"Vendetta" - Roger Jon Ellory

Impeccable...

La principale préoccupation de Ray Hartman est de se rabibocher avec sa femme, de pouvoir de nouveau vivre avec elle et leur fille de 12 ans. Ce policier de New-York a eu quelques problèmes avec l'alcool, dont la consommation a tendance à le rendre irascible, et une scène de trop au sein du domicile conjugal a poussé sa moitié à le mettre dehors...

Bonne initiative, visiblement, puisque Ray a, depuis, arrêté de boire, et il nourrit le début d'un espoir en ce qui concerne une éventuelle réconciliation. En effet, son ex lui a fixé un rendez-vous dans les jours à venir...

C'est pourquoi, lorsqu'il est réquisitionné pour une durée indéterminée par le FBI, qui le fait appeler à La Nouvelle Orléans, d'où il est originaire, il n'est pas vraiment à la fête.
Ceci dit, difficile de refuser...
La fille du gouverneur de Louisiane a été enlevée, le cadavre de son garde de corps retrouvé dans le coffre d'une vieille Triumph, et le ravisseur a demandé à s'entretenir spécifiquement avec Ray, seule condition à laquelle il acceptera de dévoiler le lieu où il détient sa victime.

C'est le début de longues heures de tête à tête, pendant lesquelles Ernesto Perez -c'est le patronyme sous lequel s'est présenté le kidnappeur- raconte à Ray l'histoire de sa vie, qui sera l'occasion de révélations impliquant parfois des personnalités du monde politique ou du spectacle.

Lui aussi né en Louisiane, d'un père cubain extrêmement violent et d'une mère américaine, il commet très jeune son premier meurtre sur la personne d'un représentant de commerce qui avait tenté de lui vendre des encyclopédies...
Sa rencontre avec des membres de la mafia italienne sera l'occasion de mettre son sang froid au service de la Cosa Nostra. Ceci dit, son statut d'"étranger" l'empêchera toujours d'être réellement considéré comme un membre à part entière du clan.

Avec le récit d'Ernesto, c'est au cœur de plusieurs décennies d'histoire de la mafia italo-américaine que nous sommes plongés. Les événements du monde servent de toile de fond à sa confession, la nourrissent, certains épisodes de l'Histoire (incidents de la guerre froide, assassinats des Kenndy ou de Jimmy Hoffa) s'entremêlant à ceux de son existence, ancrant le récit dans une tangibilité qui le crédibilise.
Corruption au plus niveau de l'état, magouilles de haut vol, les confidences d'Ernesto, ce tranquille sexagénaire à qui l'on donnerait le bon Dieu sans confession, sont souvent fracassantes !

Mais c'est aussi d'un destin individuel dont il est ici question, celui d'un jeune adolescent maltraité, miséreux et négligé, qui dans sa soif éperdue de reconnaissance, ne trouvera sur son chemin qu'une seule main tendue, celle qui le mènera au crime, sans possibilité de retour...

Très bien mené, "Vendetta" est un récit passionnant. Roger Jon Ellory le mène tambour battant, ses personnages -même secondaires- sont très bien construits, et le final est à l'avenant du reste, très réussi (et surprenant)...

>> Un autre titre pour découvrir Roger Jon Ellory :
"Seul le silence".

Commentaires

  1. Je te lis depuis mon lieu de vacances, et je me rends compte tout à coup que c'est la première année depuis 3 nas que je pars sans un Ellory à me mettre sous la dent... (ceci dit, je ne suis pas démunie : deux cartons de livres...).

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    1. Deux cartons !!? Tu escomptais un temps si pluvieux que ça ? Bon, j'espère que tu y as trouvé quelques pépites à nous soumettre, en tous cas !
      Et bon courage pour la reprise, si ce n'est pas encore fait...

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  2. Un livre culte dans mon petit Panthéon personnel. Son meilleur (je n'ai lu que ceux traduits en français).

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    1. J'avais bien aimé aussi Seul le silence. J'ai trouvé les 2 si différents que je serais bien en peine de dire si j'ai préféré l'un à l'autre.
      J'en lirai probablement d'autres mais pas tout de suite..

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  3. Le récit d'Ernesto est ce que j'ai préféré, sauf que au bout d'un moment, mon incapacité à lâcher ce roman m'a fait me suspecter moi-même de complaisance pour la "beauté du crime", ce qui n'enlève rien, et peut-être même ajoute, à la qualité de l'écriture. Il y a des descentes en enfer magistrales, et ce vernis de normalité que se construit Ernesto me fait aussi penser à ce qui pourrait être l'envers du décor de "La malédiction d'Egdar"
    Un bon noir, en tout cas, pour moi aussi, un des meilleurs de cet auteur dans ce que j'ai lu de lui pour le moment (comme Voyelle et consonne, que les titres traduits).

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    1. Tu as raison, et c'est ce qui fait en partie la force de ce roman, que de nous donner presque envie de plaider la cause d'Ernesto... qui est un personnage vraiment intéressant.

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  4. Bonjour,
    Je n'ai lu qu'un seul roman d'Ellory (Les Anonymes) mais je compte bien récidiver !!

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    1. Bonjour Esperluette,

      Je n'en ai lu que deux mais je te les conseille, sachant qu'ils sont sont assez différents.
      J'aurais peut-être une légère préférence pour Seul le silence, plus original.

      Bonne soirée.

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  5. Moi, j'ai pas été emballé du tout par ces histoires de mafieux. Après "Seul le silence" ça a été une belle déception pour moi. Le sujet sans doute (j'aime pas les histoire de mafieux)et surtout cette complaisance de l'Ernesto qui inflige le récit de ses crimes au pauvre Ray et qui vient pleurer quand la même chose lui arrive. J'ai pas du tout adhéré. http://ray-pedoussaut.fr/?p=455

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  6. Personnellement, je ne suis pas fan non plus des histoires de mafieux, mais "Vendetta" n'est pas que ça, justement. J'ai vraiment accroché à l'histoire d'Ernesto, et j'ai trouvé l'intrigue très efficace. J'en garderai le souvenir d'une lecture fort plaisante.
    Mais je comprends que les lecteurs de "Seul le silence", (avec son atmosphère, son rythme si particuliers), puissent être déçus par "Vendetta". Ils sont d'une veine complètement différente.

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