"Oreiller d'herbes" - Natsumé Sôseki

"Le poète a le devoir de disséquer lui-même son propre cadavre et de rendre publics les résultats de son autopsie".

L'activité organisée par Pativore autour de Natsume Sôseki à l'occasion du "cent-cinquantenaire" de sa naissance, m'a permis de découvrir un auteur qui m'était jusqu'alors totalement inconnu. Et c'est très bien, parce qu'hormis Haruki Murakami, vers lequel je retourne régulièrement, mes incursions dans la littérature japonaise sont rares.

"Oreiller d'herbes" nous emmène à la suite de son narrateur dans une auberge de montagne, où il se retire pour oublier la vulgarité du monde, et trouver, loin de l'agitation urbaine, l'inspiration. Car ce narrateur est un artiste, plus précisément un peintre, qui ne dédaigne pas par ailleurs l'art du haïku.

Lors de sa première nuit à l'auberge, l'apparition mystérieuse, entre les arbres du jardin, d'une silhouette féminine qu'il croit entendre fredonner, le plonge dans des rêveries poétiques. L'ombre nocturne est celle de la fille des propriétaires des lieux, que d'aucuns disent folle, revenu vivre à Nakoi après son divorce...

L'approche de l'art du personnage principal s'inscrit dans la continuité d'une philosophie qu'il considère comme typiquement orientale, consistant à s'imprégner de l'environnement avec détachement, à éliminer du regard qu'il porte sur le monde -et notamment sur le milieu naturel- toute dimension émotionnelle, sans chercher à tirer du sujet de cette observation quelque profit que ce soit. Il fait ainsi l'éloge de la contemplation, et d'une forme d'impassibilité qui, en annihilant toute passion, épargne à l'individu toute sensation trop puissante susceptible d'engendrer la souffrance. A la recherche à la fois de paix et d'un raffinement éthéré dans l'accomplissement de son art, il pressent qu'il ne pourra atteindre ces objectifs que par cette distanciation.

Si le récit est ponctué de dialogues et de rencontres entre le héros et ceux qu'ils croisent parfois lors de ses pérégrinations, je retire "d'Oreiller d'herbes" une sensation assez confuse liée à ses épisodes contemplatifs, à la manière dont le narrateur semble vouloir transcender l'essence de toute chose -la couleur d'une assiette ou d'un mets, le reflet d'un clair de lune- qui lui inspire une vision esthétique dont il tente de transcrire toute la pureté...

En l'accompagnant dans son cheminement créateur, le lecteur éprouve ainsi le sentiment d'osciller entre songe et réalité. Après un début de lecture, je dois l'avouer, un peu laborieux, je me suis laissée prendre au charme apaisant de ce curieux roman.

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Commentaires

  1. Je n'ai pas lu celui-là, mais j'adore cet écrivain japonais, c'est l'un de mes préférés… (Goran : http://deslivresetdesfilms.com) J'oublie à chaque fois, désolé de commenter en tant qu'anonyme, mais mon pseudo Wordpress n'est pas reconnu… Bon week-end.

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    1. C'était mon 1er titre de cet auteur. Peut-être y reviendrais-je dans quelques temps (j'irai dans ce cas lire tes notes à son sujet, si tu as chroniqué les titres que tu as lus).
      Bon week-end à toi !

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    2. Je n'en parle malheureusement pas sur mon blog… Je l'ai lu bien avant avoir lancé ce dernier.

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  2. Si les épisodes contemplatifs sont trop nombreux, ce n'est vraiment pas pour moi.

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    1. J'ai eu peur au début, mais finalement, ils n'ont pas vraiment pesé sur ma lecture. L'intrigue est parsemée de suffisamment de dialogues et de "petits" événements pour que l'on ne s'ennuie pas, et le ton employé par l'auteur confère un charme certain à son récit.

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  3. Malgré tes quelques réserves, pour de la littérature japonaise, je suis toujours partante.

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    1. D'autant que ces réserves sont légères. Avec le recul, il me reste surtout le souvenir d'un moment agréable...

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  4. J'ai lu Botchan de Natsume Soseki il y a pas mal de temps, assez pour que je ne m'en souvienne pas en détail mais j'en garde un bon souvenir. Il faudrait que je continue à explorer son oeuvre.

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    1. Je relirai peut-être cet auteur, pourquoi pas avec Botchan, dont le titre revient souvent lorsqu'on évoque Natsumé Sôseki.

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  5. je n'en garde pas un fort souvenir mais l'atmosphère m'avait plu

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    1. J'en garderai probablement la même impression, avec le recul !

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