"Les forces" - Laura Vazquez
"Les heures étaient longues dans mon enfance, mais je ne me suis pas tuée. J’ai l’air calme. Plus jeune, je cherchais tout. Et je pouvais rester devant les fleurs à la recherche de la scène : un pétale en train de tomber. Je voulais des scènes."
Laura Vazquez est poète, et cela se vérifie dans chaque phrase de ce texte incroyable, par le soin apporté au choix des mots et aux images -souvent improbables mais toujours justes- qu’ils convoquent, par la musicalité qu’ils façonnent et le rythme qu’ils instaurent, qui donne d’emblée la sensation que voix de la narratrice investit votre esprit. Narratrice qui nous emmène dans un singulier périple, guidés par son regard dont l’intransigeante acuité met à nu l’absurdité et la violence du monde, mais se révèle aussi capable de transcender les apparences pour capter la beauté de l’insignifiant.
Une première partie pose le constat de l’omniprésence du mensonge dans une société qui enferme les individus dans des conventions, des structures prédéfinies qui façonnent leurs pensées, leurs goûts et leurs désirs selon les codes d’une normalité admise. Une aliénation qui passe notamment par le langage, l’utilisation de mots prêts à l’emploi, vidés de leurs sens. L’humain y est décrit comme une coquille vide qui se remplit au gré des gré des injonctions et des slogans. Il est aussi celui qui a assujetti l’ensemble du vivant selon cet ordre qu’il a fini par considérer comme naturel, légitimant une domination vectrice de violences et d’injustices.
Elle, ne peut se satisfaire de ça. Entre amour et pitié pour ses semblables, hantée par la douleur et la mystification qui caractérisent le monde, elle veut rompre cette chaîne du conditionnement, échapper à la norme, au rouleau compresseur du capitalisme qui enferme dans des schémas garants du maintien des inégalités et de la soumission en véhiculant la fiction du mérite, le culte de l’image de soi et de l’individualisme.
Cette quête l’amène dans des lieux étranges et confidentiels, parfois vaguement cauchemardesques, où elle rencontre des êtres des marges : un bar lesbien où règne une sorte de pythie obèse, un squat où agonisent des drogués, un immeuble abritant une secte à chaque étage, chacune plus étrange que la précédente… Elle y fait des expériences, dont la relation est pimentée par un comique de situation et un sens de l’auto-dérision -elle-même n’échappant pas à certaines formes d’aliénation- qui rendent le texte souvent très drôle.


Je ne suis pas sûre d'être prête à lire un texte aussi hors norme... surtout en étant assez réfractaire à la poésie. ;-)
RépondreSupprimerJe ne suis pas non plus une adepte de la poésie, mais si le fait d'être poète permet d'écrire des romans avec une telle exigence stylistique, et une telle singularité, je suis preneuse. Je n'étais pas sûre non plus d'adhérer à cette plume, alors j'ai lu les premières pages du livre en librairie... et je suis partie avec !
SupprimerBon, je note et j'attends un peu ... La première partie faisant vraiment écho avec L'heure des prédateurs ... Point trop n'en faut quand même ...
RépondreSupprimerJ'ai presque envie de dire que le sujet importe peu ici, tellement la langue est singulière, belle et surprenante...
SupprimerContente de lire ta chronique. Elle fait un travail sur la langue tellement remarquable.
RépondreSupprimerTu dis "le soin apporté au choix des mots et aux images -souvent improbables mais toujours justes" est c'est tellement ça. Elle est à un niveau vraiment différent d'autres auteurs et forcément ça passe ou ça casse.
Elle a en effet une voix unique, à la fois étrange et très éloquente. Je suis ravie de commencer l'année sur un tel coup de cœur !
SupprimerComme Cath L, je ne suis pas certaine d'apprécier ce texte à sa juste valeur.
RépondreSupprimerIl faut essayer... on comprend à mon avis au bout de 2/3 pages si l'écriture nous convient. Moi, elle m'a happée !
SupprimerA priori ça ne me dit pas grand chose, mais c'est intrigant ce style. Il est à la bibliothèque, je peux toujours l'emprunter, pour voir.
RépondreSupprimerOui, il faut tester, c'est une écriture particulière mais à mon avis virtuose...
SupprimerCela pourrait être autant un coup de coeur qu'un cauchemar, ce genre de texte. En tout cas, ça m'intrigue.
RépondreSupprimerJe suis allée depuis la parution de mon billet lire les avis sur Babelio, et c'est en effet un roman qui divise : on l'adore ou on le déteste, visiblement... à essayer, donc !
SupprimerJe ne connais pas du tout, mais tu donnes bigrement envie !
RépondreSupprimerLa langue de l'auteure est si singulière qu'il faut à mon avis au moins "l'essayer". Chacun saura assez vite si l'écriture lui convient ou pas...
SupprimerPas sûre que ce soit mon genre d'auteur, mais je feuilletterai les premières pages à l'occasion, on ne sait jamais.
RépondreSupprimerBonne idée ! J'ai personnellement été complètement séduite par cette langue assez étrange...
SupprimerJe l'ai vu à la bibli, je peux me risquer, mais j'ai de gros doutes (et surtout beaucoup d'envies autres)
RépondreSupprimerTu peux juste le feuilleter, dans un premier temps, tu sauras vite si tu accroches ou pas.
SupprimerMerci pour cette découverte qui m'intrigue beaucoup d'abord pour la forme qui a tout pour me plaire puis pour le fond, les sujets évoqués m'intéressant et la critique du capitalisme ayant l'air percutante et tellement juste.
RépondreSupprimerLa critique du capitalisme est juste, mais après tout pas vraiment innovante, ce qui est remarquable ici, c'est la forme, mais aussi l'humour et la bizarrerie qui infusent le texte.
SupprimerJe vais m'intéresser à ce bouquin car il est fort possible que je le lise. Ce que tu en dis sur l'écriture me tente beaucoup...
RépondreSupprimerJe me trompe peut-être, mais il me semble que tu es le genre de lecteur à qui ce titre devrait plaire...
SupprimerIl est à la bibliothèque, je viens de le réserver !
SupprimerChanceux !
Supprimerj'avoue que cette phrase ma fait peur : "un texte virtuose et hybride, mêlant essai philosophique, poème en prose, roman d’apprentissage"
RépondreSupprimerC'est sans doute subjectif, mais comme l'écriture m'a complètement emportée, je l'ai trouvé facile à lire...
SupprimerTu donnes envie de découvrir ce roman.
RépondreSupprimerJe lui souhaite de faire un long chemin parmi les lectrices et les lecteurs.. Et j'espère qu'il te plaira si tu te laisses tenter.
SupprimerJ'ai lu du chaud et du froid sur ce livre, une écriture et un univers ne conviennent apparemment pas à tout le monde et je ne pense pas être une bonne cliente contrairement à toi.
RépondreSupprimerJe n'en suis pas surprise, c'est aussi ce que j'ai constaté en lisant les avis à son sujet, et une telle originalité ne peut sans doute que diviser...
Supprimerje rejoins Nicole : je ne suis pas une bonne cliente pour ce genre de récits et surtout quand tu mentionnes les lieux .. mais tant mieux si tu as aimé ! tu commences fort l'année
RépondreSupprimerOui, il y a des chances pour que ce titre soit mon plus gros coup de cœur 2026...
SupprimerUne amie vient de me l’offrir ! J’aime L’aura Vasquez sans l’avoir lue depuis qu’elle est intervenue dans l’émission Bookmakers … elle est incroyable et passionnante ! Je vais donc la découvrir pour de bon et ton billet m’enthousiasme ( une Comète)
SupprimerAh, me voilà très impatiente d'avoir ton avis... j'ai tellement aimé qu'en lisant après mes lectures les avis à son sujet, j'ai été surprise qu'il ne fasse pas l'unanimité (loin de là...). Et je vais aller écouter l'amission que tu évoques !
SupprimerJe la suis sur Insta et j'ai participé à certains de ses ateliers d'écriture. J'aime beaucoup ses mails hebdomadaires où elle donne des instructions de création littéraire en s'appuyant toujours sur des textes d'auteurs connus ou pas. Je n'ai pas encore osé franchir le pas de la lecture de son livre, les critiques sont divisées, mais ton avis m'ébranle : pourquoi pas !
RépondreSupprimerQuelle chance d'avoir participé à ces ateliers.. je vous invite à tenter la lecture de ce titre. Au pire, si vous n'y accrochez pas, vous pouvez jeter l'éponge.. au mieux, vous serez aussi emballé que moi :)
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