Tu sais que tu souffres de solitude quand tu
souhaites bonne nuit à un chien qui dort déjà et que tu souris à ta poêle en
fonte."

Après Anouk, l’héroïne de "
Encabanée", ce deuxième
volet de la trilogie de "La forêt du Kamouraska" nous fait rencontrer
Raphaëlle, qui en début de récit lie son existence à celle de Coyotte, jeune
chienne qu’elle récupère dans un élevage de huskys où ses yeux marron la
condamnaient à l’euthanasie. C’est d’ailleurs ce qui l’a fait choisir par sa
nouvelle maîtresse, dont le physique de métisse -preuve d’une trahison
maternelle ou legs d’une aïeule inuite ? - jurait au sein d’une famille de Blancs
aux yeux bleus qu’elle a reniée en même temps qu’elle a tourné le dos à une société
mesquine, violente envers les plus faibles et dédiée au consumérisme, dans
laquelle elle ne se sentait pas à sa place. Elle vit dorénavant, du moins à la
belle saison, dans une roulotte stationnée dans le Haut-Pays de Kamouraska, là
où naissent les Appalaches. Le décor est grandiose, la solitude adoucie par les
chants des oiseaux. Elle a par ailleurs constaté ces derniers temps les traces
d’une ourse dans les parages…
Vivre au cœur de la forêt, au plus près des animaux qu’elle
se démène à protéger, constitue la clé de son équilibre mental. Raphaëlle est
agente de protection de la faune, et c’est chez elle une vocation, une évidence
née de son attachement viscéral au vivant, ce qui rend d’autant plus frustrant
le constat du laxisme et de l’indifférence qui caractérisent les politiques environnementales.
Les intérêts économiques et la soumission aux lobbys passent avant une protection
digne de ce nom des espèces animales et végétales.
Aussi, lorsqu’elle
tombe sur une zone de braconnage d’une ampleur sans précédent, dans laquelle s’est
fait piéger sa jeune chienne, elle décide de mener l’enquête elle-même, à sa
manière, avec la seule aide de son ami Lionel, garde-chasse à la retraite vivant
lui aussi en retrait du monde. Lors de ses investigations, un concours de
circonstances lui met entre les mains le journal tenu par un Anouk, une autre
ermite de la forêt. Embarquée par la poésie intime de ses écrits, sensible à
son éthique si proche de la sienne, Raphaëlle a le sentiment de rencontrer son
alter ego…
La plume de Gabrielle Filteau-Chiba est agréable, d’un
lyrisme justement dosé, avec, toujours, ces expressions, jurons et termes
québécois qui dote le texte d’une certaine forme de truculence. C’est une
lecture confortable lorsqu’on on adhère -ce qui est mon cas- au propos de l’auteure
la narratrice, à sa révolte et son amertume face à l’inconséquence, la bêtise
et la cupidité à l’origine de la destruction du vivant. Mais c’est aussi à mon
avis ce qui finit par amoindrir le plaisir, dans la mesure où l’expression
dudit propos n’échappe pas toujours à un certain didactisme, aux dépens de la
dynamique et de l’intensité romanesque. J’ai pourtant préféré cet opus à
Encabanée, le trouvant plus consistant, et puisque le dernier volet de la
trilogie (Bivouac) est sur mes étagères, je le lirai sans doute…
Petit Bac 2026, catégorie "Gros mot"
Je suis assez d'accord. Dans mon billet, j'écris que j'aurais aimé qu'il y ait plus de nature, et ça correspond à ce que tu dis sur le trop de didactisme. Ce n'est pas assez prenant.
RépondreSupprimerOui, nos avis se rejoignent. J'ai refermé le livre avec l'impression que le discours rageur à l'encontre de ceux qui dévastent la nature prenait trop de place et finissait par occulter l'amour de la narratrice pour le vivant. Je suis tout de même tentée par Bivouac, notamment parce que la 4e de couverture me fait penser au Gang de la clé à molette..
SupprimerJ'adhère à la vision de la narratrice et ai déjà développé une certaine sympathie pour elle à travers tes mots. Néanmoins, j'apprécie quand des idées et messages soient véhiculés subtilement...
RépondreSupprimerJ'imagine que la plupart de ceux qui se tournent vers ce genre de lecture adhérent à son propos, mais comme tu l'écris justement, le talent consiste à faire passer ses idées sans les claironner...
SupprimerJe sais que j'adhérerai au propos ... Mais sans intensité romanesque, c'est dommage et je vais laisser de côté cette série pour le moment. J'ai noté par contre Le soufle de la forêt de Simonna Giorgio suite à une exposition photo sur Simona Kossak, tu connais cette biographie ?
RépondreSupprimerCa se lit plutôt bien, mais ce n'est pas un indispensable. J'ai entendu parler du livre de Simonette Greggio lors de son passage à La grande librairie il y a quelques mois, et de mémoire, Nathalie l'a lu.. voilà, je viens de retrouver son billet : https://chezmarketmarcel.blogspot.com/search?q=greggio
SupprimerC'est tentant, oui.
Je découvre vraiment beaucoup de livres chez toi. Je ne connais pas du tout cette trilogie.
RépondreSupprimerLien noté. Merci.