"Hier" - Agota Kristof

Hier tout était plus beau
la musique dans les arbres
le vent dans mes cheveux
et dans tes mains tendues
le soleil.

Agota Kristof est une romancière de la brièveté. A l'instar des volumes de sa "trilogie des jumeaux", "Hier" est un récit court, servi par une écriture tirée au cordeau. L'économie de mots, le laconisme du narrateur, confèrent au texte une certaine sécheresse qui peut mettre mal à l'aise, d'autant plus qu'elle est associée à un propos glauque et anxiogène.

Le héros lui-même apparaît rapidement comme un individu étrange, presque effrayant. Exprimant une profonde détresse sur un ton curieusement atone, en une succession de phrases souvent brèves, qui impriment au roman un rythme saccadé, et donne aux événements décrits une dimension irrémédiable.

Les indications relatives au lieu, à l'époque, restent vagues, ajoutant à la sensation de malaise que suscite par moments la lecture. On comprend que l'action se déroule dans une ville de taille moyenne, d'un pays d'Europe. Sandor Lester, le narrateur, y vit depuis son adolescence, et qu'il s'est enfui de son pays natal pour d'obscures raisons que dévoile l'évocation de ses souvenirs. Il vit seul, exerce à l'usine un travail abêtissant, répétitif, qu'il ne supporte plus. Chaque samedi, il dîne chez Yolande, sa maîtresse, avec laquelle il entretient une relation qui s'apparente davantage à une pratique hygiénique qu'au résultat d'une réelle affection. Car Sandor est obsédé par l'idée de l'unique femme de sa vie, créature qu'il prénomme Line, dont on ignore dans un premier temps si elle est réelle, ou le fruit d'une imagination parfois à la limite de la démence...

Si le style elliptique, rugueux, "d'Hier" peut heurter, il en émane aussi une surprenante poésie, sombre et mélancolique. La mensonges et les délires de Sandor, ses espoirs et ses découragements, expriment avec une intensité peu commune la détresse provoquée par l'exil, la solitude, l'oubli des siens.

Agota Kristof fait de cette triste histoire un conte à l'ambiance bien particulière, dont elle parvient en un laps de temps très court à marquer profondément le lecteur...

Commentaires

  1. J'avais déjà acheté un livre de cette romancière (je ne me rappelle même plus le titre) et après 3 pages j'avais arrêté ma lecture. Trop simpliste selon moi, j'avais l'impression de lire un roman écrit par un ado de 15 ans. Aucun style aussi, aucun talent (selon mes goûts bien sûr). Pourtant j'adore la littérature de son coin de pays, mais ceci dit, 3 pages c'est pas beaucoup pour s'en faire une idée. ;-))

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    1. Je comprends ce que tu veux dire, parce qu'au début de cette lecture, j'ai un peu ressenti la même chose, je mes suis presque sentie agacée par la simplicité de l'écriture... et puis, quelque chose a opéré, assez vite (et heureusement, vu la brièveté du texte), une sorte d'intérêt, de curiosité qui s'éveille, et une émotion qui se détache peu à peu de cette écriture sèche... mais c'est vrai que pour ça, il faut dépasser les 3 premières pages !!
      Ceci dit, je ne suis pas convaincue que Kristof te plaise, même avec un roman entier...

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  2. J'avais tellement aimé la trilogie qu'il faut que je relise cette auteure.

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    1. Si tu as aimé la trilogie,celui-là devrait te plaire, on y retrouve le style de l'auteur, cette écriture sèche et énigmatique. En revanche, ce titre peut laisser un goût de "trop peu"...

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  3. J'ai bien peur qu' "Hier" ne soit trop proche de la trilogie... que j'ai détestée... Heu... je n'ai même pas lu les trois, j'ai lu le premier tome et j'ai vraiment détesté. Style, thème, prétexte...
    Dommage, car je suis consciente qu'il y a des vertus littéraires à ce qui m'a déplu.

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    1. Le style d'Agota Kristof est en effet particulier, et je peux comprendre qu'on n'y accroche pas. Si en effet, tu n'as pas aimé la trilogie, je ne te conseillerais pas celui-là...

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