"Chien galeux" - Don DeLillo

Fragmentation...

J'ai entamé "Chien galeux" foncièrement consciente qu'un polar par DeLillo serait forcément imprévisible...

Et en effet, bien que ce roman s'ouvre sur un meurtre, c'est en débutant la rédaction de ce billet que je réalise qu'il n'est finalement pas vraiment résolu, mais surtout qu'il m'était complètement sorti de la tête.

Le mobile même du crime : la convoitise suscitée par une pièce de collection rare et inédite -une vidéo à caractère pornographique tournée dans le bunker berlinois où s'étaient réfugiés Hitler et sa suite-, n'est qu'un prétexte à mettre en scène les obsessions et les errements de ses personnages hétéroclites. Parmi eux, un antiquaire spécialiste des curiosités érotiques, un mercenaire en pleine quête existentielle, une journaliste de gauche au passé sulfureux, un sénateur pitoyablement pervers, une poignée de mafieux... Tous ces olibrius se croisent, se poursuivent, s'affrontent, dans un étrange jeu de pistes qui ont une fâcheuse tendance à ne mener nulle part, l'auteur les suivant rarement jusqu'au bout.

Les dialogues eux-mêmes semblent osciller entre superfluité et un sens caché qui ne nous est jamais vraiment dévoilé, comme si Don DeLillo utilisait le sous-entendu comme une fin en soi, et non comme le moyen de véhiculer son propos. A moins que cette absence de sens ne soit justement la démonstration de la vacuité de ce qui fait courir ses héros : le pouvoir, la possession, les plaisirs éphémères... Et en creusant un peu, peut-être pourrait-on voir dans le délitement de la structure du roman l'expression d'une hantise de la disparition, qui serait le moteur de cette course effrénée ?

Bon, et si j'arrêtais de couper les cheveux en quatre pour tenter de donner de l'épaisseur à un texte qui, s'il n'est pas complètement raté, ne peut qu'être considéré comme mineur dans l'oeuvre de son auteur ?

Car si le début de "Chien galeux" est prometteur par son originalité, et sa fin plutôt réussie, le manque de tenue de l'ensemble, comme constitué d'éléments tronqués, laisse un arrière-goût d'inaboutissement...


Sinon, Don DeLillo, c'est aussi :

Commentaires

  1. J'ai lu White Noise de Delillo il y a un sacré bout de temps. Dans mon souvenir, je n'avais pas détesté, voire même, j'y ai trouvé beaucoup d'intérêt, mais c'est un auteur vers lequel je n'étais pas pressée de revenir (d'ailleurs, je n'y suis toujours pas revenue, haha). Question d'affinités avec son univers et son style sûrement.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est vrai qu'il a un univers particulier, notamment dans sa façon d'exprimer le passage du temps, comme s'il l'étirait, imposant à ses intrigues et à ses personnages une sorte de lenteur dans laquelle tout se dilue. J'aime bien, en général, même si ses textes ne sont pas toujours d'un abord facile. "Outremonde" en revanche avait été un coup de cœur, un roman complexe, mais qui happe le lecteur dans ses circonvolutions, un de ces livres qui semblent exprimer quelque chose d'universel sans en avoir l'air..

      Supprimer
  2. J'ai lu il y a maintenant de nombreuses années Cosmopolis et je n'avais pas pas vraiment accroché… Je n'ai pas réussi à rentrer dans le livre et j'en ai pas essayé d'autres de l'auteur. (Goran : https://deslivresetdesfilms.com)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'avais bien aimé Cosmopolis, mais je peux comprendre que l'on ait du mal à adhérer à l'univers de Delillo...

      Supprimer
  3. Un ami me l'avait offert et fortement conseillé il y a une quinzaine d'années (période pré-blog). Je me souviens juste avoir détesté - je ne suis même pas sûre de l'avoir terminé. Résultat: je n'ai plus jamais lu de Don DeLillo.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est dommage, parce que ce titre n'est vraiment pas représentatif de son oeuvre, très diverse...

      Supprimer
  4. J'avais bien aimé L'homme qui tombe, depuis, pas lu l'auteur, je dois avoir tort!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Certains de ses titres sont excellents (enfin, moi j'aime !...).
      Je te conseillerais bien Outremonde, mais c'est un pavé. Cosmopolis est bien aussi, j'avais aimé l'intrigue original, et les questions que pose l'auteur.
      Je n'ai pas lu L'homme qui tombe, mais c'est prévu... un jour...

      Supprimer
    2. Outremonde est à la bibli, je l'ai noté, puisqu'il semble t'avoir fait si forte impression.

      Supprimer
    3. Oui, c'est à ce jour mon roman préféré de cet auteur, un récit comme je les aime, ample, multiforme..

      Supprimer

Enregistrer un commentaire