"Sarajevo omnibus" - Velibor Čolić

"Un homme sans moustache est comme une femme avec".

Velibor Čolić dresse avec "Sarajevo omnibus" un portrait de la capitale bosniaque par le truchement d'événements qui ont marqué son histoire, l'évocation de certaines de ses figures célèbres ou d'anonymes qui ont participé, en tant qu'acteurs ou spectateurs, à ses tressaillements, ses moments forts.

Utilisant comme point central de son récit l'assassinat de l'archiduc austro-hongrois Ferdinand par un nationaliste serbe, il nous livre un kaléidoscope coloré, vivant, dont les circonvolutions nous ramènent parfois à un même épisode abordé sous un angle différent, ou à un même héros qui resurgit, tel un clin d’œil facétieux, d'une anecdote à l'autre.

L'auteur aborde son texte avec l'évidente intention de ne pas se prendre au sérieux, le truffant de citations souvent issues de la sagesse populaire, d'aphorismes irrévérencieux, avec une gouaille qui n'exclut jamais l'élégance du style. Avec pour résultat cette impression d'un récit qui virevolte, dans un audacieux brassage de tragique, de fantasque et de burlesque, l'Histoire devenant une savante osmose de légendes et d'événements réels.

C'est un peu foutraque, le sentiment qui domine au départ c'est que ça part dans tous les sens, l'auteur nous emmenant dans une sarabande qui nous rend amnésique des détails évoqués quelques pages plus tôt. Mais au final, cela donne une mosaïque que Velibor Čolić a sans doute voulu à l'image de cette ville multiculturelle, et au-delà de Sarajevo, d'un pays que la mouvance de ses frontières a rendu presque irréel, qui a connu les fastes comme la déchéance, la résurrection et l'humiliation, Babel peuplée de philosophes taquins et de rebelles grandiloquents, creuset d'un drôle de mélange "orientoccidental"...

Peut-être n'est-ce pas très réaliste... mais l'âme d'une ville, d'un pays, n'est-elle pas tout autant constituée de la façon dont ses natifs et ses habitants les perçoivent, que d'une réalité historique subjectivement transmise par des récits d'archives ?

Et puis quelle importance après tout ?... le roman de Velibor Čolić est vif, subtil, absolument réjouissant, et c'est tout ce qui compte !

>> L'avis bien plus détaillé d'Athalie

>> Un autre titre pour découvrir Velibor Čolić :
Ederlezi

Commentaires

  1. Plus détaillé tu trouves !!!! Moi, je dis que c'est l'inverse !!!! je suis ravie de lire tes mots sur ce livre, tu en donnes parfaitement l’atmosphère virevoltante et rien que la citation que tu as choisies me fait rire, c'est vraiment du Vélibor, ça ! le suivant est tout à fait dans la même veine, et j'ai sous le coude son dernier, "Manuel d'exil", que je me garde pour la bonne bouche, car il est très court et j'ai bien peur de n'en faire qu'une bouchée !

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    1. Si, tu parles davantage des personnages, des événements... Et comme dans Ederlezi, ce que j'ai aimé dans ce titre, c'est en en effet son humour, et son rythme enlevé..

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  2. Mince, j'avais oublié que tu avais déjà lu Ederlezi ... Il te reste Jésus et Tito, alors pour le côté lumineux de l'oeuvre de cet écrivain !

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    1. J'avais déjà noté Jésus et Tito suite à ton article.

      Au fait, rien à voir, mais as-tu reçu mon mail, en réponse du tien, où je t'informe que je suis partante pour la LC du Winslow ? Fin octobre, cela te convient ?

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