"Ce que je sais de Vera Candida" - Véronique Ovaldé

Quand l'écrivain fait son job...

Prêter des livres est un art délicat, dont la principale difficulté consiste à choisir le bon titre en fonction de l'emprunteur.

Pour les lecteurs qui nous ressemblent, c'est facile. Mais mon entourage compte peu de ces livrovores qui comme moi peuvent indifféremment dévorer romans ou nouvelles, polars ou récits de science-fiction, textes glauques ou drôles, tristes ou romanesques. La plupart des lecteurs que je connais ont une nette préférence pour un genre en particulier, et les rares fois où j'ai tenté de les initier à une autre forme de littérature n'ont pas été vraiment concluantes.
Je ne prêterai donc plus "Marelle" à un fan de Coben, et éviterai dorénavant de faire lire Peace à quelqu'un qui a pour lire de chevet le dernier Barbara Constantine...

Là où cela devient vraiment périlleux, c'est lorsque j'ai affaire à l'un de ces lecteurs occasionnels, qui voient dans la lecture une distraction qui ne doit pas nécessiter trop d'efforts.
Je pourrais choisir la facilité, et leur conseiller d'acheter le dernier titre de X... ou de Y...*, mais je pars du principe que la littérature, si elle peut être ludique, doit rester de qualité, et que quitte à se distraire, autant le faire avec un roman bien écrit...

J'essaie alors de trouver une histoire assez romanesque pour éviter l'ennui, mais pas trop compliquée...
... un sujet qui sorte assez de l'ordinaire pour que ma "victime" ait le le sentiment d'avoir découvert quelque chose d'inhabituel, sans que cela lui paraisse trop farfelu...
... avec des personnages attachants, mais pas trop ordinaires...
... avec une écriture simple, mais pas simpliste.

La prochaine fois que je devrai prêter un roman à ce type de lecteur, sans doute opterai-je pour "Ce que je sais de Vera Candida", de Véronique Ovaldé.

Ça se lit presque sans y penser, au fil du style tout en fluidité de l'auteure. Ses héroïnes ont juste ce qu'il faut d'originalité, et son histoire juste ce qu'il faut de drame et de rebondissements. On y assiste enfin à quelques manifestations du surnaturel, mais pas suffisamment pour décourager les éventuels adeptes du crédible et du terre-à-terre...

Il m'a personnellement manqué, en revanche, un peu de cette acidité qui m'avait conquise dans "Les hommes en général me plaisent beaucoup" ou "Déloger l'animal", cette cruauté qui arrive en douce et vous prend par surprise...
Dans "Vera Candida" aussi, il y a bien de la cruauté, puisqu'il y est question de la façon dont les hommes profitent de la faiblesse des femmes, de la solitude -et parfois le mépris- subis par celles qui revendiquent, envers et contre tout, leur indépendance. Mais j'ai trouvé qu'elle n'y était pas traitée de la même façon que dans les précédents romans de l'auteure, qu'elle était presque accessoire, servant de faire-valoir à l'aspect romanesque du récit. Ce qui, ici, est mis en avant, c'est la façon dont les héroïnes prennent leur destin en main. Plutôt que de disséquer la profondeur de leurs blessures, ou d'en analyser leurs conséquences, Véronique Ovaldé préfère s'attarder sur la relation d'actes et d'événements.

Une lecture agréable, donc, et un titre de plus à ranger sur mon étagère de "livres à prêter à ceux qui considèrent que lire ne doit pas demander d'efforts"...

J'ai eu le plaisir de faire cette lecture en commun avec PRALINE : son avis est ICI.

>> D'autres titres pour découvrir Véronique Ovaldé :
*Et mon cœur transparent
*Les hommes en général me plaisent beaucoup
*Déloger l'animal 

*Je laisse à chacun le soin de compléter avec les noms qui lui semblent les plus appropriés...

Commentaires

  1. J'aime beaucoup Véronique Ovaldé, elle ne m'a déçue qu'une seule fois avec son roman Et mon cœur transparent, tant je suis complètement passée à côté. Pour les autres, le charme a toujours opéré.

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    1. "Et mon cœur transparent" est le premier titre que j'ai lu de cet auteure, et sur le moment, je l'ai bien aimé. Mais c'est vrai qu'après en avoir lu d'autres, je le trouve bien en-dessous d'un "Déloger l'animal", par exemple...
      Je lirai sans doute d'autres titres de cette auteure, car comme tu le dis, son écriture dégage un charme qui rend la lecture très agréable..

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  2. "Ce que je sais de Véra Candida" est le premier livre de cette auteure que j'ai lu, j'avais bien aimé, justement, cet aspect romanesque que tu soulignes, c'est une lecture qui coule sans accrocs ... J'ai ensuite été un peu déçue par d'autres romans, sauf "La grâce des brigand", d'une légèreté assumée. Je ne connais pas "Déloger l'animal" qui a l'air plus grave, je note pour voir un autre registre de Véronique Ovaldé.

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    1. ...et "Les hommes en général me plaisent beaucoup" est très bien aussi.
      De mon côté, je lirai sans doute "La grâce des brigands" (je suis allée lire ton avis).

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  3. Zut alors, j'ai l'impression que mon commentaire de mardi n'a pas été enregistré... J'ai été ravie de cette LC malgré la légère déception liée au roman. Y-a-t-il un livre de cet auteur qui vaille réellement le détour ? Lequel conseillerais-tu ?

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    1. Comme je l'écris dans mon billet, j'ai préféré à ce titre "Déloger l'animal" "Et les hommes en général me plaisent beaucoup". Je trouve que l'auteure y manie un ton très particulier, aigre doux, qui confère à ces romans une certaine originalité.
      Beaucoup de lecteurs ont apparemment aimé "La grâce des brigands", que je n'ai personnellement pas lu, mais je le ferai probablement..
      Et comme je l'ai indiqué sur ton blog, j'ai été moi aussi ravie de cette LC. On remet ça quand tu veux !

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