"La tournée" - Maxime Rossi

"Être infirmier libéral, c’est pousser la porte. Derrière, il y a l’opportunité d’une rencontre."

Au vu des points communs qui lient l’auteur et son héros, on comprend sans peine que "La tournée" se nourrit abondamment de la propre expérience du premier. Après avoir été libraire pendant quinze ans, Maxime Rossi, désireux d’exercer un métier plus "proche de la vie", s’est formé comme pompier et infirmier. 

C’est aussi le cas de son narrateur, dont nous suivons, sur une journée, la tournée d’infirmier libéral. Elle débute à cinq heures du matin, au moment où il prend la route au son de Bob Marley et au volant de sa vieille Mercedes, qui lui sert aussi de bureau, et dont le tableau de bord est jonché de livres. 

Nous pénétrons à sa suite dans les intérieurs d’une patientèle dont des bribes d’intimité sont révélés par des détails -reliefs d’un dîner, contenu d’une bibliothèque-, qui souvent disent la vieillesse et la solitude. Car si l’occasion se présente parfois d’entrer dans une demeure cossue, les visités sont la plupart du temps des personnes modestes, du monde rural -notamment des veuves d’agriculteurs, dont les époux ont été décimés par les pesticides-, des occupants d’HLM ou d’établissements spécialisés. Une patientèle peu attractive car constituée de "moutons noirs", réclamant trop de soins peu côtés et trop de route, qu’il a choisie, parce que plus qu’aux malades, c’est aux humains qu’il s’intéresse, notamment à ceux que l’on délaisse et aux anciens. L’amour qu’il portait à ses grands-parents s’est transformé en un amour de la vieillesse, des corps fragilisés et marqués par l’existence.  

Refusant la course à l’acte ou d’exercer dans un milieu hospitalier marqué par la maltraitance ordinaire et la froideur managériale, il privilégie le temps à l’argent. Il soigne autant, à sa modeste mesure, la solitude que les maux physiques. Après les gestes techniques, triviaux et efficaces, il s’attarde à prendre un café, demande des nouvelles de proches, prête des livres, voire aide à remplir des papiers ou à descendre les poubelles.

La journée est sinon ponctuée des pauses qu’il s’accorde au cœur d’une nature indispensable à son équilibre -raison pour laquelle il a fait le choix de vivre et d’exercer dans un coin d’Ardèche-, des pensées régulières et attendries qu’il éprouve pour sa bien-aimée, mais aussi des cogitations, moins réjouissantes, suscitées par la demande que vient de lui faire son père, à qui l’on vient de diagnostiquer un cancer dévastateur, et qui souhaite qu’il l’aide à mourir.

Il nous livre par ailleurs les constats, nourris de son quotidien, sur l’état dégradé d’une médecine de plus en plus inhumaine notamment dans la prise en charge des personnes âgées ou vulnérables, la sur médication ou les déserts médicaux.

Rien de nouveau ou de révolutionnaire, certes, mais le bref moment passé aux côtés de cet infirmier humaniste, patient et poète, fait beaucoup de bien (malgré son petit côté "chevalier blanc").


C’est un Gravillon (178 pages aux Editions de l’Iconoclaste), chez Sibylline.

Commentaires

  1. Hé bien je ferais bien sa connaissance, à cet homme là!

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    1. C'est vrai qu'il a un abord très sympathique !

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  2. Est-ce qu'il n'est pas un peu trop angélique cet homme ?

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    1. Si, un peu, mais on ne boude pas son plaisir malgré tout...

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  3. nathalie19.1.26

    Je crains le côté "chevalier blanc" comme tu dis, mais quand j'ai eu de longs soins infirmiers, il arrivait en effet aux infirmières de faire une pause chez moi (qui était facile à soigner, sympa, cool) et de me raconter les misères qu'elles voient dans leur travail quotidien... pfff quelles existences.

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    1. C'est vrai qu'il semble par moments un peu trop parfait pour être honnête, mais le texte est court, et on ne peut pas s'empêcher d'éprouver une certaine tranquillité à côtoyer cet infirmier porté par sa vocation... en plus, il prête des livres à ses patients..

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  4. C'est l'effet que me font mes lectures de L'homme étoilé (infirmier en soins palliatifs) : beaucoup de bien même si le côté chevalier blanc ressort un peu aussi. On ne parle pas souvent avec autant de délicatesse et d'empathie des petites gens et des "vieux".

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    1. Oui, les passages sur la vieillesse sont très touchants, et comme tu le soulignes, cet attendrissement et ce respect éprouvés pour les vieux corps est très rarement exprimé.

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  5. Ca m'intéresserait aussi de rencontrer cet homme !

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    1. Bon, bah nous n'avons plus qu'à organiser un séjour de thérapie littéraire en Ardèche !

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  6. Un roman qui semble rempli d'humanité, de celle dont on a tous besoin. je note.

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    1. C'est vrai que ça fait beaucoup de bien par les temps qui courent, ou entre deux polars bien sanglants :)

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  7. Je ne sais pas si j'aimerai passer une journée au côté d'un médecin (mon côté anxieux n'y survivrait pas).

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    1. Il n'y a aucune scène sordide ou impudique, c'est sur le regard porté par l'infirmier sur ses patients que se focalise le récit.

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  8. J'aime beaucoup ce genre de témoignage .

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    1. Dans ce cas n'hésite pas, je suis sure que tu passeras un bon moment...

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  9. ça fait tellement bien de croiser des personnes altruistes et bienveillantes, y compris dans les livres. On imagine que l'auteur ressemble à son héros

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    1. Je me suis même demandée si c'était vraiment un roman, à vrai dire, je crois que c'est bel et bien son quotidien que dépeint l'auteur. Et oui, ça fait du bien de savoir qu'il existe encore des soignants davantage motivés par la vocation que par l'argent. Ma fille est médecin en milieu hospitalier, et j'avoue avoir été assez effarée en entendant la plupart de ses camarades, suite au concours de l'internat, choisir leur spécialité en fonctions de ce que ça allait leur rapporter...

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    2. Je vois très bien de quoi tu parles car j'ai longtemps travaillé à la fac de médecine / pharma...

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  10. On rencontre de moins en moins d'humanistes dans les milieux médicaux et je ferais la connaissance de cet homme-là avec plaisir. D'autant plus que, ayant les pieds dans la vieillesse, je trop souvent les défauts qu'il évoque.

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    1. Je te rejoins complètement (voir ma réponse à Alexandra...). On est ici bien loin de l'injonction à aller toujours plus vite pour gagner toujours plus d'argent, ça repose, et rassure un peu..

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  11. pas mon truc mais tant mieux s'il a trouvé le métier qui lui convient, il nous en faut !!!!!

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  12. Malheureusement, ils ne sont pas tous comme ça...

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    1. Loin s'en faut, hélas... peut-être faut-il s'exiler à la campagne pour augmenter les chances de trouver du personnel médical investi. Le problème c'est qu'en campagne, on ne trouve parfois pas du tout de personnel médical. L'auteur compare d'ailleurs à un moment les structures hospitalières qu'il fréquente, et précise que dans les petits hôpitaux de périphérie, il y a un manque de moyens techniques, mais que les patients sont généralement bien mieux traités que dans les grands centres hospitaliers.

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  13. Bientôt à ranger au rayon "Utopie".^^ Enfin, je n'espère pas...

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  14. Ce ne doit pas être un métier facile, surtout avec la clientèle qu'il a "choisie"... ça paraît bien plus sympa d'êter libraire, mais il faut se méfier des idées reçues...

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    1. A un moment il précise que sa dernière partie de carrière en tant que libraire avait pour cadre une bar-librairie, où il était question d'une autre "tournée" que celle d'un infirmier libéral, avec les contraintes que cela suppose aussi...

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  15. On passe sûrement un moment un peu "suspendu" avec cet homme. Je ne suis pas certaine d'apprécier le côté "chevalier blanc". Mais c'est vrai que savoir que des hommes comme lui existe est quand même rassurant.

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    1. Oui, le terme "suspendu" est très juste, on a un peu l'impression d'être dans un monde parallèle au réel, où règnent l'empathie et le goût de prendre soin des autres (mais il explique aussi que prendre soin des autres est souvent un moyen de soigner ses propres maux). Je ne suis pas sûre que tu y trouverais ton compte, et ce n'est d'ailleurs pas non plus le genre de lecture qui d'habitude m'attire, mais la "ballade" a été agréable.. c'est déjà ça :)

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  16. J'ai peur d'y lire un fond triste qui me déprimerait un peu en ce moment...

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    1. Il n'est pas du tout déprimant, le narrateur parle finalement assez peu de la maladie, ce qui l'intéresse surtout, c'est l'expérience humaine que constitue son métier de soignant.

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  17. Anonyme20.1.26

    ça fait du bien ce genre de lecture

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  18. Une lecture qui fait du bien et une personne pleine d'empathie et d'humanité, cela ne se refuse pas...on en a tous besoin de temps en temps, mon seul bémol c'est que je ne sais pas si j'ai envie d'entrer dans ce milieu médical en ce moment.

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    1. On n'entre pas vraiment dans le milieu médical, c'est plutôt une histoire de rencontres...

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  19. Que ce soit une fiction ou un roman quasi autobiographique, cette médecine humaniste et bienveillante qui ne résume pas un patient à son n° de Sécurité sociale m'inspire. C'est une lecture qui devrait beaucoup me toucher.

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    1. N'hésite pas, dans ce cas, elle devrait en effet te faire du bien.

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  20. Une reconversion pas banale en tout cas, intéressant aussi qu'il y trouve matière à littérature.

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    1. Oui, comme quoi les premières amours sont tenaces !

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