"Reste l’océan" - Marie Pointurier

"Surfer tant qu’il est encore temps. Tant que son corps tient."

Il y a cinq ans, Béa s’est mise au surf. Elle se trouvait trop vieille, mais s’est finalement laissé convaincre par son amie Ekaitza, femme solaire et sans complexes, dont elle envie la légèreté et la capacité à tout s’autoriser. Elle a maintenant cinquante ans, un corps à ménager et à préparer avant l’effort, mais ses longues heures d’entrainement à la piscine et sa pratique estivale du surf ont payé : elle le sent endurci, plus vif et plus agile. Et tant qu’elle est dans l’eau, il la laisse tranquille ; c’est a posteriori qu’elle découvre les ecchymoses et les coupures inhérentes à la confrontation avec un océan qui malmène, piétine, et ne pardonne aucune erreur.

C’est sur la côte landaise, où elle passe tous ses étés depuis qu’elle est enfant, qu’elle pratique le surf. Son mari et elle y ont acheté une petite maison de plage qui les accueille, avec leurs jumelles adolescentes, à chaque vacances. Une maison sans prétention, à l’image du village tout proche, qui se divise en deux parties : le côté nord, modeste station balnéaire avec ses marchands de glaces, ses petites boutiques estivales et ses cafés, et celui des surfeurs, au sud, sauvage, territoire d’une communauté d’initiés solitaires et mal léchés en quête de nature brute, de silences venteux et d’adrénaline. C’est Virgile, le fils des voisins, qui y a introduit Béa. Elle a noué avec le jeune homme une étrange amitié, faite de peu de mots puisque seuls comptent ceux qui disent la qualité des vagues, l’évolution de la météo ou l’emplacement des baïnes.

Le reste de l’année, Béa est parisienne. Responsable du service Déco d’un magazine, elle évolue dans un cercle professionnel poli et convenu, fait de rituels sociaux et de mondanités. Cet été-là, tombe une nouvelle prévisible, et qui au fond ne la chagrine pas vraiment : son journal, en difficulté financière depuis de longs mois, est contraint de la licencier. Alors elle décide de prolonger son séjour. Ses filles n’ont plus vraiment besoin d’elle pour faire leur rentrée, et son mari est constamment en déplacement…    

Le récit, qui au passage nous offre de belles descriptions de la côte landaise et des lumières matinales sur l’océan, se focalise sur la pratique du surf -sa routine et ses contraintes, ses risques et ses bienfaits…- et sur ce qu’elle apporte à Béa : une joie pure, fondamentale, qui renvoie aux plaisirs candides de l’enfance et du jeu. Dans l’eau, nul besoin d’être spirituelle, d’analyser, de s’expliquer ; la quête de l’euphorie que procure le simple fait d’être et d’éprouver suffit. On soupçonne aussi, à quelques vagues allusions, une motivation existentielle, sans doute inconsciente, en lien avec une tentative de ralentissement du temps, de se maintenir le plus longtemps possible dans la part extatique et téméraire de la vie, de lutter contre l’effacement… Et j’aurais aimé que l’auteure explore davantage cette dimension de son héroïne, qu’elle nous confronte avec les mécanismes, que l’on entrevoie à peine, de cette passion qui peu à peu prime pourtant sur tout le reste.

Une double participation...

aux Escapades Européennes, chez Cléanthe, sur le thème desStations balnéaires.


au Book Trip En Mer, chez Fanja.

 

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