"Journal intime" - Chuck Palahniuk

"Chaque fois qu'une personne pleine de bonnes intentions t'oblige à faire la démonstration de ton absence absolue de talent et te confronte au fait que tu es l'échec incarné du seul et unique rêve que tu aies jamais eu, prends un autre verre". 

"Journal intime" est, incontestablement, un roman de Chuck Palahniuk. On y retrouve son obsession pour les jeux d'emprise et de manipulation, sa fascination pour la violence, sa propension à l'outrance, son humour cinglant voire sardonique. 

Et cela commence bien comme un roman de Chuck Palahniuk, c'est-à-dire qu'on se sent au départ un peu démuni face à l’apparent illogisme d’informations qui semblent nous être jetées à la figure avec une totale indifférence quant à notre incapacité à les comprendre : des messages laissés sur un répondeur témoignant de la colère de propriétaires de maisons dont une des pièces (cuisine, dressing ou salle de bain) a disparu, une narratrice qui en alternant les pronoms personnels -passant du "tu" au "il"- pour s'adresser à une même personne et en proscrivant le "je" pour parler d’elle-même, entretient la confusion sur son identité…

Une fois le contexte saisi -nous lisons le journal que rédige, jour après jour, Misti Marie Willnot à l’attention de son époux Peter- on peut s’immerger, avec un effarement croissant, dans le cœur du sujet, et du cauchemar vécu par son héroïne. 

Misti Marie Willnot, donc, que son enfance pitoyable, passée dans une caravane avec sa hippie de mère dans les relents de frites et la fumée de cigarette, destinait sans doute à une vie de merde… Misti qui avait un extraordinaire talent pour dessiner avec une précision surnaturelle les rues, les maisons de ce qu’elle imaginait être le paradis sur terre : une île en forme de squelette de poisson, peuplée de vénérables et cossues villas. Or, il s’est avéré pour son malheur que cette île existait vraiment...

 Waytansea Island était le fief préservé de quelques vieilles familles qui ont dû faire le deuil d’un âge d’or qui n’est jamais vraiment venu, et renoncer à leur tranquillité et à leur isolement. La rénovation du Waytansea Hotel, qui tombait en ruines, a permis d’attirer des touristes de plus en plus en nombreux, condamnant les générations à venir à leur servir de larbins. L’endroit est désormais envahi d'estivants et de panneaux publicitaires vantant des marques de fast-food, de lunettes de soleil ou de chaussures de tennis que l'on retrouve imprimées sur les déchets qui marquent la limite de la marée haute et accompagnent avant de s’échouer les mégots de cigarettes qui flottent sur chaque vague. 

Peter Willnot est natif de cette île. Lorsqu’il rencontre Misti à la faculté des beaux-arts, ce jeune homme pour lequel la plupart des filles éprouvent une franche répulsion décèle en elle le futur grand peintre de Waytansea. 

Une quinzaine d’années plus tard, Peter est dans le coma suite à une tentative de suicide ratée, et une Misti usée et alcoolique sert les clients du Waytansea Hotel pendant que leur adolescente de fille entretient d’inquiétants secrets avec sa grand-mère paternelle, obsédée par une mission : sauver l’île en ramenant sa belle-fille à la peinture. 

J’ai essayé de vous résumer l’intrigue de manière à peu près structurée, mais sachez que j’ai volontairement omis d’en dévoiler de nombreux éléments, et que c’est à la manière d’un puzzle, en assemblant patiemment les pièces que nous livre Misti en écrivant son journal, que l’on appréhende la logique de l’ensemble et l’implacabilité de son déroulement.

Comme tous les romans de Chuck Palahniuk, "Journal intime" fait froid dans le dos, parce qu’il verse dans l’horrifique voire le sanglant et nous installe, en parsemant le récit d’étranges et sinistres indices, dans une atmosphère oppressante. Sa force est toutefois amoindrie par la tendance qu’a parfois l’auteur à faire usage de ses propres recettes de manière caricaturale, abusant de certains effets de style, et par une conclusion sans réelle surprise et versant dans le grand-guignolesque.


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Commentaires

  1. Ton dernier paragraphe me prouve que ... ce n'est sans doute pas pour moi! J'ai assez d'oppression comme ça dans la vraie vie! ^_^

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    1. Palahniuk, c'est glauque en général.. il faut aimer, c'est particulier.

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  2. J'ai essayé Chuck Palahniuk... mais je n'y arrive pas !

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    1. Je comprends, c'est un auteur spécial, qui éprouve visiblement une fascination pour le glauque, voire le gore. J'ai moi-même abandonné un de ses titres ("A l'estomac") parce que certaines scènes étaient insupportables (je me suis arrêtée à la description d'un individu coincé par la bouche d'aération d'une piscine lui aspirant les intestins.. beurkkk !).

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  3. Pas pour moi non plus ! (violence et humour !)

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    1. En effet, tout le monde n'y trouvera pas son compte, Palahniuk a un univers très particulier, et pas vraiment ragoutant ...

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  4. Je n'ai lu que "Le Survivant" de cet auteur et c'était très bien....

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    1. J'ai aimé moi aussi "Survivant", peut-être le préféré parmi ceux que j'ai lus d'ailleurs, car il me semble me souvenir que l'auteur s'y adonne moins à la violence "gratuite" que dans d'autres de ses titres. "Berceuse" et "Monstres invisibles" sont pas mal aussi, quoique qu'en ce qui concerne ce dernier, il manque un peu de subtilité dans le traitement de son sujet.

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  5. Oui, le grand-guignolesque gâche tout !

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    1. Disons que cela amoindrit la crédibilité et du coup la force de l'histoire.

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  6. Je ne pense que ce soit fait pour moi, et je vois qu’il t’a fallu du temps pour essayer d’expliquer (ce que tu fais très bien) l’histoire de ce roman, un peu trop compliquée pour moi LOL

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    1. C'est une constante chez Palahniuk (du moins dans les titres que j'ai lus) : l'intrigue part souvent dans de multiples directions, et n'est jamais clairement explicitée de prime abord, mais il arrive un moment où tout se met en place. Ce qui peut surtout rebuter chez cet auteur, c'est la dimension violente de ses textes..

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  7. Décidément tu n'as pas de chance .. pas trop pour moi non plus je pense.

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    1. Oui, pas de coup de cœur dans mes dernières lectures et quelques bémols, mais pas non plus de grosses déceptions. Certains des billets prévus après les vacances (je fais une pause à partir de samedi pour 15 jours) seront plus enthousiastes..

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  8. Je ne connais pas du tout et je suis intriguée :-), assez pour le lire ultérieurement...

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    1. Ce n'est peut-être pas le meilleur titre pour découvrir l'auteur, je te conseillerais plutôt "Survivant".

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  9. Je n'ai lu qu'un Chuck Palahniuk, Choke, et vu Fight Club au cinéma, tout cela il y a assez longtemps, mais ça m'a suffi, je crois que cet auteur n'est pas trop pour moi.;) Non pas que je puisse dire que je n'aime pas mais ce n'est pas trop mon univers je pense. Il faudrait peut-être que je lui donne sa chance avec un autre titre mais je ne sais pas si je dois vraiment persévérer... Il y a tant à lire.:)

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    1. Je n'ai pas lu Choke, mais j'ai vu "Fight Club", qui m'a pas mal marquée.. je crois que ce n'est pas la peine d'insister si tu ne te sens pas + d'affinités que ça avec son univers en effet très singulier..

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  10. Je ne sais pas si mon commentaire était passé, je redis que le sanglant et l’horreur m’arrêtent .

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    1. Apparemment je n'ai pas reçu le 1er...
      Et Palahniuk ne te conviendrait pas, je crois en effet..

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