"Papillon de nuit" - R.J. Ellory

Une autre Amérique...

Daniel Ford attend son exécution dans le couloir de la mort. Il a été condamné, douze années auparavant, pour le meurtre de son ami Nathan Verney.
Il revient sur les événements qui ont mené à son arrestation, remontant jusqu'à ses souvenirs d'enfance en Caroline du Sud, souvenirs inextricablement liés à l'amitié indéfectible qui l'unit à Nathan dès le jour de leur rencontre, marquée par le partage d'un sandwich au jambon.

Voilà pour la construction, qui oscille entre passé et présent, le récit alternant entre flash-backs et relation d'un quotidien pénitentiaire habité de désespoir résigné.

Mais là n'est pas son seul -ni son principal- intérêt. A travers l'histoire de la relation qu'entretinrent Daniel et Nathan qui, il est important de le préciser, était noir, R.J Ellory brosse un panorama de l'Amérique des sixties bien loin des images acidulées des "Happy Days"...

Une Amérique plombée par le non-sens du conflit au Viet Nam, boucherie qui engloutit, la marquant à jamais, toute une génération. Une Amérique gangrenée par une ségrégation séculaire, et secouée par les violences liées au développement du mouvement civique. Une Amérique traumatisée par l'assassinat des Kennedy et de Martin Luther King, sapée par une inattaquable corruption de haut vol...

Autour de nos jeunes héros, le monde bouillonne. Rattrapés par l'Histoire, ils vacillent entre l'insouciance de leur jeunesse et le poids de la tragédie et de la mort qui semblent rôder autour d'eux. C'est d'ailleurs avec un ton empreint d'une intense gravité que Daniel évoque ce passé qui l'a précipité dans un âge adulte synonyme de souffrance et de malheur. 

La justesse avec laquelle l'auteur donne la parole à son narrateur donne l'impression non de le lire mais de l'écouter tandis qu'il nous raconte son histoire, sa voix nous trottant dans la tête même une fois le livre refermé.

Portrait d'une Amérique anxiogène et malfaisante, "Papillon de nuit" est un roman au suspense maîtrisé qui porte l'empreinte omniprésente d'une menace sous-jacente, de l'imminence d'un drame à venir. Et il est en même temps baigné d'un sentiment de nostalgie grave et amère, qui n'est pas sans évoquer l'atmosphère de "Seul le silence". Certes moins dense que ce dernier, le premier titre de R.J Ellory n'en est pas moins un récit intelligent et prenant.

>> L'avis de Voyelle et Consonne.

>> D'autres titres pour découvrir R.J. Ellory :


Une coïncidence a voulu que je lise ce titre pendant "Le mois Ellory", organisé par Léa Touch Book : plus de détails ICI.

Commentaires

  1. J'hésitais un peu sur ce titre, après avoir été déçue par le trop conventionnel " les neufs cercles", ( et puis, "Mauvaise étoile" est sur mon étagère depuis au loins deux, trois ans ?), je me disais que cela sentait un peu le coup éditorial. Mais finalement, la curiosité va maintenant l'emporter !

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    1. "Seul le silence" est tout de même meilleur, mais oui, c'est une bonne surprise, et un titre différent de ses "polars" de facture plus classique...

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  2. Une très belle chronique pour un très bon roman :)

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    1. Oui, c'est en effet un très bon roman, bien qu'il s'agisse du premier titre de son auteur...

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