"Viande" - Martin Harníček
"L’immense foule qui se pressait ici ne semblait se caractériser que par l’uniformité nauséabonde de sa pauvreté, laquelle n’était brisée que par la couleur rouge vif des uniformes des bouchers et des policiers."
Nous pénétrons dans une réalité cauchemardesque aux côtés
d’un narrateur dont nous ne connaîtrons pas le prénom, sans doute parce qu’il
n’en a pas ou qu’il l’a oublié, qui revient sur des événements que l’on suppose
récents.
Cela débute avec sa présence dans les Halles, "au
milieu d’un déluge de viande", et son angoisse face à la possibilité
d’être abattu sur place, si la police découvre qu’il n’a pas de ticket. Ces
tickets, parcimonieusement distribués aux citoyens par l’administration, permettent
d’obtenir la seule nourriture disponible dans ce monde d’où animaux et végétaux
semblent avoir disparu : de la chair humaine. Classés en trois catégories,
ceux de la dernière ne donnent droit qu’à une viande en quasi putréfaction.
Si notre héros est ainsi démuni, c’est parce qu’il vient
d’être expulsé de la cahute miteuse qu’il partageait avec d’autres misérables,
et qu’avoir un toit est une condition sine qua non pour obtenir des tickets. La
réquisition de logements est un phénomène fréquent, lié à la pénurie de
combustible pour cuire une viande qui serait sinon impropre à la consommation,
qui fait du bois des cabanes et autres baraques une denrée précieuse.
Obsédé par une survie qui dépend de sa capacité à se
procurer de la nourriture tout en évitant l’abattage, le narrateur se résout à
agresser une femme pour lui voler ses tickets. Ce ne sont ni les scrupules ni
son sens moral qui le font hésiter, mais la seule crainte de se faire remarquer
par les représentants des forces de l’ordre qui tuent sans sommation au constat
de la moindre infraction, le seul fait de leur adresser la parole étant
passible d’une mort immédiate.
L’auteur nous englue dans un contexte poisseux et horrifique rendu d’autant plus oppressant qu’aucune explication n’est donnée quant à sa genèse ou le fonctionnement global de cette société marquée par l’anonymat, l’opacité et le mépris total de la vie humaine. La ville qui entoure cette gigantesque et macabre boucherie, surpeuplée et pourtant génératrice pour les individus d’un isolement délétère, est plombée de la puanteur émanant des excréments qui la jonchent. Les gens s’y côtoient dans l’indifférence, exprimant méfiance et agressivité à la moindre tentative de contact. Non seulement la solidarité et l’empathie, mais aussi le seul désir d’entretenir le moindre rapport avec autrui, ont disparu.
Le héros, produit de ce monde répugnant, réduit à la seule
satisfaction de ses besoins les plus élémentaires, suscite dégoût et répulsion.
Il se soumet sans aucune velléité de rébellion, ni même aucun recul, aux règles
primaires et barbares de ce système.


Pas certaine de te suivre sur ce coup-là, en te lisant je me suis dit "quelle horreur" avant que tu parles toi-même de "contexte poisseux et horrifique" et "monde répugnant"...bref en effet c'est plutôt une lecture à prendre avec un peu de recul et ta conclusion permet d'en comprendre le sens profond. Merci de l'avoir lu pour nous et pour le challenge
RépondreSupprimerJe suis un peu tenté par ce roman, d'autant qu'il est très court... Je le note !
RépondreSupprimerLes dystopies, ce n'est pas trop mon truc. Je vais passer sur celui-ci...
RépondreSupprimerje ne suis vraiment pas fan du genre . Je préfère les auteurs qui ont le courage de décrire les horreurs actuelles.
RépondreSupprimerJe ne connaissais pas mais je crois que je vais continuer... Pas pour moi
RépondreSupprimerOuh là ! Ton billet est très évocateur, comme toujours, et je vois bien que ce n'est pas un roman pour moi.
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