"Mudwoman" - Joyce Carol Oates

"On ne peut jamais prévoir la fin à la lumière du commencement".

"Mudwoman" débute sous des auspices on ne peut plus sordides, au cœur d'un paysage de désolation, humide, brumeux et déserté, entre marais et décharge sauvage. Une mère tente de noyer sa petite fille dans la boue, l'y laisse pour morte. Le récit lui-même est chaotique, suinte la démence et la malfaisance.

Quarante ans plus tard... nous retrouvons la petite fille, désormais présidente d'une université. M.R. Neukirchen est une femme brillante, charismatique, qui inspire à la fois respect et bienveillance. L'écriture se fait plus linéaire, plus "banale", en quelque sorte, pour exposer la réussite de la miraculée.

Au fil d'allers-retours entre passé et présent, l'auteure reconstitue le parcours de l'héroïne, sauvée, hébergée par une famille d'accueil puis adoptée. Son existence d'adulte, si elle est intellectuellement gratifiante, est marquée par la solitude. Nous apprenons par bribes que M.R. s'est éloignée de ses parents adoptifs, qu'elle a un amant qui, pris entre sa très prenante carrière d'astronome et une vie de couple compliquée, a peu de temps à lui consacrer. Elle n'a par ailleurs aucun véritable ami, et a parfois du mal, en tant que femme et en tant que progressiste, à s'imposer dans un milieu majoritairement masculin et conservateur.

Mais peu importe, c'est sur la blessure secrète du personnage principal qu'est centré le récit, cette béance latente qui peu à peu colonise ses pensées, la laisse en proie à des hallucinations qui s'apparentent à des cauchemars. Rattrapée par ses démons, M.R. Neuckirchen sombre dans une folie qui se manifeste de manière sporadique, la perd dans des absences dont elle émerge sans savoir ce qu'elle a réellement vécue ou... imaginé.

J'aime bien Joyce Carol Oates, que son obsession pour les failles cachées des individus amène à brosser des portraits émouvants, et souvent violents, de ses personnages.
Mais je trouve aussi que parfois, son style dessert son propos. Et cela a été le cas avec "Mudwoman". Malgré quelques beaux passages, l'impression que je retire de l'ensemble du roman, c'est une sorte de lourdeur stylistique qui se manifeste de diverses manières.
L'auteure se montre trop insistante sur certains éléments, de façon même irrespectueuse pour le lecteur, comme si elle le considérait incapable de comprendre la subtilité, et se sentait obligée de lui mettre les points sur les "i". A chaque fois, par exemple, qu'elle évoque l'amant de M.R, elle le qualifie, entre parenthèses, de "secret", tic qui devient vite agaçant. Par ailleurs, des répétitions, et certaines longueurs, rendent le texte bavard, et l'intrigue y perd en efficacité, amenuisant l'intérêt du lecteur.

J'aurais aimé, pour résumer, que l'auteure traite son sujet avec davantage de subtilité...

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Commentaires

  1. Dommage en effet. J'ai entendu il y a peu quelqu'un qui disait que c'était parmi ses livres préférés de JCO. J'ai toujours "Blonde" dans ma PAL et son dernier opus traduit relève d'un gothique qui me plait...

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    1. Oh, mais c'est un titre qui a beaucoup plu. Personnellement je pense l'auteure capable de mieux...
      On a tout, ici, pour faire un excellent roman (les personnages, le contexte..) mais le style est à mon sens trop inégal pour être à la hauteur.

      Je n'ai pas lu Blonde, mais j'y viendrai peut-être un jour, il paraît qu'il est très bon.

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  2. Bon, moi aussi, je sors d'un Oates décevant, "Zombi", le seul avantage est qu'il est très court ... En même temps, dommage, car ce titre-là me disait bien, parce que j'aime bien l'atmosphère de cette auteure. J'y retournerai, peut-être avec "Blonde", ou "Bellefleur" ?
    Avec tout cela, je n'ai toujours pas découvert où tu as passé tes vacances : j'ai lorgné du côté de l'île de Ré, mais ce phare à bout rouge, je ne l'y vois pas ....
    Et une prochaine lecture commune ? (tu es déjà bien sollicitée, il va falloir que je me place ...)

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    1. J'ai mis hier la réponse à l'énigme dans les commentaires qui s'y rapportent..
      En fait, on est entre la Bretagne et l'île de Ré : il s'agit de l'île d'Yeu ! Une très chouette découverte, on s'y croirait en effet en Bretagne.
      Du coup, j'y écrivais aussi que concernant une prochaine LC, j'ai toujours un Banks dans ma PAL : Continents à la dérive. Et un nouveau titre de Chirbes vient de paraître (mais tu préfères peut-être attendre sa sortie en poche).
      Dans tous les cas, je trouverai toujours un créneau pour une LC avec toi !

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  3. Oates fait partie de mes grandes attentes littéraires. Je ne l'ai lue qu'une fois (et sans révélation) mais je sens qu'il y a dans ses titres des découvertes à faire. Lequel me conseillerais-tu pour ne pas me tromper ?

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    1. Parmi mes préférés : Les chutes, La fille tatouée, Fille noire fille blanche.
      Et sans doute tout un tas d'autres titres que je n'ai pas lus, la dame a une impressionnante bibliographie (qui propose à mon avis du bon -voire de l'excellent- comme du médiocre...).

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