LIRE (SUR) LES MINORITES ETHNIQUES

"La foudre" - Pierric Bailly

Mauvaise pioche.

Je n’ai pas pour habitude de me jeter sur les romans de la rentrée littéraire. J’ai déjà assez à lire avec mes piles en attente, et je préfère attendre les avis d’autrui pour faire un choix que je concrétise généralement lors de la sortie poche des titres retenus. J’ai fait cette fois une exception pour deux, trois titres dont j’ai entendu parler en bien, notamment celui de Pierric Bailly, porté aux nues sur je ne sais plus quelle émission de radio, et dans un billet de blog. 

Dès le départ, j’ai eu du mal… mon esprit s’est montré rétif à cette écriture plate, m’empêchant de m’intéresser au narrateur, qui en acquiert une fadeur soporifique. Décidée à donner une chance au texte (et puis je l’avais un peu mauvaise d’avoir acheté, neuf, un ouvrage aussi insipide), j’ai admis que ce ton sans flamboyance donnait au personnage sa crédibilité -c’est vrai, on finit par avoir le sentiment d’entendre sa voix-. Et je me suis dit que le meilleur restait sans doute à venir, comme le laissait espérer le début de l’histoire. 

Notre narrateur donc, Julien, est natif du Jura où il exerce l’été le métier de berger, travaillant l’hiver dans une station de ski. Avec sa compagne Héloïse, enseignante, ils projettent d’aller s’installer à La Réunion. Leur union est sereine, franche, et laisse la place à leur besoin mutuel d’indépendance.

Il est à l’image du berger tel qu’on peut se le représenter, déconnecté de la modernité -il vit sans smartphone ni internet- et d’une actualité sur laquelle il a toujours plusieurs mois de retard. C’est en lisant un des journaux destinés à faire démarrer le poêle et la cuisinière pendant sa saison d’alpage qu’il tombe sur un stupéfiant fait divers : l’un de ses anciens camarades de lycée va être jugé pour meurtre, après avoir tué un chasseur à coups de planche. 

Comment imaginer qu’Alexandre Perrin, cet élève aussi brillant que charmeur, drôle, cultivé, aussi honnête envers les autres qu’envers lui-même, ait pu se transformer en assassin ? Devenu vétérinaire dans la région lyonnaise, marié et père de deux enfants, il menait par ailleurs une existence a priori sans histoire. Julien a été à l’inverse un lycéen immature, cabochard, et sans flamboyance. Il évoque l’admiration jalouse qui l’a poussé à imiter les attitudes, à plagier l’assurance et l’humour d’Alexandre dès lors qu’il n’a plus eu de contact avec celui qu’il considérait comme un modèle, et qui a longtemps continué d’accaparer ses pensées. Bien que n’ayant plus de lien avec lui depuis longtemps, la découverte de cet événement relance son obsession pour son ancien camarade. Après moult tergiversations, Julien envoie un SMS à la compagne de ce dernier, Nadia, qu’il a également connue au lycée et qui lui a donné son numéro de téléphone lorsqu’ils se sont par hasard recroisés quatre ans auparavant. Il n’avait alors pas donné suite.

Comme je l’exprime plus haut, la parole du narrateur est d’une évidente authenticité, et c’est peut-être la force de ce roman, mais c’est là aussi que, selon moi, le bât blesse, dans la mesure où ce personnage ne présente guère d’intérêt. Il donne l’impression de n’avoir jamais réussi à trouver sa propre personnalité, adaptant son comportement selon son environnement et ses interlocuteurs, le calquant parfois sur eux, flottant dans une indécision permanente quant à ses aspirations profondes, considérant ses propres émotions avec une distance qui en neutralise la force.

J’ai cru, par moments, qu’arriverait une révélation fracassante, l’aveu d’un lourd secret amenant à reconsidérer toute l’histoire sous un nouvel angle. L’auteur entretient d’ailleurs, volontairement ou non, cet espoir, au gré de rares allusions laissant planer un vague parfum de mystère… 

"Je calfeutre, je badigeonne, j’enduis, je maquille, je me maquille, je me poudre, en espérant me réveiller un jour en collant à l’image que les autres se font de moi. Un personnage de fiction avec ses quelques traits bien définis. Un mec ouvert, un mec tranquille, un mec cool, pas compliqué, qui profite de la vie. Un mec sans souci, sans contrariété. Un mec à l’esprit léger. Un mec qui ne rumine pas, qui n’en veut à personne. Ah, si vous saviez."

Ben justement, on aurait bien aimé savoir… mais non, ça fait flop. L’histoire s’enferre dans une consternante banalité et le héros reste terne jusqu’à la fin. Même le procès jugeant l’incompréhensible geste d’Alexandre, obsédé d’honnêteté et de transparence au point que lui aussi finit par nous ennuyer, ne suffit pas à rendre l’ensemble intéressant.

Commentaires

  1. Le M et la P n'étaient pas 100 %enthousiastes et préféraient son précédent roman; il sera à la bibli, sans risques, finalement. Cela arrive, la mauvaise pioche, tu sais.

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    1. J'ai trouvé après ma lecture d'autres avis déçus, notamment de lecteurs appréciant habituellement l'auteur.. il est sans doute préférable de le découvrir avec un autre titre.

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  2. Je ne connais pas ce titre mais l'auteur oui, car il a écrit sur les animaux. Je ne l'ai pas encore lu mais paradoxalement, l'extrait que tu proposes m'intéresse assez...

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    1. Figure-toi qu'en écrivant mon billet, je me suis en effet dit que cet extrait risquait de donner envie, alors qu'il n'est pas représentatif de l'ensemble du roman (j'ai hésité à ajouter un post-scriptum en ce sens..). C'est dommage, il y avait matière à creuser certaines thématiques à partir de l'intrigue, notamment sur le rapport aux animaux justement, j'aurais aimé que l'auteur fasse un parallèle entre la posture de l'éleveur (le narrateur) et celle de ce vétérinaire qui défend radicalement le vivant.. mais non.

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  3. J'ai lu Le roman de Jim l'année dernière, et n'ai pas été trop emballée, notamment par le style, alors que le sujet me semblait prometteur (et qu'il était aussi précédé par des avis très élogieux)
    https://lettresexpres.wordpress.com/2022/01/27/lectures-du-mois-27-special-litterature-francaise/

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    1. Bon, je crois de toute façon que je ne relirai pas Pierric Bailly, même si j'ai lu des avis comparant ce titre, à son désavantage, à d'autres de l'auteur.

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  4. Comme toi, j'ai lu des critiques presque dithyrambiques de ce roman et j'ai bien failli succomber à la tentation. Merci donc pour ta sincérité. Pour ma part, j'aime bien lire des nouveautés et ma bibliothèque en propose beaucoup en téléchargement. J'alterne avec des livres moins récents que j'ai souvent raté par manque de temps.

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    1. J'ai encore sur ma pile les derniers romans d'Emma Cline et Lilia Hassaine, ainsi qu'u titre péruvien récemment sorti que garde pour le mois latino, et je vais m'arrêter là pour les nouveautés... je vais me concentrer sur les défis à venir...

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  5. Merci d'avoir tenté pour nous ! Je n'ai toujours pas lu cet auteur, et comme ce titre ne m'emballait pas... Les nouveautés, je reconnais que je craque régulièrement, pour la rentrée littéraire, je ne sais pas pourquoi, c'est un an sur deux ! J'en ai également deux ( l'un est en lecture ) et encore un titre en repérage ^^

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    1. On ne peut pas gagner à tous les coups.. peut-être que je ferai un heureux, je l'ai déposé dans une boîte à livres.. et j'attends tes avis sur tes propres nouveautés.

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  6. J'ai craqué pour deux-trois titres moi aussi cette année. Je me dis régulièrement que j'aurais pu attendre le poche .. Celui-ci m'a tentée au départ et puis de moins en moins et je ne sais même pas si je le tenterai à la bibli
    othèque.

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    1. Moi aussi, je me dis souvent ça, surtout quand je n'ai pas lu le grand format avant la sortie poche ! Franchement pour celui-là, tu peux passer !

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  7. Je n'ai pas entendu parler de ce titre, et tant mieux, parce que j'aurais été capable de craquer aussi. J'ai été assez raisonnable cette année en rentrée littéraire, j'ai acheté seulement les deux plus gros coups de coeur de ma librairie préférée.
    Rien à voir, mais demain je publie un rappel pour le mois de novembre, " Sous les pavés, les pages", ça te va ?

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    1. Oui, tu peux le publier demain. De mon côté je publie pour la LC sur Jean Giono, mais je peux faire le rappel d'ici 2/3 jours, ça permettra peut-être une meilleure diffusion !

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  8. Je n'en avais entendu que du bien pour l'instant, mais je vois que finalement ni le livre ni l'auteur ne font tout à fait l'unanimité. J'attendrai que l'effervescence de la rentrée littéraire retombe pour l'emprunter et me faire un avis.

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  9. Il m'attend mais après avoir lu cette chronique, pas trop pressée !

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    1. Je comprends... je l'ai personnellement laissé dans une boîté à livres après ma lecture (alors qu'il est tout neuf, c'est dire...).

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  10. vu que j'ai repris à lire très récemment, je choisis mes livres avec précaution (auteurs connus) du coup, je te remercie pour ton honnêteté et tous les bémols que tu as relevés m'auraient aussi bien refroidi !

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    1. A ton service ! Il n'y a rien de pire que la platitude, je crois, dans un roman....

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