"Un homme" - Philip Roth

"Mais combien de temps l'homme peut-il passer à se rappeler le meilleur de l'enfance? Et s'il profitait du meilleur de la vieillesse? A moins que le meilleur de la vieillesse ne soit justement cette nostalgie du meilleur de l'enfance..."

C'est donc l'histoire d'un homme, un homme comme les autres, sans signe distinctif particulier, qui n'a connu ni plus ni moins que le lot de joies et de malheurs qui échoient à tout un chacun...
Il a été marié trois fois, et a eu trois enfants : deux fils avec lesquels il ne s'est jamais vraiment entendu, et une fille, qu'il adore, et dont il se sent très proche. Il est grand-père, aussi.
Au moment de sa retraite, après une carrière réussie dans la publicité, il a quitté New York pour la tranquillité d'une résidence pour personnes âgées du New Jersey. Il a décidé alors de renouer avec sa passion pour le dessin.

Le bilan, à l'issue de cette existence banale, est amer : alors quoi ? C'est tout ? Que reste-t-il des élans de jeunesse, de ce que l'on croit avoir construit avec l'illusion que cela avait un sens ?
Avec l'âge, la solitude prend peu à peu toute la place, le monde semble se taire progressivement autour de soi, les souvenirs deviennent de plus en plus envahissants, et ce satané corps est là pour vous rappeler incessamment votre piètre condition d'être destiné, quoi qu'il advienne, à finir en poussière...
La maladie, les défaillances physiques, trahissent les désirs que vous éprouvez encore, comme celui de suivre cette jeune fille qui court, de lui proposer un rendez-vous... La vieillesse est ainsi une frustration permanente, un sentiment d'impuissance désabusée...

"Un homme" est un récit d'une parfaite simplicité. Parfaite parce qu'en peu de mots, tout est dit, avec justesse et sans pathos. Le destin de cet homme pourrait être le nôtre, peu importe si ce qu'il a vécu est aux antipodes de notre existence : ce qui importe ici est l'évocation du ressenti du héros face aux aléas du temps qui passe, la transcription des réflexions qu'éveillent en lui la disparition progressive des proches, la diminution physique, l'espèce de distance qui semble s'interposer de plus en plus entre lui et la réalité qui l'entoure. 

Philip Roth parvient à doter son texte d'une portée à la fois individuelle et universelle : chacun reconnaîtra, dans le récit d'"Un homme", l'inévitable issue de sa propre existence. 


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Commentaires

  1. C'est marrant, c'est pile le livre que je vais commencer de lire demain. Je ne lirai donc ta chronique qu'ensuite pour ne pas être influencé!

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  2. Voilà, c'est fait, je l'ai désormais lu.
    Je ne suis absolument pas objectif concernant Philip Roth, puisque je considère qu'un "petit" Roth vaudra toujours mieux qu'un "grand" n'importe qui d'autre. Mais là, nous sommes en présence d'un très grand roman de cet auteur. Les thèmes abordés sont certes maintes et maintes fois relus chez Roth (la vieillesse, la maladie, le désir, le désenchantement, la mort...), mais avec une économie de mots, il parvient à nous toucher au plus profond. La mélancolie qui traverse ce récit est palpable derrière chaque mot, chaque silence. C'est beau, c'est magnifique, c'est bouleversant, et tu as raison, la portée d'"Un homme" est universelle.
    Dans l'excellent "Carnet de route" où François Busnel le rencontrait, Philip Roth disait: "la littérature ne peut pas grand chose, et pourtant elle est d'une importance considérable". Effectivement, la littérature de Philip Roth est vraiment d'une importance considérable.
    Merci d'avoir mis l'accent sur ce chef d'œuvre, en espérant que tu auras donné envie à d'autres de le lire.

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    1. Merci à toi pour ce très chouette commentaire, auquel je souscris totalement !
      Je vois que cette lecture a suscité chez toi et moi les mêmes réactions...

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