"Darktown" - Thomas Mullen
"Lui aussi transpirait d’abondance, non qu’il eût fait un effort physique, au contraire, c’était l’obligation de se contenir, d’être une fois encore le témoin impuissant de cette brutalité, qui l’épuisait."
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la ville, gros nœud ferroviaire, a connu un important essor commercial et industriel. Une prospérité qui perdure grâce au regain consumériste, par ailleurs favorisée par la main-d’œuvre bon marché et non syndiquée que fournit le Sud des Etats-Unis. Atlanta s’est agrandie, urbanisée. L’organisation de ses quartiers répond à la ségrégation qui maintient la population noire dans une inacceptable infériorité. La criminalité s’est elle aussi développée, notamment avec la contrebande d’alcool.
Sous la pression du vote afro-américain, le maire de la ville a mis en place une brigade de huit policiers noirs. Sept d’entre eux ont fait la guerre, et la plupart possèdent un niveau d’instruction supérieur à celui de la moyenne des blancs. Ils ont quitté leurs anciens métiers -boucher, typographe, vendeur d’assurances...- pour intégrer l’équipe avec l’espoir, partagé par leurs concitoyens, de mettre fin aux violences policières. Mais leur propre organisation est régie par des règles ségrégationnistes. Relégués au sol-sol humide et délabré d’un YMCA sous l’autorité d’un blanc qui dissimule mal sa frustration d’avoir été nommé à ce poste, ils ont interdiction de pénétrer dans les locaux de la police ou de mener des investigations. Privés de véhicules, autorisés à ne travailler qu’entre dix-huit heures et deux heures du matin, ils patrouillent chaque soir à pied dans les rues de Darktown, avec pour mission d’y maintenir l’ordre en arrêtant les contrevenants noirs.
Parmi eux le duo composé de Lucius Boggs et Tommy Smith, récemment incorporés. Le premier, fils d’un pasteur très apprécié de sa communauté, est un homme sérieux et impassible, quand le second, jouisseur et rigolard, n’hésite pas à transgresser le code de conduite aussi strict que tacite que leur impose leur fonction, pour courir les filles. Motivés par leur volonté de combattre l’injustice sociale et d’aider leur peuple, ils déchantent vite. Leur quotidien est une succession de nuits à rallonge, dont seules les heures prévues sont payées, par ailleurs à un tarif inférieur à celui des policiers blancs. Mais le pire, ce sont les brimades qu’ils subissent de la part de ces derniers, méprisants et insultants voire violents, certains dissimulant à peine leur appartenance au Klan.
Un soir, un automobiliste blanc, visiblement ivre, fonce sous leurs yeux dans un lampadaire. Il a à ses côtés une jeune femme noire qui tente de dissimuler son visage. Les policiers appelés en renfort laissent filer le conducteur, visiblement une de leur vieille connaissance. Quelques jours plus tard, le cadavre de la passagère est retrouvé dans une décharge. Face à l’inertie des enquêteurs, davantage occupés à coller le meurtre sur le dos d’un noir qu’à chercher la vérité, Boggs et Smith sont déterminés à trouver l’assassin de la jeune femme, quitte à mener officieusement l’enquête, prenant ainsi le risque de perdre leur poste.
Nous suivons en parallèle un autre duo, qui s’occupe officiellement de l’affaire. Le jeune Denny Rakestraw, qui a dû interrompre l’Université pour partir en Europe, où il a été confronté à l’horreur des camps de concentration, a pour coéquipier l’incontrôlable Lionel Dunlow, une brute raciste qui profite de sa fonction pour tabasser le moindre noir qui croise sa route et pour arrondir ses fins de mois en rackettant bootleggers et tenancières de bordels.


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