vie de son double, qui le rendrait presque jaloux…  Mais la rancœur et sa propension à l’autodestruction lui collent à la peau. Il s’est débarrassé sans réels regrets de son existence de mauvais père et de mari malheureux au profit du succès et de la réussite mais passé l’excitation liée à l’immersion dans la grisante et grouillante New-York, où il va pouvoir libérer ses appétits muselés, survient l’angoisse de ne pas être à la hauteur…

Intriguée par ce curieux « échange », j’ai trouvé qu’il était un intéressant prétexte à une réflexion sur la manière dont les choix des individus influencent leur devenir, finissant même par avoir des conséquences sur leur évolution psychologique, ancrant en eux des façons d’être qui déterminent leurs rapports aux autres.

En revanche, la dimension caricaturale avec laquelle Alan Brennert traite parfois son sujet, notamment en créant une opposition presque manichéenne entre Richard le gentil bienfaiteur et Rick l’incontrôlable, nuit à la complexité des personnages, que j’aurais aimés plus nuancés, plus troubles. Tout comme j’aurais apprécié, je crois, que la morale qui se dégage de l’intrigue soit moins conventionnelle (voire qu'il n'y ait pas de morale)… c’est certes rassérénant, de se dire que le bonheur est en nous et non dans les événements qui surviennent, qu’il s’agit de tirer le meilleur parti de ces derniers plutôt que de les subir, mais je ne lis pas des romans de science-fiction pour voir enfoncer des portes ouvertes…

Commentaires

  1. Le genre de livre qui ne me tente pas, même si je vois bien la démarche de l'auteur. Pas grave, il y en a tant d'autres ..

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    1. Moi il me tentait beaucoup, car j'avais lu beaucoup de bien à son sujet, et puis l'intrigue attisait ma curiosité. Mais j'ai trouvé qu'à partir d'un sujet susceptible de faire quelque chose de fort, voire d'un peu glauque, l'auteur s'en tenait à un traitement banal, et un peu attendu.. Dommage.

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  2. Je m'amuse, je suis dans un roman de SF actuellement (avec des araignées... ^_^) et aussi le Russo, dans mes mains! Tout espoir est permis pour la LC

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    1. Avec des araignées ? Cela me dit quelque chose... Je crois que j'ai noté un titre dans le genre chez A_girl, récemment.. et chouette, pour la LC. De mon côté, je me suis procurée son dernier titre, mais avant de le lire, je pars au Québec, du moins littérairement, pour le mois organisé par Karine et Yueyin !

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    2. Oui, A girl... Elle a su me convaincre (et pour l'instant les plus sympas sont les araignées, pas les humains)

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    3. Ce titre me tente aussi, j'attends ton avis avec impatience !

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  3. oui l'idée est judicieuse mais tes bémols sont ceux que je reproche souvent aux romans américains, le manichéisme... dommage !

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    1. Oui j'aime bien les romans troubles, où l'on ne sait plus faire la différence entre le bien et le mal... là, c'est trop simple !

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  4. Et bien, voilà un titre en moins à noter. " Le bonheur est en nous", c'est un peu court, comme morale ! ( et j'aime pas les morales ^-^)

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    1. Moi non plus... ou alors une morale "iconoclaste" (mais du coup, ce n'est plus une morale..) !

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  5. L'idée de l'intrigue me tente bien aussi, j'aime bien ces réflexions autour des choix que l'ont fait, et l'idée d'échanger de vies est aussi attrayante, dommage que le traitement de ces sujets ne soit pas aussi satisfaisant qu'on aurait pu l'espérer.

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    1. J'aimais beaucoup l'idée de départ aussi, elle était riche de possibilités qui ne sont malheureusement pas exploitées jusqu'au bout..

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