"La facture" - Jonas Karlsson

Le juste prix.

Quel est le prix du bonheur ?

Telle est la question à laquelle se retrouve confronté le héros de Jonas Karlsson lorsqu'il reçoit la facture d'un montant de 5 700 000 couronnes correspondant à son indice BV (Bonheur Vécu).

C'est du moins ce qu'il apprend après avoir pris cette facture pour un canular, puis finalement réussi à contacter le numéro figurant sur l'improbable quittance. Ne lisant pas le journal, ne regardant pas les informations télévisées, les débats initiés quelques mois auparavant autour du grand projet de faire payer à tous les citoyens leur accès au bonheur lui ont complètement échappé.

Et bien que que Maud, la conseillère en charge de son dossier, lui explique que le montant dont il est redevable résulte de calculs savants et exhaustifs, prenant en compte tous les paramètres concourant au bien-être de l'existence, il a du mal à admettre le niveau culminant de son propre indice... il mène en effet une vie ordinaire, que l'on pourrait même qualifier de médiocre. Travaillant à mi-temps dans un magasin de vidéos qui lui procure un maigre salaire, il vit par ailleurs seul, étant, bien que quadragénaire, célibataire et sans enfant. Il a des passe-temps simples et compte peu d'amis, tous ceux dont il a pu par le passé être proches, désormais en couple, s'étant éloignés. Roger, le seul qui lui reste, est un fieffé radin qui ne pense qu'à son propre profit. 

De quoi se sentir floué par la note plus que salée qui lui est présentée, lui qui n'a jamais rien vécu d'extraordinaire, hormis, du temps où il était étudiant, une aventure amoureuse à laquelle il pense encore souvent... Mais il a connu une enfance tranquille, il est en bonne santé, libre des contraintes inhérentes à la vie de famille, et surtout, il a une étonnante capacité à se contenter du peu qu'il possède, à tirer profit de toutes choses, y compris des plus anodines. Il n'a ni ambitions ni regrets, porté par un optimisme et une sérénité naturelle qui le préservent de tout questionnement existentiel. 

Le problème, c'est que ses faibles moyens ne lui permettent pas de s'acquitter de cette dette, dut-il passer sa vie à la payer...

Je me suis installée dans ce court récit avec régal, ravie à l'idée de découvrir cette farce tragi-comique au sujet si prometteur. Malheureusement, mon plaisir s'est étiolé au fil de ma lecture, Jonas Karlsson n'exploitant pas suffisamment selon moi son idée de départ. Certes, certains passages sont assez savoureux, qui soulignent l'absurdité de la situation, en opposant l'approche scientifique et rigoureusement administrative des calculs effectués pour déterminer le coût du bonheur, à la nature forcément subjective de ce dernier. Mais le récit tourne principalement autour des conversations, qui finissent par devenir redondantes, qu'entretient le vidéaste avec sa conseillère, et perd peu à peu de son sel. Par ailleurs, la conclusion que l'auteur nous amène à tirer de sa fable moderne -l'argent ne fait pas un bonheur dont chacun est le propre artisan- est exprimée de manière quelque peu caricaturale...

Aussi, si ce court roman se lit sans peine, je lui ai de loin préféré La pièce, du même auteur, que j'ai trouvé plus incisif et plus troublant.

Commentaires

  1. Dommage que le résultat ne soit pas forcément convainquant parce que le pitch semblait très prometteur.

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    1. Tout à fait d'accord, je me réjouissais à l'avance de cette lecture, peut-être trop... disons que l'intrigue piétine un peu, au bout d'un moment. Il y a un vrai potentiel au début du récit, dont l'auteur n'exploite pas toutes les possibilités...

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  2. C'est dommage que ton avis soit si nuancé, le thème me tentait vraiment même si c'est un sujet rebattu !

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    1. Il se lit malgré tout facilement, parce qu'il est court, et que comme je l'écris dans mon billet, il y a des passages assez drôles (dans le registre de l'absurde), mais j'ai vraiment préféré La pièce..

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  3. Ça démarrait bien, mais après c'est le flop, dommage ..

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    1. Peut-être que "flop" est trop fort, quoique... c'est vrai que cela retombe un peu comme un soufflé mal cuit !

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  4. le thème est accrocheur mais je ne te sens pas convaincue :-)

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    1. Non, pas vraiment. Pour découvrir cet auteur, pas d'hésitation, il faut lire La pièce !

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  5. En lisant le début de ton article, je me disais :"chouette, c'est original, ça a l'air chouette !" et puis pouf... ca retombe à la fin de ton article, quel dommage !

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    1. Tu as fait comme moi pendant ma lecture. Heureusement, il est trop court pour que je finisse par jeter l'éponge, et j'avais quand même envie de savoir comment cela allait finir, mais je n'arrêtais pas de me demander : "tout ça pour ça ?"..

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  6. Ce que j'aime chez toi, c'est d'être sûre de faire des découvertes littéraires ! On ne s'ennuie jamais avec tes lectures :)

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    1. Disons que j'aime bien varier les plaisirs, et sortir, parfois, des sentiers battus, ce que permettent de faire les blogs, il y a tant à y piocher !!

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