"R.U.R. Le soulèvement des robots" - Kateřina Čupova, d’après la pièce de théâtre "R.U.R" de Karel Čapek

"En faisant les comptes, je me suis aperçu que ce ne sont pas les grands rêves qui font l’histoire… ce sont les petits besoins réunis de tous ces individus honnêtes, égoïstes, un peu voleurs aussi."

C’est Sacha qui nous invite cette année à une lecture commune en hommage à Goran. Elle a choisi, parmi les auteurs figurant dans le TOP 100 de notre regretté camarade, qui appréciait particulièrement la littérature d’Europe de l’Est, de mettre Karel Čapek à l’honneur, ce qui permet en même temps d’inaugurer sa Rentrée à l’Est, dont l’édition 2026 est dédiée à la République Tchèque et à la Slovaquie.

Peu tentée par les titres de l’auteur disponibles à la médiathèque, j’ai décidé de faire un pas de côté, ou d’une pierre deux coups, en optant pour une adaptation graphique de sa pièce de théâtre R.U.R par Kateřina Čupova, elle aussi de nationalité tchèque. C’est en 1920 que Karel Čapek écrit ce texte devenu célèbre parce qu’il y donne naissance au terme robot, emprunté au mot tchèque robota, qui signifie travail forcé. Dès la représentation de l’œuvre à Prague en 1921, puis de sa traduction anglaise deux ans plus tard, il entre dans le langage courant.

La bédéiste a conservé la structure du texte original, constituée d’un assez long prologue puis de trois actes, tout comme elle est restée très fidèle, si j’en crois les lecteurs des deux titres, à son contenu.

L’action se déroule exclusivement dans l’Usine de Rossum (du nom de son créateur), isolée sur une île, et dédiée à la fabrication de robots. L’endroit ne compte qu’une poignée d’êtres humains, les ouvriers étant eux-mêmes des robots, travailleurs que leur rentabilité et leurs faibles besoins rendent quasi parfaits. La technologie a, en somme, "remplacé l’œuvre imparfaite de Dieu", et c’est pour le directeur de l’usine Harry Domin le premier pas vers la concrétisation d’un rêve : celui d’une humanité délivrée du travail et de son asservissement à la matière, qui pourra se consacrer à ce qu’elle aime et se perfectionner. Ce n’est en revanche pas l’avis d’Helena Glory, fille d’un président dont on ne saura pas ce qu’il dirige (le pays ?). La jeune femme, idéaliste, s’inquiète de l’exploitation des robots qu’elle considère comme les égaux des êtres humains. Elle souhaite les pousser à la révolte, afin qu’ils obtiennent notamment une rémunération pour le travail et le droit de vote.


Voilà pour le prologue.

La suite nous transporte dix ans plus tard. Harry et Helena se sont mariés. Le monde est secoué par le soulèvement des robots, qui ont pris les armes pour éliminer une humanité devenue inutile.

Les habitants de l’île sont encore préservés, mais la menace croît, instillant à l’intrigue une tension elle aussi grandissante …



J’avoue avoir eu du mal à adhérer à cette révolte de machines, rendue possible par leur assimilation, à force de perfectionnement, d’une part d’humanité, même si cela permet à l’auteur de faire preuve d’une certaine ironie, en induisant que devenir humain revient à basculer dans la violence et à vouloir dominer l’autre. Mais il me semble qu’il importait peu à Karel Čapek d’être techniquement crédible, cet événement lui servant surtout de prétexte à se questionner sur ce qui définit l’humanité, et sur les dangers d’un progrès mis au service d’un système gouverné par le profit. Des thématiques passionnantes, mais dont le traitement, superficiel, m’a laissée sur ma faim. J’imagine que ce manque de profondeur est en partie lié au format théâtral, et on ne peut que saluer la démarche, visionnaire, de l’auteur, face aux inquiétantes interrogations que suscite aujourd'hui entre autres le développement de l’Intelligence Artificielle.

Kateřina Čupova mise sur la simplicité d’un graphisme coloré, de manière parfois presque grossière, à l’aquarelle. Son trait donne une impression de spontanéité, et rend les visages assez expressifs. Au départ assez peu emballée par ce formalisme, je m'y suis peu à peu habituée, pour finalement le trouver en adéquation avec le propos.

Commentaires

  1. Moi non plus je n'ai pas été tentée par les écrits de Karel Čapek et tu t'en sors bien finalement en ayant choisi cette adaptation colorée et bien adaptée au propos. Merci pour la découverte.

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    1. Oui, malgré mes bémols, le format a rendu la lecture légère...

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  2. nathalie15.9.26

    Cela ressemble au truc des Salamandres (mêmes atouts, même grosse limite). Je trouve que l'auteur réussit bien mieux dans les récits de voyage (c'est encore ce que j'ai choisi, mais le billet paraîtra jeudi).

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    1. J'ai donc bien fait de suivre mon instinct qui me dissuadait de lire La guerre des salamandres....

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  3. J'ai l'impression que j'ai eu moins de réserves que toi sur cette BD. J’ai été impressionnée par la clairvoyance de Karel Čapek, qui a imaginé ce scénario futuriste original avec des réflexions résolument modernes comme l’incidence du progrès technologique sur nos sociétés, la nature de l’humanité, ses relations avec la machine, etc.Les dessins de Kateřina Cupová, quant à eux, semblent s’inspirer des vieilles affiches de propagande soviétique ou du cubo-futurisme en vogue chez les artistes russes du début du 20ème siècle. Le trait est économe, parfois acéré ; les couleurs sont saturées. Je pensais lire la pièce dont cet album est inspiré mais le temps a passé...

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    1. Je te rejoins sur la dimension visionnaire du récit, on voit que nos questionnements actuels, notamment ceux suscités par le développement de l'IA, rejoignent ceux de l'auteur. J'aurais juste aimé qu'ils soient développés davantage. Quant au graphisme de la BD, j'ai fini par l'apprécier, et par le trouver cohérent avec l'époque du récit et le propos.

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  4. Que Goran continue à être présent sur la blogosphère quelle fidélité qui me fait plaisir moi aussi je le suivais et il m'a fait découvrir des auteurs dont on parle peu

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    1. Son blog étant toujours accessible, j'y retourne régulièrement pour y piocher des idées de lectures...

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  5. Tu as des bémols, mais cela reste tentant. Les graphismes me plaisent beaucoup au premier abord et je suis curieuse d'enfin découvrir cette pièce mythique. Merci pour ta participation à cette LC !

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    1. Je trouve que cette adaptation permet d'aborder la pièce l'œuvre de Karel Čapek de manière ludique. Je lirai peut-être le texte original, ne serait-ce que par curiosité..

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  6. Des Livres Rances15.9.26

    De Karel Čapek il faut absolument lire "La guerre des salamandres" et "La maladie blanche", deux chefs d'œuvre ! J'adore cet auteur, ce côté visionnaire sur la montée des totalitarismes. La BD est belle mais ne reflète pas entièrement l'état d'esprit de Čapek, son engagement, son profond antifascisme. Čapek est je crois aussi important que Orwell par exemple.

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    1. Je t'avoue que je ne suis pas du tout tentée par "La guerre des salamandres", ne serait-ce parce que j'ai du mal avec les récits qui mettent en scène des animaux (j'ai notamment tenté de dépasser ça en lisant le célèbre Watership Down, mais je n'ai pas accroché). "La maladie blanche" peut en revanche m'intéresser, c'est d'ailleurs le titre que je voulais lire au départ pour cette LC, mais il n'était pas disponible à la bibliothèque..

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  7. De mon côté, je me suis lancée dans La fabrique de l'Absolu ! Goran aurait été fier de moi ! J'ai pensé à son humour cynique en lisant ce livre. Je le reconnaissais bien. Voici le lien de mon article si jamais tu rédiges un bilan. https://madamelit.ca/madame-lit-la-fabrique-de-labsolu-de-karel-capek/

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    1. Bravo, je m'en vais de ce pas lire ton billet :)..

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  8. Je l'ai lu, sous sa version roman, il y a trois ans, et j'ai été assez impressionnée par son côté prémonitoire. Et encore, on parle encore plus de l'IA maintenant.

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    1. Tu confortes mon envie de lire la pièce, sans doute plus "complète" que cette adaptation.

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  9. Tiens, bonne idée de lire une adaptation graphique de la pièce de Capek. Ça fait un peu d'une pierre deux coups en lisant ainsi deux auteurs tchèques.:)

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    1. C'est surtout une question d'opportunisme, mon choix ayant en grande partie été guidé par ce que proposait la médiathèque....

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  10. L'auteur semble, en effet, avoir été visionnaire sur cette question. Œuvre originale et adaptation graphique me tentent bien !

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