"Gaz moutarde" - Viktor Chklovski et Vsevolod Ivanov

Déception gustative...

La littérature, c'est un peu comme la cuisine.

Grande gastronomie, plats roboratifs et familiaux, petit en-cas sans prétention mais réconfortants... il y en a pour tous les goûts.

Et à quoi tient la réussite d'un roman ? Comme celle d'un mets, on pourrait prétendre que c'est une question d'ingrédients, de dosage, de temps de cuisson, mais ce qui, au final, fera la différence, c'est l'art du chef, sa capacité à lier l'ensemble, à la marquer de son empreinte, à se montrer à la fois inventif et cohérent...

"Gaz moutarde" est le résultat d'un travail à quatre mains. Ecrit en 1929, ce roman russe sous-titré "d'aventures" et d'abord inédit en France est récemment paru aux Editions Le Temps des cerises.

Viktor Chklovski et Vsevolod Ivanov ont su réunir des ingrédients goûteux, propres à émoustiller les papilles, soit...

... une galerie de personnages improbables et hauts en couleurs : un noir qui ne dort jamais, cumulant ainsi les emplois de majordome, barman et danseur de claquettes, un matelot russe désinvolte et rebelle reconverti dans l'espionnage, inséparable d'un ours prénommé Rocambole, un représentant en peigne allemand dont la ressemblance avec son cousin va lui causer d'épiques mésaventures, le dit cousin ayant été reconverti en dieu médiatique par un lobby américain...
... une bonne dose d'humour décalé, porté par une intrigue parodique oscillant entre farce et roman d'anticipation...
... une succession d'aventures cocasses sur fond de révolution et de guerre chimique, d'endoctrinement des masses...

Malheureusement, l'impression que je retire de l'ensemble est celle d'un cruel manque de liant... comme si Viktor Chklovski et Vsevolod Ivanov avaient éprouvé des difficultés à se répartir intelligemment les étapes de la recette, le résultat manquant d'homogénéité. 

L'entrée dans le récit est d'ailleurs assez déstabilisante : l'intrigue passe du coq à l’âne, est émaillée de digressions dont on ne comprend pas toujours l'utilité. Du coup, toutes les qualités dont pourrait se prévaloir "Gaz moutarde" se noient dans l'opaque bouillon de son synopsis. J'ai eu le sentiment de passer davantage de temps à essayer de maintenir un semblant d'intérêt qu'à profiter de son ton burlesque et des péripéties de ses héros.

Et puis, je ne sais si cela est dû à traduction, mais certaines maladresses d'expression m'ont parfois fait tiquer...

Dommage...

Commentaires

  1. Merci du "pas conseil", parce que j'adore la couverture, elle aurait pu me faire craquer !

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    1. C'est en partie ce qui m'a emballée, avec sa 4e de couverture qui promettait monts et merveilles, et l'article que m'en a fait la représentante de la maison d'édition qui me l'a vendu lors d'un salon du livre...

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