"L’énigme de la stuga"- Camilla Grebe

"La catastrophe est toujours tapie en périphérie de notre champ de vision, à une distance rassurante de celui qui la cherche du regard."

L’énigme posée sera familière aux lecteurs, entre autres, du "Mystère de la chambre jaune" ou du "Double assassinat dans la rue Morgue". Un assassinat a été commis dans la dépendance d’une maison familiale, dont toutes les issues étaient alors fermées de l’intérieur. Aussi, hormis la victime, il semble évident que le coupable figure parmi les occupants du lieux au moment de l’assassinat. Or, ils n’étaient que deux …

L’intrigue alterne d’une part entre passé et présent, et d’autre part entre deux des protagonistes du drame.

Lykke Andersen vient d’être mise en examen pour homicide volontaire. On ne sait ni qui elle a tué, ni dans quelles circonstances. Elle a exigé que sa déposition soit recueillie par l’inspecteur Manfred, qui a enquêté huit ans auparavant sur le meurtre qui a détruit sa famille.

Avant ce drame, les Andersen formaient un tableau quasi idyllique, marqué par la réussite professionnelle du couple. Le père -Gabriel-, homme doux et sensible selon les propres dires de sa femme, avait réussi en tant qu’écrivain à concilier exigence et popularité, et Lykke officiait depuis de nombreuses années dans un milieu de l’édition où sa compétence était reconnue. Un "calme divin" régnait par ailleurs sur leur maisonnée depuis que leurs jumeaux avaient emménagé, un an auparavant, dans la stuga (petite maison en bois) située sur le terrain familial. Agés de dix-sept ans, les deux frères affichaient malgré leur gémellité de nombreuses dissemblances. Contrairement aux apparences, le blond David à la frêle silhouette était le pilier du duo, Harry, brun et costaud, ayant toujours été complexé par la maturité et l’intelligence acérée de son frère.

Une fin d’été, réputés auprès de leurs voisins pour leur mode de vie festif et bohème, les Andersen n’avaient pas dérogé à leurs habitudes en arrosant abondamment la fête de l’Ecrevisse en compagnie de leurs amis. Le dégrisement -dans les deux sens du terme- fut brutal lorsqu’au petit matin, Lykke trouva le cadavre de Bonnie, la meilleure amie de ses fils, dans une des chambres de la stuga.

Pour les Andersen, ce fut le début d’une descente aux enfers. Uniques suspects, les frères furent soumis pendant trois longues semaines à d’éprouvants interrogatoires menés par l’inspecteur Manfred. Et si, face à l’impuissance de la police à déterminer lequel des deux avait tué Bonnie, David et Harry avaient finalement été relâchés, l’affaire, dont les médias ont fait leur choux gras, a sonné le glas de la cohésion familiale. 

Cette chute est relatée par Lykke, incapable d’imaginer la culpabilité d’un de ses fils, devenus après le drame des frères ennemis, et s’efforçant de recoller les morceaux de sa vie dévastée. Depuis la cellule de la prison où elle a été incarcérée, s’adressant à l’écrit à un "tu", elle remet peu à peu en question toutes ses certitudes.

Son récit alterne avec celui de Manfred, qui revient lui aussi sur l’affaire, survenue alors qu’il se séparait de sa femme, qui ne supportait plus ses absences et la médiocrité de leur train de vie. Manfred qui avait, selon sa collègue de l’époque, quelque peu dépassé les bornes au cours de certains interrogatoires…

Deux énigmes sont donc à résoudre, en réalité : celle du meurtre de Bonnie, et celle de l’arrestation de Lykke.

Mes rapides -et justifiés- soupçons sur l’identité de l’assassin de la stuga, ont amoindri mon intérêt pour l’intrigue policière. Mais comme c’est surtout sur la psychologie de ses personnages et sur le délitement de la cellule familiale suite à la tragédie que se focalise le roman, j’aurais néanmoins pu trouver mon compte à cette lecture. Cela n’a malheureusement pas été le cas : je n’ai pas un instant accroché à l’écriture de Camilla Grebe, que j’ai trouvé plate, et souvent alourdie de clichés. Seule la volonté de participer aux Escapades Européennes de Cléanthe, qui proposait en ce mois de février de lire des polars scandinaves, m’a empêchée de jeter l’éponge…

Ce titre me permet aussi d’ajouter une nouvelle contribution à l’Hiver Polar d’Alexandra, qui plus est avec un pavé (576 pages au Livre de poche), et en cochant la case Scandinavie de son Bingo.



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