"Le crime du bon nazi" - Samir Machado De Machado

"(…) la seule manière concevable d’être un bon nazi est d’être un nazi mort."

L’entame pourrait faire penser à une vieille blague un peu glauque, qui commencerait par "Trois nazis sont sur un bateau dans un ballon…". Nous sommes au début des années 1930, et le dirigeable allemand LZ 127 Graf Zeppelin survole le Brésil à destination de Rio de Janeiro.

A son bord, des hommes d’affaires brésiliens, et quelques passagers de choix partageant la même table à l’occasion de repas proposant le meilleur de la fade et roborative gastronomie allemande : une baronne quinquagénaire et imposante qui compense l’interdiction de fumer à bord en enchaînant les verres de gin tonic ; un médecin hygiéniste porteur de l’étroite moustache alors à la mode en Allemagne, qui se rend au Congrès brésilien d’eugénisme pour y présenter les inconvénients du métissage ; un anglais arborant toutes les caractéristiques de ses origines, de l’élégance courtoise à l’humour "incisif et débonnaire", et Bruno Brückner, policier de la Kriminalpolizei, dont le costume est invariablement épinglé d’une croix gammée.

Cette joyeuse compagnie discourt à l’heure des diners sur l’horreur de l’art dégénéré et l’abjection sémite, la nécessité de blanchir le sang des nations, les vertus de la stérilisation des indésirables, ou encore sur la menace communiste que va heureusement contrer la providentielle arrivée de Hitler au pouvoir.

Un passager monté dans le dirigeable à l’escale de Recife s’ajoute bientôt à cette assemblée. Assez mal à l’aise, et d’abord méfiant, il se présente comme étant Otto Klein, modeste commerçant devenu négociant en café, ce qui lui vaut le mépris immédiat de la baronne. L’homme semble par ailleurs familier à Bruno, qui comme d’habitude affiche quant à lui une attitude discrète, voire distante, vis-à-vis de ses commensaux.

Le lendemain, le cadavre d’Otto est trouvé dans les toilettes. Sollicité par un commandant de bord qui, bien qu’allemand, déteste les nazis, Bruno mène l’enquête. Ses premières investigations, consistant à fouiller les affaires de la victime, laissent supposer que cette dernière était juive, et portée sur la pornographie… Le flegme avec lequel le policier mène ensuite les interrogatoires de ses compatriotes met d’autant plus en évidence la répugnance de leur propos, qui suscitent le dégoût horrifié du lecteur.

Le roman réjouit par l’humour aussi subtil que cynique qu’introduit l’auteur dans ce contexte tragique de montée en puissance du nazisme. Et il surprend, aussi, en prenant un virage inattendu, provoquant un retournement dont le lecteur se régale.

Dommage qu’il soit si court…


Petit Bac 2026, catégorie "Gros mot"

Commentaires

  1. Qu'il soit court va peut-être me permettre de le glisser entre deux lectures. J'ai visité il y a quelques semaines le musée Zeppelin au bord du lac de Constance, et j'imagine assez bien l'ambiance de ce récit.

    RépondreSupprimer
  2. Je l'ai vu passer ailleurs aussi il me semble, suffisamment tentée pour constater que pour une fois la bibli ne l'a pas!!!

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Compte tenu des difficultés pour certains d'entre vous à poster des commentaires, je modère, au cas où cela permettrait de résoudre le problème... N'hésitez pas à me faire part de vos retours d'expérience ! Et si vous échouez à poster votre commentaire, déposez-le via le formulaire de contact du blog.