"Smile" - Roddy Doyle

"Je me sens si loin".

"Et la fin est sidérante." La livrophage
"Et quelle fin ! Je n’en dirai pas plus, évidemment, si ce n’est que je ne m’y attendais pas et que je l’ai vécue comme un uppercut bien visé. Et que j’ai encore du mal à me relever." Nyctalopes
"Il serait impardonnable d’en dire plus, mais allez-y, lisez tranquillement, profitez de cette description de l’Irlande, puis prenez-vous la claque finale." Actu du noir

... Voilà ce qui m'a décidée à me précipiter vers la librairie la plus proche, et à contrevenir à mon habituelle patience vis-à-vis d'une rentrée littéraire que j'observe de loin, attendant sagement les sorties poche des titres alors notés.

Bon, autant régler tout de suite mes comptes avec cette fin qu'il me tardait tant d'atteindre, à propos de laquelle j'ai échafaudé tellement d'hypothèses incroyables -voire carrément tordues- que, bien que ne l'ayant pas précisément devinée, je n'ai pas été vraiment surprise... Mais peu importe, cette lecture aura été l'occasion de renouer avec un auteur lu il y a bien longtemps, et ces retrouvailles ne m'ont pas déçues.

Le narrateur, Victor Forde, vient de se séparer de sa femme Rachel. Il a perdu, avec cette séparation, plus qu'une épouse. Lorsqu'il l'a rencontrée, il se considérait comme un jeune homme timide et stupide, mal dégrossi, "ne pratiquant jamais le sexe". Rachel, belle et audacieuse, fut son aubaine, le déclic qui lui a permis d'exploiter ses talents, de sortir de sa coquille. Le couple a rapidement connu la célébrité, elle en tant qu'une des premières femmes entrepreneurs devenue incontournable dans les médias, lui comme animateur d'un talk-show radiophonique réputé pour ses prises de positions provocatrices dans une nation puritaine et machiste.

Rachel a continué sur sa fulgurante lancée, et lui a fini par laissé stagner ses ambitions à l'état de projets. Est-ce ce décalage qui les a séparé ? On ne connaîtra pas vraiment les raisons de leur éloignement. Au début du récit, Victor est revenu vivre dans le quartier où il a grandi, parmi ses souvenirs d'enfance et cette Irlande ouvrière dont il est issu, plombée par la médiocrité de lendemains sans rêves, la dépression, l'alcoolisme. Réalisant sa solitude, il éprouve le besoin de retrouver sa place dans ce monde loin duquel il a dérivé, de faire partie du groupe, de renouer avec la camaraderie d'antan.

C'est en se rendant régulièrement dans le pub à côté de chez lui pour concrétiser cette résolution, qu'il rencontre Fitzpatrick. Ce dernier l'aborde en lui rappelant qu'ils ont fréquenté le même collège, -celui des Frères Chrétiens-, que Victor en pinçait pour sa sœur...  mais celui-ci ne parvient pas à remettre cet individu vulgaire et collant, qui lui inspire des sentiments ambivalents, entre répulsion et sympathie, comme s'il reconnaissait en lui un souvenir imprécis, à la fois familier et gênant.

Alternant entre un présent désenchanté, ponctué des rencontres avec ce lourd personnage, et les réminiscences d'une enfance placée sous l'égide de la brutalité tacitement admise que les enseignants de son école catholique faisaient subir à leurs élèves, le récit, empreint d'une sourde mélancolie et d'un sentiment d'oppression latent, révèle peu à peu l'ampleur du mal-être qui hante le narrateur. Roddy Doyle, maître dans l'art de la suggestion, distille lentement les indices qui nous font entrevoir une vérité que la scène finale éclaire d'une lumière crue et effroyable...

A lire, en essayant de ne pas anticiper la fin... !


Un autre titre pour découvrir Roddy Doyle : La femme qui se cognait dans les portes

Commentaires

  1. Je te lis en diagonale, ce sera mon prochain billet...

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    1. Je le lirai avec intérêt, j'espère qu'il t'a plu aussi !

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  2. Merci pour ce billet, j'attendais aussi des avis, ne sachant pas trop à quoi m'attendre, n'ayant jamais lu cet auteur.

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  3. Oh ben me voilà toute titillée maintenant ! J'adore la couverture en passant.

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    1. Oui, je la trouve moi aussi très réussie, et c'est à roman à lire, vraiment !

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  4. Cela me semble pas mal et la couverture de livre est très marquante... J'aime beaucoup. (Goran : https://deslivresetdesfilms.com)

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  5. Il a l'air très intéressant ! Quant à la fin, quand on imagine trop, on ne peut être que déçue ou, au mieux, peu surprise ! Cela m'est déjà arrivé !

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    1. En tous cas, il faut le lire, et pas que pour la fin, il est très bon dans son ensemble. J'ai surtout aimé cette atmosphère à la fois mélancolique et sourdement angoissante que parvient à installer l'auteur.

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