"Désert américain" - Percival Everett

Drôle de visite guidée...

Ah, l'Amérique...
Terre de liberté et de tous les possibles,
Pays du brassage ethnique et culturel,
Nation de tous les contrastes...

... Société déboussolée qui s'apparente à un vaste cirque où se côtoient des clowns plus ou moins effrayants. Telle est en tous cas l'Amérique que dépeint Percival Everett dans son deuxième roman, "Désert américain". Et c'est Ted Larrue, professeur à l'université de Los Angeles et père de famille, qui fait office de guide auprès du lecteur, pour lui faire découvrir les dessous du pays de l'Oncle Sam.

Tout commence lorsque Ted, lassé d'une existence vaine et médiocre, décide de se suicider. Alors qu'il est en route vers son funeste objectif, il est décapité lors d'un accident de la circulation.
Coïncidence déjà assez inouïe... mais là où l'histoire prend un tour carrément loufoque, c'est lorsque le défunt Ted se réveille pendant ses obsèques ! Cet incroyable événement est pourvoyeur pour notre zombie d'universitaire d'une célébrité soudaine ; il accapare l'attention des médias ainsi que celle d'individus pas toujours bien intentionnés, dont certains en viennent à le kidnapper. Cette résurrection devient le départ de folles tribulations au cours desquelles Ted va se trouver confronté au visage d'une Amérique à la fois obtuse et délirante, dont les citoyens se montrent prompts à prendre les vessies pour des lanternes. La clairvoyance et la capacité de détachement que notre héros semble avoir acquis lors de son "réveil", lui permettent d'être conscient avec d'autant plus d'acuité du caractère absurde et surtout dangereux du comportement de la plupart de ses concitoyens.
Intégristes religieux et doux illuminés, militaires bornés et scientifiques sans âme... il faut dire que les personnages qu'il rencontre au cours de son périple, dont certains agissent pour le compte des institutions gouvernementales, font preuve à la fois d'inhumanité, de déraison, quand ce n'est pas tout simplement d'une médiocrité affligeante.

C'est à un véritable jeu de massacre que se livre Percival Everett avec cette farce grinçante, prenant pour cible tous les travers d'une société gangrenée par la course au pouvoir et le besoin quasi maladif de se créer des gourous de toutes sortes.
Peut-être a-t-il voulu en faire trop : les sujets abordés sont multiples, mais finalement traités sans réelle profondeur. Ils le sont aussi parfois de façon caricaturale, mais cela ne m'a en revanche pas gênée, dans la mesure où il parait évident que la volonté de l'auteur était justement de jouer sur le registre du grotesque, de la parodie.
Les aventures de Ted font effectivement sourire -faute d'être hilarantes-, et "Désert américain" a le mérite d'être un texte abordable et agréable, mais...

... mais je dois avouer que je m'attendais à mieux de la part de l'auteur du génial "Effacement", et de l'excellent "Blessés".

Commentaires

  1. Je viens de te laisser un commentaire sur le billet de "Effacement" que je découvre via ce billet-ci qui, bien que moins enthousiaste, m'intéresse aussi! Un auteur qui est désormais, grâce à toi, en bonne place sur ma LAL!

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  2. Je suis preneuse de jeux de massacres à l'américaine, et pour cet auteur. Et rien avoir : j'ai enfin lu mon premier Bolaño !

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  3. >> Sabbio : je te conseille dans ce cas de commencer par celui-ci, qui reste quand même un bon roman, puis de lire Effacement, qui est tout simplement... un chef-d'oeuvre !

    >> Ys : Je suis impatiente de lire ton avis sur Bolano !

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