"Le crime du bon nazi" - Samir Machado De Machado
"(…) la seule manière concevable d’être un bon nazi est d’être un nazi mort."
A son bord, des hommes d’affaires brésiliens, et quelques
passagers de choix partageant la même table à l’occasion de repas proposant le
meilleur de la fade et roborative gastronomie allemande : une baronne quinquagénaire
et imposante qui compense l’interdiction de fumer à bord en enchaînant les
verres de gin tonic ; un médecin hygiéniste porteur de l’étroite moustache
alors à la mode en Allemagne, qui se rend au Congrès brésilien d’eugénisme pour
y présenter les inconvénients du métissage ; un anglais arborant toutes
les caractéristiques de ses origines, de l’élégance courtoise à l’humour "incisif
et débonnaire", et Bruno Brückner, policier de la Kriminalpolizei, dont
le costume est invariablement épinglé d’une croix gammée.
Cette joyeuse compagnie discourt à l’heure des diners sur l’horreur
de l’art dégénéré et l’abjection sémite, la nécessité de blanchir le sang des
nations, les vertus de la stérilisation des indésirables, ou encore sur la menace
communiste que va heureusement contrer la providentielle arrivée de Hitler au pouvoir.
Un passager monté dans le dirigeable à l’escale de Recife s’ajoute
bientôt à cette assemblée. Assez mal à l’aise, et d’abord méfiant, il se
présente comme étant Otto Klein, modeste commerçant devenu négociant en café,
ce qui lui vaut le mépris immédiat de la baronne. L’homme semble par ailleurs familier
à Bruno, qui comme d’habitude affiche quant à lui une attitude discrète, voire
distante, vis-à-vis de ses commensaux.
Le lendemain, le cadavre d’Otto est trouvé dans les
toilettes. Sollicité par un commandant de bord qui, bien qu’allemand, déteste
les nazis, Bruno mène l’enquête. Ses premières investigations, consistant à
fouiller les affaires de la victime, laissent supposer que cette dernière était
juive, et portée sur la pornographie… Le flegme avec lequel le policier mène
ensuite les interrogatoires de ses compatriotes met d’autant plus en évidence la
répugnance de leur propos, qui suscitent le dégoût horrifié du lecteur.
Le roman réjouit par l’humour aussi subtil que cynique qu’introduit l’auteur dans ce contexte tragique de montée en puissance du nazisme. Et il surprend, aussi, en prenant un virage inattendu, provoquant un retournement dont le lecteur se régale.



Qu'il soit court va peut-être me permettre de le glisser entre deux lectures. J'ai visité il y a quelques semaines le musée Zeppelin au bord du lac de Constance, et j'imagine assez bien l'ambiance de ce récit.
RépondreSupprimerJe l'ai vu passer ailleurs aussi il me semble, suffisamment tentée pour constater que pour une fois la bibli ne l'a pas!!!
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