"Pirouettes" - Marcel Pagnol
"Si tu savais, Jacques ! Si tu savais ! La Némésis, vache envieuse, vient de laisser choir sa bouse dans la chevelure de mon bonheur."
Je n’avais jamais lu Marcel Pagnol, lacune qui ne me tracassais guère, éprouvant pour cet auteur un a priori hérité de ne je sais quelle expérience, et me faisant imaginer des textes désuets et candides. Toutefois rétive à inaugurer la septième saison des Classiques Fantastiques par une défection, je me décidée à le dépasser. J’avoue avoir cependant, par prudence, porté mon choix sur le texte le plus court que j’ai pu trouver…
"Pirouettes" est une longue nouvelle que Marcel Pagnol a écrite pour la revue Fortunia, qu’il avait fondée avec ses camarades de khâgne.
L’intrigue est présentée comme une partie des mémoires de Jacques Panier, le narrateur, et restitue un épisode vécu alors qu’il était étudiant. Il formait alors un inséparable trio avec ses camarades Félix-Antoine Grasset, poète dépressif affligé d’un mépris amer pour toute sa personne, et Louis-Irénée Peluque, dont ce texte a pour but de faire revivre la figure.
Surnommé l’Empereur par les gamins des rues et Le Philosophe par ses condisciples, Louis-Irénée était un personnage fantasque, un peu mythomane et surtout un indécrottable coureur de jupons, ce qui lui valut les déboires dont il est ici question. Elève brillant mais dilettante et fréquemment absent, sa principale philosophie était de privilégier les passions du corps aux plaisirs de l’esprit…
L’action se déroule autour de la Plaine Saint-Michel, où le narrateur dit avoir passé les plus beaux jours de sa jeunesse. C’est une grande place plantée de platanes, animée par tout un petit peuple de commerçants -marchandes de journaux ou de crème glacée, vendeuse de brioches, cireurs de bottines…- et par un vieux théâtre de marionnettes.
Elle débute avec une improbable nouvelle : Peluque, non seulement va se marier, mais va le faire avec une jeune fille richement dotée, et pourvue de toutes les qualités. Lui-même sans le sou et promis à un avenir incertain, s’est fait passer auprès de son futur beau-père pour un brillant étudiant en chimie et l’héritier d’une famille d’industriels. Mais il y a un hic : pour pouvoir mener à bien cette fructueuse union, le fiancé doit rompre avec sa maîtresse, une modeste couturière à qui il a également promis le mariage. Or, chacune de ses tentatives pour la quitter s’est soldée par un échec, Peluque étant systématiquement vaincu par les charmes par de la jeune femme. Il demande donc à Jacques de l’aider à provoquer la rupture.
Le plaisir de la lecture tient en partie au personnage de Louis-Irénée, atteint d’une sorte de folie à la fois endiablée et joyeuse. Ses amis, parfois victimes de ses coups pendables, finissent toujours, contaminés par une gaieté dont aucun déboire ne semble venir à bout, par les lui pardonner. Elle est également rendue très plaisante par le ton cocasse, les rebondissements vaudevillesques de l’intrigue, et une écriture enlevée, caractérisée par un subtil mélange de gouaille et d’érudition.
Le programme de la septième saison des Classiques fantastiques, orchestrée par Moka, c'est ICI.

Je reconnais que j'avais le même a priori que toi mais tu viens de le faire voler en éclats. Le ton de ce livre et le personnage haut en couleur de Louis-Irénée me donnent bien envie de le découvrir.
RépondreSupprimerC'est une lecture très plaisante, et qui n'engage pas sur du long terme, ce serait dommage de s'en priver...
SupprimerJe ne connais pas ce texte mais je suis certain qu'il est plaisant à lire...
RépondreSupprimerOui, on s'amuse assez des tribulations de Peluque, qui est aussi exaspérant qu'attachant.
SupprimerHé bien j'ai lu Pagnol, mais je ne le voyais pas ainsi.
RépondreSupprimerEncore un a priori injustifié, oui...
SupprimerBonjour Ingrid, je suis contente de lire ton article sur Pagnol. Moi, je l'adore. J'aime sa façon de raconter et de nous parler de la Provence. Ses descriptions m'enchantent tout comme son vocabulaire !
RépondreSupprimerBonjour Nathalie, si l'ensemble de son œuvre est à l'image de ce court texte savoureux, je comprends ton goût pour l'auteur...
SupprimerJe connais bien ce procédé de vouloir choisir le livre le plus court pour un défi - ça m’arrive notamment avec la littérature asiatique :) Quant à Patrice, il redécouvre Pagnol avec grand plaisir.
RépondreSupprimerC'est que nous devons toutes les deux être prudentes... :). Et je m'en vais de ce pas découvrir la participation de Patrice.
SupprimerJ'ai lu Pagnol, mais il y a pas mal de temps. Ce titre, je n'en ai jamais entendu parler.
RépondreSupprimerCe n'est pas étonnant, c'est un texte sans doute un peu à part dans son œuvre, qui était destiné à une revue. Il a essayé de le remanier, en l'allongeant pour en faire un roman, mais l'a finalement laissé tel quel. Il l'explique dans la préface.
SupprimerContente que la lecture de cette nouvelle, lue il y a bien longtemps pour ma part comme à peu près tous les écrits de Pagnol, t'ait permis de changer d'avis sur cet auteur provençal beaucoup plus profond qu'il en a l'air...Parfois ses personnages tombent un peu dans la caricature mais je le lui pardonne :)
RépondreSupprimerC'est bien l'intérêt de ces activités bloguesques, que de nous permettre de dépasser -ou pas- nos a priori. Cela a été le cas cette fois, j'ai pris beaucoup de plaisir à la verve de l'auteur.
SupprimerJ'ai lu La gloire de mon père en CM2. Je me souviens encore de la maîtresse qui riait en lisant certains passages. Du coup, j'ai retenu certaines anecdotes d'enfance rapportées par l'auteur. J'aime beaucoup la tendresse et l'humour qui émane des textes de Pagnol.
RépondreSupprimerHumour et tendresse, oui, ce sont deux termes qu'on pourrait appliquer à ce texte aussi. Je ne suis pas sûre de relire l'auteur (une simple question de priorité..), mais sait-on jamais..
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