"Le bon père" - Noah Hawley

"J'étais fasciné de voir à quel point l'animal humain pouvait, avec le temps, en arriver à considérer n'importe quelle situation, si monstrueuse fût-elle, comme normale."

La vie de Paul Allen bascule le jour où son fils est accusé d’avoir commis l’impensable. Daniel Allen aurait assassiné Jay Seagram lors d’un meeting, provoquant l’effroi et le désespoir de millions d’américains qui avaient placé tous leurs espoirs dans ce candidat à la présidentielle dont l’absence de rouerie et l’humanisme tranchaient sur les discours rudes et grossiers de ses prédécesseurs.

C’est pour Paul le début d’un cheminement long et torturé, d’abord pour nier l’évidence, ensuite pour tenter de comprendre comment le garçon tranquille, gentil et discret qu’était son fils a pu se transformer en assassin. Il mène ainsi sa propre enquête, tente de reconstituer le parcours des derniers mois de Daniel, et se heurte à un impénétrable mystère que ne fait qu’épaissir le silence obstiné de son fils, dont les mouvements au cours de la période précédant l’assassinat sont erratiques, obscurs : le jeune homme a lâché l’université sans prévenir pour vadrouiller à travers le pays, s’est rebaptisé Carter Allen Cash. 

Inévitablement, le questionnement du père se focalise sur ses manquements, sur sa propre responsabilité dans ce qu’est devenu son fils. Il s’interroge notamment sur l’impact de son absence : les parents de Daniel se sont séparés alors qu’il n’était qu’un enfant et le garçon a grandi auprès d’une mère fantasque et rêveuse, trimballé en avion d’est en ouest à l’occasion des vacances scolaires. Paul a fait de son mieux pour passer du temps avec lui, mais n’a jamais été vraiment présent, accaparé par sa carrière de professeur en médecine et par les exigences de sa nouvelle vie, construite autour de sa deuxième femme et de leurs jumeaux.

Obsédé par sa quête, il se torture de questions, d’hypothèses, traque les détails qui lui auraient échappé, s’efforçant en tant que scientifique d’adopter un raisonnement méthodique et rationnel. Mais son sens de la logique se heurte à l’incompréhensible. Et il est trop tard pour rattraper le temps perdu, pour combler la distance entre ce qu’il pensait connaître de son fils, et ce qu’il apprend de cet inconnu se faisant appeler Carter Allen Cash et visiblement fasciné, comme en témoignent les cahiers dont Paul a l’occasion de lire quelques passages, par les fusillades. 

L’explication réside-t-elle en partie dans la facilité à se procurer une arme, et l’opportunité ainsi offerte du passage du fantasme à l’acte, de concrétiser ce vertige de puissance que procure la transgression de toutes les conventions de la vie civilisée à ceux qui peinent à s'intégrer dans le système ? Mystère… Daniel gardera sa part d’ombre, et sans doute est-ce préférable : le comprendre ne reviendrait-il pas à rendre le meurtre acceptable ?

Une idée de lecture piochée chez Athalie

Petit Bac 2021, catégorie ADJECTIF.

Commentaires

  1. Drôle d'histoire quand même... Qui reste mystérieuse.

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    1. Oui, difficile d'appréhender, ici, les mécanismes qui amènent Daniel à commettre son geste..

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  2. vu l'actualité américaine du moment, je pense qu'on connaît déjà la réponse hélas .. pas envie de lire un livre alors que la réalité a depuis longtemps dépassé la fiction hélas

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    1. Je peux comprendre, c'est désespérant comme sujet...

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  3. C'est un peu la même situation dans le roman que je viens de présenter (Une famille presque normale). Que faire lorsqu'un de ses enfants est accusé du pire ?

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  4. Je crois que ça m'effraierait trop ! Mais thématique intéressante, tout de même...

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    1. Et c'est très bien mené, le personnage du père, dont l'inébranlable foi en la logique vacille, est vraiment touchant.

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  5. problème toujours autant d'actualité aux USA... quand les armes lourdes sont des demandes de cadeaux au Père Noël :-)
    je préfère éviter pour l'instant...

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    1. Et je crains malheureusement que ce n'est pas près de s'arrêter...

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  6. Quand la réalité rejoint la fiction... désespérant.

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    1. Oui, c'est glaçant de voir comme la vente en libre service des armes facilite la bascule vers le passage à l'acte, y compris pour des individus n'affichant a priori aucun comportement "à risques".

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  7. As-tu apprécié ce roman ? C'est difficile à deviner en te lisant ;-)

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    1. C'est vrai que je ne le dis pas... mais oui, j'ai beaucoup apprécié : c'est prenant, même si on est sur un rythme plutôt lent, l'auteur nous attache vraiment à ce cheminement paternel, et nous rend très curieux -en même temps qu'effrayé- de l'énigme que constitue l'acte du fils.

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