"Homo sapienne" - Niviaq Korneliussen

"Tu trouveras ton foyer quand tu te trouveras toi-même ; et alors, rentre chez toi."

Ce titre me faisait de l’œil depuis un certain temps. J'étais attirée à la fois par sa couverture et son titre intrigants, et le fait, rarissime, qu'il soit écrit par une groenlandaise... J'imaginais qu'il serait l'occasion d'en savoir plus sur cette froide et lointaine contrée que je ne savais même pas peuplée, inculte que je suis !

A l'issue de cette lecture, je n'en sais guère plus sur le Groenland : "Homo sapienne" pourrait se dérouler dans n'importe quelle ville d'Europe, le roman étant centré sur le microcosme d'une jeunesse urbaine, désœuvrée, en quête d'identité, notamment sexuelle, et d'amour.

Le récit, polyphonique, donne successivement la parole à cinq jeunes adultes qui occupent leurs soirées en boîtes et fêtes diverses où ils boivent, pour certains beaucoup, draguent des partenaires avec lesquels ils finiront parfois la nuit.

Fia quitte son petit ami, réalisant la fadeur de leur relation. Elle se découvre attirée par Sara, rencontrée lors d'une virée nocturne, mais rechigne à l'admettre consciemment.

Son frère Inuk, exilé au Danemark suite à un battage médiatique autour des avances que lui aurait faites un homme public et marié, écrit à Fia et à son amie Arnaq, à l'origine de la fuite de son secret, ce dont il éprouve un vif ressentiment. C'est lui qui nous en apprend finalement le plus sur le Groenland, dont il livre, avec la distance et la rancœur, une vision féroce (et peut-être injuste ?), décrivant son pays natal comme une "île où couve la colère", un creuset de violence conjugale, d'alcoolisme, dont les habitants, en colère et menteurs, ont une piètre estime d'eux-mêmes. Mais lui-même se sent au Danemark comme en pays étranger...

Prennent ensuite la parole Arnaq, qui chaque week-end, boit à en vomir, pour oublier des traumatismes qu'elle évoque avec une régularité et une spontanéité quelque peu suspectes... Ivik, garçon manqué que sa différence a toujours exclue, reniée par sa famille, qui vit en couple avec Sara, mais ne supporte pas d'être touchée... Sara, enfin, que l'on découvre, hors le prisme du regard des autres qui la dotait d'un charme et d'une force lumineux, plombée d'une profonde détresse.

"Homo sapienne" est un texte percutant, dont la narration oscille entre logorrhée, fil de pensées déroulé en un flux abrupt, brefs dialogues hachés, SMS... Le langage est parfois cru, empreint d'une certaine violence, à l'occasion traversé de pointes de grandiloquence exprimant mal-être et désespoir.
Niviaq Korneliussen y fait s'exprimer des jeunes à fleur de peau, pris entre la terreur de vivre et le vertige que provoque le gouffre d'un avenir sans accomplissement personnel.

Commentaires

  1. Comment ça pas peuplée? Peu, d'accord, mais un peu quand même. Oui, les pb sont réels là bas. J'y suis allée en 2016, trop courtement, en août (restons prudents), si tu veux voir des photos, c'est classé chez moi.
    Récemment j'ai lu du polar se passant là bas, de Mo Malo (auteur français) et on se retrouve bien au groenland. Il y a deux volumes parus jusque là

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    1. Je crois avoir noté qq part cet auteur, en effet.
      Et je m'en vais voir tes photos, cela m'intéresse grandement, du coup... c'est original, comme idée, d'aller en vacances au Groenland !

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  2. zut ! j'ai cliqué par erreur - je disais que les problèmes que tu cites sont ceux qu'on rencontre dans les autres pays nordiques accueillant des populations autochtones (les Innu ou Inuit au Canada). Naomi Fontaine en parle très bien (suicide, alcool, jeunesse perdue...). Sinon, sur le Groenland, je te conseille ce vieux roman que j'ai adoré en son temps : Smilla ou l'amour de la neige de Peter Høeg (1996)

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    1. Je note Smilla (le nom me dit d'ailleurs qq chose) alors, et Naomi Fontaine. Homo sapienne n'est pas vraiment un roman sur les problématiques sociétales groenlandaises, elles ne sont que rapidement évoquées, par un seul des personnages... mais on peut sans doute considérer qu'indirectement, le comportement des protagonistes est liée à ces problématiques.

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  3. Je l'avais remarqué à sa sortie mais je crains qu'il soit un peu trop trash ?

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    1. Il est cru par moments, mais pas vraiment trash, contrairement à ce à quoi je m'attendais, compte tenu de la couverture... certains passages sont intenses, mais plus par les sentiments éprouvés que par les scènes dépeintes. C'est surtout un roman triste, finalement...

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  4. Ah ben là on sait raté une belle occasion de LC ! Il est dans ma PAL et j'aimerais le caser rapidement. Je reviendrai te lire plus en détail quand je l'aurai fini.:)

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    1. Mais on a accès à ta PAL quelque part ? Cela m'aurait bien plu, oui, de le lire avec toi.. en tous cas, j'attends ton avis avec impatience..

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  5. La citation m'interpelle ! Cependant, je ne crois pas que cette lecture soit pour moi. Comme Keisha, je pense aux romans de Mo Malo ( roman policier noir, plus " policé ", sans mauvais jeu de mots, mais qui raconte tout de même beaucoup sur le Groenland )

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    1. Ah, mais je crois que c'est toi que j'ai noté Malo, en effet.. quant à celui-ci, il n'est pas si dur qu'on pourrait le croire..

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  6. Je crains que le style ne soit pas pour moi.

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    1. Je crois que c'est ce que j'ai personnellement préféré, dans ce roman, l'auteure a une plume très éloquente. Tu peux toujours en feuilleter quelques pages lors d'un passage en librairie, pour voir s'il pourrait te convenir !

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  7. Je l'ai noté depuis un moment. Et puis un jour, dans une librairie, j'en ai lu les premières pages et le déclic ne s'est pas fait. L'écriture m'a rebutée d'emblée. Alors, je l'ai reposé.

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    1. Dans ce cas pas la peine d'insister en effet : les premières pages sont à l'image de l'ensemble...

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  8. J'ai beaucoup aimé, ce qui ne te surprendra pas je pense ;)

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    1. En effet, je ne suis pas surprise ! Et comme toi, je suis amatrice de ces voix particulières et évocatrices.

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  9. je ne suis pas sûre que le style me plaise, je note quand même car je connais peu le Groenland.
    Je note Peter Hoeg qui me conviendrait peut-être mieux :-)

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    1. Je ne connais pas non plus Peter Hoeg, d'ailleurs je ne connais pas du tout la littérature groenlandaise, à part ce tire, ce qui est loin de faire de moi une experte !

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  10. Tu m'as bien fait rire! Inhabité? 55 000 habitants, ce n'est pas rien!

    Je l'ai lu à sa sortie, ici. Un roman groenlandais, écrit par une jeune auteure? Je ne voulais pas manquer ça.

    Le mélange des langues et des formes d'écriture m'ont à la fois emballée et déroutée. Ce roman pourrait, à quelques détails près, se passer ici ou chez toi. D'où ma légère déception. Reste que comme portrait d'une génération, ça frappe fort.

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    1. Exactement, je suis comme toi restée sur ma faim quant à mon espoir de découvrir la culture et le mode de vie groenlandais. J'imaginais qu'il y faisait trop froid pour y vivre...

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  11. J'avais vu un documentaire sur le Groenland, qui évoquait la vie dans les villages coupés du monde, accessibles qu'en avion, et cette jeunesse un peu désoeuvrée. Mais je ne suis pas très attirée, ni par le thème, ni par l'écriture. Dommage, parce qu'un roman qui se passe au Groenland, c'est quand même intrigant à la base !

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    1. Oui, mais tu peux aussi découvrir la littérature groenlandaise avec un des auteurs conseillés par Electra, d'autant que comme je le précise dans mon billet, Homo sapienne pourrait se passer n'importe où..

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