"L'incendie" - Tarjei Vesaas

"Le feu dans un seul coeur suffit à illuminer la forêt".

Jon est nouveau venu dans un "ici" étrange, dont les règles paraissent bien difficiles à appréhender. Le téléphone installé dans sa chambre ayant finalement, conformément à ses craintes, sonné, et fait entendre l'énigmatique phrase d'un inconnu, il se décide à mettre le nez dehors...

Il y fait une succession de rencontres surprenantes, abordé par des personnages qui semblent attendre de lui quelque chose d'imprécis mais de pressant. Une jeune fille l'entraîne d'abord dans une marche vaguement angoissante qu'elle interrompt brutalement, avant de laisser la place à un enfant qui l'emmène au coeur de la forêt pour assister au désespérant spectacle de son père qui, inlassablement, nuit et jour, y scie du bois... une femme insiste ensuite pour qu'il la suive jusqu'à une scène particulièrement macabre qu'elle doit absolument, selon ses dires, "montrer à quelqu'un".

Bien que leurs motivations restent énigmatiques, ces individus agissent avec une assurance hâtive, parfois même agressive, leurs regards vifs et brûlants ne se posant que rarement sur Jon lui-même. Ils donnent l'impression de participer à un ballet dont eux seuls maîtrisent les codes, mais dont ils sont aussi prisonniers, comme pris d'un envoûtement qui les épouvantent, mais auquel ils se soumettent aveuglément, puisqu'ils ne peuvent s'en défaire.

Jon se laisse entraîner comme dans un rêve, avec un sentiment d'évidence prudente et une passivité qu'il trouble parfois d'un semblant de révolte. Lui qui ignore les lois de cet univers à la substance incertaine, est poussé dans une errance où le caractère même de sa propre réalité semble remis en doute, son incapacité à y trouver sa place l'empêchant de se définir comme un individu à part entière.

Ses tribulations insensées ont pour écrin une nature tantôt piégeuse, tantôt accueillante et réconfortante, mais toujours prégnante. La beauté y côtoie l'horreur, à l'instar des scènes auxquelles assiste le héros qui, pour ne pas perdre pied face à la violence et la souffrance tacitement exprimées par ses laconiques interlocuteurs, se raccroche à la moindre manifestation de douceur ou de joie qui jalonne -bien que rarement- son périple.

La dimension sans doute très symbolique du texte -restée pour moi obscure- m'a empêchée de m'y immerger vraiment. Mais le charme de son écriture poétique, très évocatrice, et de sa ténébreuse poésie a malgré tout opéré, et m'a permis de passer un moment singulier mais agréable...


Commentaires

  1. Merci d'attirer mon attention sur ce livre, les lectures singulières, j'aime beaucoup, et je garde un très bon souvenir du Palais de glace

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    1. Oh oui, c'est un roman très singulier, qui nous plonge dans une atmosphère très étrange, énigmatique, et inquiétante.
      J'espère qu'il te plaira.

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  2. J e n'ai pas lu ce livre mais le palais de glace, la barque le soir et des poésies. Quelle écriture cet écrivain! On plonge dans la poésie et l'obscurité, on ne peut tout comprendre et pourtant on se laisse envoûter.
    J'aime beaucoup aussi un autre écrivain norvégien, Jon Fosse.

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    1. Oui, c'est tout à fait ça : il faut accepter de se laisser emmener sans forcément avoir toutes les réponses aux énigmes posées au fil de la lecture..

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